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Monaco contraint de « délocaliser » ?

Lucas Ocampos et Ibrahima Touré

Lucas Ocampos et Ibrahima Touré - -

Soucieuse de l’équité sportive, la LFP souhaite mettre fin aux avantages fiscaux et sociaux dont bénéficie l’AS Monaco en obligeant le club de la Principauté à installer son siège économique en France. Mais la partie n’est pas encore gagnée.

Sauf catastrophe, l’AS Monaco devrait retrouver la Ligue 1 la saison prochaine, deux ans après l’avoir quittée. Mais pas tout à fait dans le même contexte. Redevenu un club « lambda » lors de ses dernières saisons parmi l’élite, le club de la Principauté devrait revenir par la grande porte grâce au budget quasiment illimité de Dmitry Rybolovlev, son propriétaire russe. Le contexte économique, lui aussi, pourrait bien changer. Car le temps des privilèges semble révolu. C’est en tout cas le souhait de la Ligue de football professionnel. Lors de son dernier conseil d’administration, l’instance dirigeante du football professionnel français s’est penchée sérieusement sur le cas monégasque.

Dans le viseur, les avantages fiscaux et sociaux dont jouit l’ASM : pas d’impôts à payer pour les étrangers et réduction de 20% des charges sociales pour tous les joueurs. « Les années ont passé et les règles ont changé, notamment au niveau des étrangers, souligne Jean-Pierre Louvel, président de l’Union des clubs professionnels français. Avant il y en avait deux ou trois mais maintenant, avec l’ouverture du marché, on peut avoir un effectif très largement étranger. Les salaires et les charges ont aussi augmenté et les écarts sont beaucoup plus importants. Quand Monaco investit, un autre club français doit investir le double pour être à égalité. »

Louvel : « On ne veut pas les exclure »

Pour compenser ces inégalités fiscales et sociales, la LFP veut obliger Monaco à quitter son Rocher pour « délocaliser » son siège économique en France. « Ce n’est pas une mesure contre le club. On ne veut pas les exclure mais retrouver de l’équité en faisant venir leur siège économique sur le territoire français, comme la loi sur le sport le demande, explique Louvel. Il faut que les joueurs soient enregistrés en France. C’est bien que des capitaux étrangers arrivent, on l’a vu avec le PSG et je le souhaite pour d’autres clubs, mais il faut que tout le monde soit sur le même pied d’égalité. »

Un point de vue partagé par une très large majorité du football français, mais que Jérôme Rothen trouve opportuniste. « Je le comprends très bien mais ce n’est pas nouveau. En 2004, on était content que Monaco aille en finale de la Ligue des champions et fasse rêver la France, lance l’ancien joueur monégasque (janvier 2002-2004). Là on voit que Monaco arrive à faire une saison extraordinaire en Ligue 2 et, d’un seul coup, on se dit qu’il y a danger et on veut les remettre à égalité avec les autres clubs. » Ce débat, vieux serpent de mer du football français, ne devrait toutefois pas se limiter aux instances du ballon rond. « Il y aura une décision politique, souffle Louvel. Malheureusement ça se terminera comme ça. »

Alexandre Alain avec RMC Sport