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Comment les acteurs de la Ligue 2 voient l’épilogue de la folle course à la montée

Qui de Troyes, Clermont, Toulouse, Grenoble, voire le Paris FC va rejoindre directement la Ligue1? A trois semaines de la fin de cette incroyable saison, si les Troyens ont pris une option, difficile de répondre à cette question. Pour autant, de Batlles à Girard, en passant par Comolli ou Gastien, tous les acteurs le disent: la Ligue2 bénéficie cette saison d’un championnat de grande qualité, à l’issue passionnante.

"Pourquoi nous? Difficile de répondre. Il est vrai qu’on a été malgré tout régulier dans les résultats, en gros sur deux points par match. Aujourd’hui, on se donne les moyens de pouvoir essayer de monter, même si on sait que beaucoup d’équipes peuvent prétendre à ça." L’humilité de Laurent Batlles, l’entraîneur de Troyes, n’enlève pas le statut d’immense favori à la montée directe de son équipe. A quatre journées de la fin, avec cinq points d’avance sur le 2e, Clermont et six sur le 3e, Toulouse (un match en moins), il sait que si ses joueurs passent ce week-end l’embûche que représente la réception de Grenoble (4e), la Ligue 1 devrait leur tendre les bras.

Il faut dire que l’ESTAC, a été l’équipe qui a passé le plus de temps sur le trône du championnat: vingt fois à la première place en trente-quatre journées (contre onze fois pour le Paris FC, deux fois pour Niort, une fois pour Grenoble). Tout sauf un hasard pour son technicien, sur la lancée de la saison dernière, achevée à la 4e place après 28 journées, à seulement… deux points de Lens, promu avec Lorient au moment de l’arrêt du championnat. "Après, j’ai un groupe qui se connait très bien, qui a joué les barrages il y a deux ans, qui a manqué les barrages l’année dernière avec le championnat arrêté. Donc il y a quand même une certaine forme d’expérience là-dedans aussi."

Qui sera précieuse, même si, une fois qu'ils auront affronté Grenoble, leurs trois derniers adversaires, Châteauroux, Le Havre et Dunkerque semblent à la portée des Troyens, au jeu léché et reconnu de tous en Ligue 2. Encore que. Troyes est bien placé pour le savoir, battu coup sur coup à domicile face à Nancy (1-5) et à Amiens (3-1), respectivement 10e et 12e au mois de mars. "Je trouve que ce championnat est passionnant avoue le président de Toulouse Damien Comolli. En plus, il y a beaucoup de qualité dans le jeu. Samedi dernier, face à Châteauroux, on a eu que 37% de possession de balle ! Ils ont eu le ballon tout le match. C’est une des meilleures équipes qu’on ait joué ici. D’ailleurs je l’ai dit à leurs dirigeants à la fin du match."

Covid oblige, cinq matchs en deux semaines pour les Toulousains

Mais 2e au soir de ce match, son équipe a vu depuis les cas de Covid se multiplier. Seize en deux semaines! Du coup, le match en retard du TFC au Havre, pour cause de quart de finale de Coupe de France, et la réception de Pau ont été déplacés, obligeant les Toulousains à aborder les deux dernières semaines de compétition avec cinq rencontres au programme. Quand on voit les dégâts qu’a pu faire l’épidémie un peu plus tôt dans les rangs clermontois (on y revient), il y a de quoi être inquiet pour la meilleure attaque de Ligue 2 (61 buts en 33 matchs) en vue d’une éventuelle montée directe. Comolli ne se met pas de pression par rapport à cet objectif.

"Ce serait une immense déception, mais ce ne serait pas grave, poursuit-il. On recommencerait l’année prochaine. Ce n’est pas vital pour le club de monter en Ligue 1. Mais je le répète, ce serait une immense déception de ne pas y arriver. Après la course qu’on a fait… on avait deux points après quatre matchs! Et à ce moment-là, à part le coach et moi, personne n’y croyait. On y est aujourd’hui.  La seule chose que je sais puisque nous étions deuxièmes avant le report, c’est que si on gagne nos cinq matchs, on monte!" Derrière, il resterait au pire les barrages. Mais après une saison éreintante, ponctuée, contrairement aux concurrents, d’un long parcours en Coupe de France, les Toulousains devraient grandement puiser dans leurs réserves.

