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Campora : « Mes yeux sont toujours ceux d’un supporter »

Jean-Louis Campora

Jean-Louis Campora - -

Président couronné de succès pendant 28 ans à la tête de l’AS Monaco (1975-2003), Jean-Louis Campora pose un œil attendrissant sur son ancien club. Et se réjouit de l’arrivée de Dimitri Rybolovlev aux commandes du club. Un homme qu’il décrit comme « un passionné de football ».

Jean-Louis Campora, que vous inspire l’arrivée de Dimitri Rybolovlev comme repreneur de l’AS Monaco ?

L’arrivée d’un nouvel investisseur peut être une bonne chose. Ce qui sera important, c’est comment il va organiser son équipe, choisir ses collaborateurs et déterminer les remèdes à apporter aux carences d’aujourd’hui.

Un investisseur venant de l’étranger, c’est une première à Monaco, non ?

C’est une nouveauté, oui, mais c’est un investisseur qui réside en Principauté, qui jouit d’une fortune et qui adore le football. Ce sont des bons points. Si on est en présence de gens qui ne veulent pas investir et qui n’aiment pas le football, on court droit à la catastrophe.

N’avez-vous pas peur que Dimitri Rybolovlev dénature un peu l’identité de l’ASM ?

Pour que Monaco garde son identité dans le football français et à l’international, si nous arrivons à y revenir, cela dépendra beaucoup de la personnalité du patron. S’il se confond dans la vie monégasque et l’ambiance du football français, personne n’aura le sentiment que les choses ont changé.

Seriez-vous prêt, si on vous le demandait, à replonger ?

Moi ? Non ! L’époque est révolue. J’ai fait 28 ans à la présidence de l’AS Monaco. J’espère que d’autres seront là pour en faire presque autant.

Pourtant, on vous sent toujours attaché à l’institution.

Mes yeux sont toujours ceux d’un supporter du club, d’un ancien président, de quelqu’un qui a toujours le sentiment de participer à l’aventure. J’ai toujours le souffle coupé et des moments de déprime quand je vois le club descendre en L2 et être dans les dernières places de ce championnat. Quand on a le cœur Rouge et Blanc, on le garde, quelle que soit la fonction.

« Tigana est un pur. Je crois en lui »

Etes-vous encore en contact avec des gens du club ?

Je reçois des coups de fil d’amis du football, des présidents de clubs encore en exercice. Mais au niveau du club, non. Ce serait malsain. Cela donnerait l’impression que je suis là, derrière la porte et que je recherche des informations.

Quelles solutions préconiseriez-vous pour Monaco ?

Pour un club comme l’ASM, il est très important d’associer de jeunes joueurs du centre de formation à des joueurs confirmés. Mais il est très difficile de considérer que le centre de formation va produire chaque année des joueurs de grand niveau. La concurrence est importante. Le recrutement de formateurs est difficile et quand on en a des bons, il faut les garder.

Le mélange que vous évoquez n’a pas pris cette saison au sein de l’effectif monégasque.

Ce qui est dommage aujourd’hui, c’est qu’avec nos résultats, ceux qui baissent la tête, ce sont les jeunes. On a besoin d’eux, on a besoin de leur progression. Ils ont le talent pour faire une carrière mais elle ne doit pas être brûlée par des matches difficiles. Si l’ossature à côté d’eux n’est pas du niveau escompté, ces jeunes ne peuvent pas y arriver. Ils se mettent à douter maintenant de leur propre valeur et dans ce cas de figure, quand vous avez 18-19 ans, il est très difficile de faire progresser votre carrière.

Quel regard portez-vous sur le niveau de la Ligue 1 aujourd’hui ?

Les clubs ont beaucoup travaillé. Prenons l’exemple de Montpellier. Ils sont récompensés aujourd’hui. Il faudra voir s’ils ne s’essouffleront pas dans la deuxième moitié du championnat. On voit, à travers le PSG, la volonté chez les Qataris d’investir et de monter une grande équipe européenne. Quand on a des projets de cette dimension, il faut donner de la patience au temps. Pour moi, le niveau de la Ligue 1 s’est amélioré depuis trois ans grâce aux nouvelles générations mais aussi à l’ambition de Lille, Rennes et Montpellier. Les Lyonnais sont toujours présents. Ils ont réussi à régler, lors de cette première moitié de championnat, l’arrivée d’un nouvel entraîneur et de jeunes joueurs. Ils vont vite regagner des places.

Enfin un mot sur votre ancien entraîneur, Jean Tigana, qui tente l’aventure en Chine ?

Je ne connais pas suffisamment le football chinois. Mais je connais bien Jeannot. C’est un pur. C’est un garçon qui a le football pour nourriture, qui est passionné et qui le restera jusqu’à la fin de ses jours. Il a un univers nouveau à découvrir. Je crois beaucoup en lui.