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Saint-Etienne: pourquoi Robert Herbin était surnommé "Le Sphinx"

Robert Herbin, ancien joueur et entraîneur mythique de Saint-Etienne disparu lundi, avait hérité du surnom "Le Sphinx" aussi mystérieux que sa personnalité. Le qualificatif, hérité dès 1972, l'a accompagné tout au long de sa carrière d'entraîneur et pour l'éternité.

Robert Herbin, ce n'était pas seulement des titres en pagaille avec Saint-Etienne (15) et la mythique finale de Ligue des champions perdue face au Bayern Munich en 1976. C'était un surnom atypique pour un personnage secret: Le Sphinx. L'ancien joueur et entraîneur des Verts, décédé lundi à l'âge de 81 ans, en aurait hérité dès 1972 lors de sa nomination, à 33 ans seulement, sur le banc de l'équipe du Forez en remplacement d'Albert Batteux.

Une trouvaille de Jacques Vendroux

Le journaliste Jacques Vendroux en revendique la paternité alors qu'il ne parvenait pas à obtenir une réaction de plus de deux mots de l'intéressé après cette très grande promotion. "J'ai coupé le micro et je lui ai dit: 'Écoute, tu commences à me casser les couilles, même un sphinx ne m'a jamais fait ça!', explique dans L'Equipe l'actuel journaliste pour Radio France. Et là, Robby réplique: 'Quoi, j'ai une tête de sphinx?' C'est vrai que ça collait bien avec sa chevelure mais je lui explique: 'Oui, t'es un sphinx, tu ne réagis pas, tu ne dis rien.' Ensuite, à chaque fois que j'arrivais au centre d'entraînement, je lançais: 'Où est le sphinx?' et on me répondait: 'Dans son bureau.' Voilà, c'est venu comme ça et ce surnom est resté!"

Robert Herbin, né à Paris et élevé dans le XIXe arrondissement, a promené son côté énigmatique tout au long de sa carrière. L'ancien joueur et technicien n'était pas à l’aise avec la communication, peu affable avec les journalistes. Mais aussi avec ses joueurs auprès de qui il parvenait pourtant à se faire bien comprendre. 

"Il savait faire passer les messages"

"Ses causeries étaient très réduites, se souvient Jean-Michel Larqué. Il était avare de parole, mais il savait faire passer les messages. On travaillait beaucoup à l’entraînement. Peut-être qu'il était compliqué, mais il faisait énormément confiance à ses joueurs. Je garde l’image de quelqu'un qui était secret."

L'entraîneur cultivait lui-même cette image et revendiquait son surnom au point de titrer son autobiographie sur cette image: "On m'appelle Le Sphinx". "Je pense que l'on a souvent confondu mon souci de protéger mes joueurs contre les agressions extérieures, avec un certain attrait pour le mystère", y écrivait-il.

"L'un des côtés les plus attachants de sa personnalité"

Ce mutisme est aussi perçu comme une simplicité non feinte érigée en qualité par l'ancien sélectionneur, Michel Hidalgo, disparu il y a quelques semaines, dans la préface du même livre. "En dépit de son prestige et de sa réussite sportive, Robby ne s'est jamais écarté des chemins de la simplicité et de la modestie. C'est l'un des côtés les plus sympathiques et les plus attachants de sa personnalité. (...) Saluons donc en Robert Herbin l'homme de sport qui a su créer son propre univers pour traverser les aléas et les obstacles d'une fonction exaltante mais délicate".

Jean-Michel Larqué y voit aussi un joli trait de caractère. "J’ai passé des années avec Robert en tant que joueur puis avec lui en tant qu'entraîneur, je ne l’ai jamais entendu élever la voix, conclut l'ancien milieu de terrain. C'était un homme compliqué, mais c’est ce qui faisait son charme. On n’était pas en très bon termes quand j’ai quitté Saint-Etienne, mais j’ai beaucoup apprécié l’homme. J’ai été peiné de voir quelques articles parler de son addiction, de son caractère compliqué. Il avait tellement de qualités à côté qu'on aurait mieux fait d'en parler avant qu’il soit parti."

Nicolas Couet