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Saint-Etienne: Ruffier, une situation qui s’enlise... volontairement?

Stéphane Ruffier le sait depuis longtemps, il ne sera pas le gardien numéro 1 de Claude Puel la saison prochaine à Saint-Etienne. Les émoluments somptuaires du Basque le poussent à rester, quitte à cirer le banc. Une situation stagnante.

Retour au mois de février: lors d’un entrainement anodin de l'AS Saint-Etienne, quelques minutes après avoir appris qu’il ne serait pas titulaire face à Reims, Stéphane Ruffier refuse de prendre part à un exercice. Claude Puel passe à autre chose et met dans les bois un gardien du centre de formation. Ruffier, lui, dans la frustration de l’instant, quitte l’entrainement. S’en suit une passe d’armes entre le joueur, son agent et le club.

Le technicien des Verts lui demande de simples excuses, qu’il n’obtiendra pas et qu’il n’a toujours pas obtenues à ce jour. Puel, le Castrais, et Ruffier, le Bayonnais, sont deux fortes têtes, ce genre de caractères peuvent parfois s’entendre mais souvent s’opposer frontalement. Et c’est le cas.

Un vestiaire discret

De son côté, le vestiaire stéphanois reste muet et n’intercède pas particulièrement en faveur de "La Ruff’". Et ce pour deux raisons: Stéphane Ruffier a toujours été apprécié par les cadres pour ses performances mais n’a jamais noué humainement de liens très étroits avec le vestiaire, formant avec Fabrice Grange comme une enclave dans la vie du reste du groupe.

A l’inverse, la situation offre alors à Jessy Moulin la possibilité de jouer. Et l’éternel numéro 2 est, lui, l’un des chouchous du public et du vestiaire. Ce dernier fait son choix et reste en dehors du débat. Ruffier, très proche de son entraineur Fabrice Grange, s’enfermera ensuite dans un certain mutisme avant que la crise du coronavirus ne vienne tout mettre en pause.

Claude Puel s’expliquera en mai, dans Le Progrès: "J’ai eu une discussion avec Stéphane pour lui dire que Jessy démarrera la saison. Au départ de cette histoire, j’avais prévu de faire souffler Stéphane un match ou deux. Et puis, il y a eu une situation qui a débordé, des choses extra-sportives se sont passées." Claude Puel n’aura ainsi pas apprécié les sorties médiatiques de Patrick Glanz, l’agent de Ruffier, et notamment cette phrase prononcée sur France Inter: "Il y a certains joueurs dans certains clubs qui méritent le respect. Claude Puel a eu des problèmes avec dix joueurs. Il ne s'agit pas de pénaliser mon joueur."

Retour à l’entrainement et sourire de façade

Depuis une semaine, le groupe stéphanois a repris le chemin de l’entrainement, avec un Stéphane Ruffier comme toujours professionnel, à l’heure et se soumettant à toutes les séances. Le Bayonnais, taquin, s’est simplement offert une sortie pleine d'ironie à l’issue d’un entrainement, lâchant à la presse et aux observateurs présent: "Eh oui! Je suis toujours là, hein!".

En conférence de presse mercredi, Claude Puel a lui confirmé: "Stéphane Ruffier se comporte de manière professionnelle, c'est ce que j'attends de lui. Mais c'est bien Jessy Moulin qui débutera dans les buts la saison prochaine. Mes gardiens sont au courant de la situation. Si Stéphane Ruffier éprouve des difficultés à rester second, nous étudierons toutes les possibilités le concernant."

Le départ de Grange fragilise Ruffier

Depuis, Fabrice Grange, entraîneur des gardiens, a quitté l’Etrat jeudi, et l’on pouvait le pressentir car Grange et Puel n’était pas sur la même longueur d’ondes. Fabrice Grange avait pris l’habitude, avec les coachs précédents comme Galtier, Gasset ou Printant, de participer aux décisions, d’apporter des conseils et son analyse.

>>> qui pour remplacer Grange en tant qu'entraîneur des gardiens?

Claude Puel, plus directif, n’a pas vraiment apprécié ces initiatives qu’il a jugées comme outrepassant les fonctions de l’entraineur des gardiens. Mais ce départ n’est pas sans conséquences pour Ruffier, qui se retrouve cette fois véritablement esseulé au centre Sportif Robert-Herbin. Pour autant, le portier des Verts n’entend pas quitter le Forez, et encore moins gratuitement (deux clubs turcs et un club français sont d'ores et déjà venus aux renseignements): le joueur émarge primes comprises à près de 250.000 euros mensuels et il préférera s’asseoir sur le banc que de s’asseoir sur son salaire. Le clan du portier basque a d’ailleurs communiqué en ce sens, expliquant qu’il n’aurait aucun problème à aller au bout de son contrat, qui arrive à échéance en juin 2021. 

Vers un départ à l'amiable?

De son côté, la direction, qui souhaite se débarrasser des gros salaires, voit d’un œil torve l’idée de payer encore 12 mois d’une telle rémunération, encore plus pour un gardien devenu numéro 2. 

Pour l'heure, les deux parties campent sur leur position. Mais le mercato pourrait décanter la situation: en cas d’offre à Ruffier, le club pourrait le laisser libre pour économiser de la masse salariale. Mais rares sont les équipes qui pourraient actuellement s’aligner sur un tel salaire. L’ASSE et celui qui est leur gardien depuis 2011 pourraient alors trouver un accord financier, pour permettre à Ruffier de partir. Tout le monde a pour l’heure conscience que cette solution serait la meilleure pour chacun, mais nul ne fait le premier pas. Avec le jeune Stéphan Bajic, les Verts disposeraient, en cas de départ de Ruffier, d’un potentiel numéro 2 prometteur.

T.Maymon