C’est ce qu’a fait Clermont il y a peu. Egalement touchés par le Covid, les Auvergnats ont su faire le dos rond. Et la meilleure défense (20 buts encaissés seulement en 34 matchs!) frappé un grand coup mardi dernier en s’imposant au Paris FC (0-1), sur un but de l’inévitable Mohamed Bayo, meilleur buteur de la Ligue 2 cette saison (19 réalisations). De quoi prendre la 2e place à Toulouse et bomber le torse de détermination, à l’image de leur entraîneur Pascal Gastien: "on a pu décrocher le PFC, on a pris sept points sur eux, avec un bon goal-average, c’est une bonne chose. Mais évidemment, il n’y a rien de fini. On sait ce qu’on veut maintenant et on sait que ça demande beaucoup d’efforts. On était très déçus l’an passé de s’arrêter à cause du Covid. Cette année, on a la chance de jouer et d’être dans le haut du tableau. Je n’ai pas l’impression que les joueurs aient envie de s’arrêter là. Moi non plus d’ailleurs."

"J’aimerais qu’il y ait d’autres Laurent Batlles"

Troyes devant et Clermont (2e, 63 points), Toulouse (3e, 62 points) et le Grenoble de Philippe Hinschberger (4e, 61 points) qui se tiennent en deux points. Juste derrière, un peu plus loin (5e avec 56 points), le Paris FC, après un début de saison canon, semble se diriger vers les barrages, même si Auxerre lui emboîte le pas à deux unités seulement. "On n’était pas programmés pour monter directement cette année, dit son entraîneur René Girard. Il y a des équipes comme Toulouse, Clermont ou Troyes qui le sont, avec certains qui tournent depuis pas mal de temps pour monter. Ils ont des garçons avec de l’expérience et s‘appuient là-dessus. Nous, on jouera ce top 5 sans se prendre la tête, on a cravaché pour ça. Et ça nous laissera une chance d’espérer quelque chose."

Montée, barrages, champion, déçus, ces trois dernières semaines, avant la prolongation de la saison, sont à couper le souffle. "Vu comme c’est serré, il y a tout le monde, ajoute Batlles. On a toujours travaillé avec beaucoup d’humilité ici et on respecte tout le monde. On ne sait pas ce qu’il peut se passer. Aujourd’hui, on ne sait pas qui fait peur, qui ne fait pas peur. C’est très serré, tout le monde va prendre des points et c’est aussi la beauté de ce championnat." Où il y a du jeu, où beaucoup de matchs sont à la fois relevés et acharnés. "C’est un championnat passionnant, de qualité, un championnat où il y a du jeu", abonde Damien Comolli.

"Pour moi, c’est très, très important. Vous prenez du plaisir à voir jouer les équipes. Que ce soit nous, que ce soit Troyes, Clermont, Auxerre ou Châteauroux comme je disais. C’est un championnat très intéressant." Qui, dans l’ombre de la Ligue 1, ravit les initiés. Et le président toulousain, au moment de conclure, de rendre un hommage au leader troyen et son entraîneur. "J’aimerais, en tant que dirigeant d’un club de foot français, qu’il y ait d’autres Laurent Batlles dans la division. Un jeune entraîneur, français, ambitieux, qui fait jouer son équipe, etc. Nous, on a la chance d’avoir avec Patrice Garande, un entraîneur expérimenté, qui fait jouer son équipe, qui est positif. On est la meilleure attaque, on marque des buts à foison. Mais pour le bien du foot français, je pense qu’on a besoin d’autres Laurent Batlles." En attendant, la version originale, c’est la Ligue 1 qui devrait certainement bientôt l’apprécier à sa juste valeur.   

Par Wilfried Templier (avec VJ, TM et SG)