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Bruges-PSG: Hans Vanaken, tout vient à point à qui a du talent

Le meilleur joueur de Bruges, que le PSG affronte ce mardi en Ligue des champions (21h, sur RMC Sport), poursuit une ascension permanente et linéaire. Après avoir longtemps patienté dans l’antichambre de la gloire, Hans Vanaken, 27 ans, affiche une régularité sans faille depuis qu’il porte le maillot blauw en zwart.

C’est la seule proie qui manquait à son tableau de chasse, la dernière équipe contre laquelle il n’avait pas marqué en première division belge. Le week-end dernier, Hans Vanaken a réparé cette anomalie en inscrivant l’unique but du match de Bruges contre Mouscron (1-0). Depuis vendredi, l’international belge a donc trouvé le chemin des filets face à toutes les formations de l’élite dans son pays. Carton plein. La performance a quelque chose de savoureux pour cet étonnant milieu de terrain de vingt-sept ans, patient et méticuleux, dont la finesse d’une silhouette élancée n’a d’égale que la rareté d’un talent protéiforme. 

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"C’est un très bon joueur, techniquement au-dessus, avec une qualité de passe et une vision de jeu d’exception, s’est souvenu pour RMC Sport un entraîneur de Jupiler Pro League qui a déjà croisé la route du phénomène cette saison. Il est un peu monorythme mais il compense par une science du déplacement. Les trois milieux sont complémentaires. Rits est le régulateur devant la défense, Vormer le grognard frappeur de coups de pied arrêtés capable de se projeter, Vanaken est le liant. Il est un peu ce qu’était Michel Platini pour l’équipe de France."

Un profil atypique 

Le compliment est lâché. D’aucuns le trouveront quelque peu exagéré. Pour Thomas Meunier, qui a longtemps évolué en Jupiler Pro League, dans le même club que son compatriote et désormais partenaire en sélection, c’est surtout le constat d’un joueur qui n’a pas encore la trajectoire que son talent mérite. "Je ne comprends pas ce qu'il fait encore à Bruges, s’étonnait le latéral droit dans une longue interview accordée à La Dernière Heure la semaine passée. Je l'ai dit il y a des années: il est le meilleur joueur que j'ai vu dans le championnat. Il est doué et est toujours parmi les meilleurs Brugeois quand on regarde les données physiques." C’est effectivement un drôle d’animal que les Parisiens vont croiser ce mardi (21h, sur RMC Sport) à Bruges en Ligue des champions.

Hans Vanaken
Hans Vanaken © Icon Sport

"Hans Vanaken est un joueur atypique, assez énigmatique, concède Sacha Tavolieri, journaliste et spécialiste du football belge. Il n’a pas le profil pour jouer dans cette position sur le terrain." Il est vrai que du haut de son 1,95 m, Vanaken ne possède pas tout à fait le physique d’un numéro 10 moderne au premier regard. Le natif de Neerpelt a beau être lent dans sa démarche, il ne faut surtout pas se fier à cette nonchalance apparente. Car il voit tout avant tout le monde. Un coup d’œil à droite, un autre à gauche, mais son choix est déjà fait. Sa plus grande qualité réside dans cette clairvoyance dans la prise de décision, dans la réalisation technique. Hans Vanaken joue juste. 

La maturation lente d’un talent brut

"Il a une vista impressionnante, une superbe qualité de passe, confirme Laurens Desmet, dont la famille supporte le club depuis plusieurs générations. Il est capable en une ou deux touches de balle d’accélérer le jeu de son équipe." Maillon indispensable pour développer les mouvements offensifs de son équipe, Hans Vanaken a également "ce côté plus rugueux d’un relayeur, avec une grosse débauche d’énergie, qui se charge de maintenir la stabilité collective", souligne Sacha Tavolieri. Le milieu offensif a commencé sa carrière en tant que deuxième attaquant. Son évolution naturelle l’a conduit à redescendre d’un cran sur le terrain. En plus d’être doué, il est polyvalent. "C’était très intéressant de le voir avec les Diables Rouges contre Saint-Marin, dans une position de 'regista' (celui qui crée le jeu), poursuit Tavolieri. Il était cette fois préposé à la première ou deuxième relance vers les offensifs. Il était plutôt dans la situation, nouvelle pour lui, du joueur qui se doit de veiller à l’équilibre de l’équipe." Vanaken a rempli sa mission avec brio, impressionnant le sélectionneur et ses coéquipiers par son calme et sa maturité.

Hans Vanaken (à droite) sous le maillot de l'équipe de Belgique
Hans Vanaken (à droite) sous le maillot de l'équipe de Belgique © -

"Techniquement, il a un talent inné", retient Peter Maes, le nouvel entraîneur de Lommel. L’ancien gardien de but du Standard de Lièges et d’Anderlecht s’est fait un nom comme entraîneur en remportant deux Coupes de Belgique. Il est surtout devenu un ami proche de Vital Vanaken, le père du prodige. "Tout a commencé lorsque le père Vanaken est devenu l’un de mes coéquipiers en 1984, à Lommel, raconte Peter Maes. Parce que nous vivons tous les deux à Lommel, une étroite amitié s’est développée et existe toujours. Nous avons passé les vacances ensemble pendant de nombreuses années. Nos enfants ont grandi ensemble. L’avantage que j’ai eu pour juger de ses nombreux talents, c’est que je l’ai vu progresser chaque année. En raison de sa taille, il avait besoin d’un peu plus de temps qu’un autre pour se développer. Hans s’épanouit sur le tard parce que son corps ne pouvait supporter un effort physique maximum qu’à un âge avancé. Il a dû traverser une phase de croissance physique énorme entre 16 et 19 ans." A 20 ans, il a fini par décoller. 

"Une évolution logique"

Aux premières loges pour assister à l’éclosion du fils prodigue, qu’il a vu grandir depuis le berceau, Peter Maes a longtemps veillé sur lui. Il est d’ailleurs le premier à lui donner sa chance dans l’élite. Bien lui en a pris. Hans Vanaken éblouit d’entrée avec un doublé contre Anderlecht et une victoire (3-2) qui porte sa signature. "Ses débuts ont été impressionnants, se remémore Peter Maes. Surtout, grâce à lui, nous avons remporté une deuxième Coupe de Belgique (en 2014, ndlr)." Pour sa deuxième saison avec Lokeren, Hans Vanaken a aussi frôlé la qualification pour les matches éliminatoires de la Ligue Europa.

Hans Vanaken avec son Soulier d'or 2018 de la Jupiler Pro League
Hans Vanaken avec son Soulier d'or 2018 de la Jupiler Pro League © Icon Sport

Il est intéressant, avec le recul, de se rappeler des mots prononcés par Hans Vanaken un an après son arrivée à Lokeren. Interrogé par l’hebdomadaire Sport/Foot Magazine, il juge sa progression. Nous sommes en avril 2014 et voici ce qu’il dit: "Mon évolution est logique: une bonne saison en D2, un an pour confirmer, puis un transfert à Lokeren. Les clubs qui ne m’ont pas repéré plus tôt n’ont pas commis d’erreur. D’ailleurs, qui dit que j’aurais percé si j’étais parti directement dans un grand club?"

La Ligue des champions, le tremplin espéré?

Il est comme ça, Hans Vanaken. Le joueur belge se prend rarement pour un autre, pourtant pas chose facile dans un milieu où le poids de la célébrité et les pratiques d’agents véreux – la Belgique en sait quelque chose – peut faire perdre les pédales à n’importe qui. Vanaken a su se préserver des convoitises pour ne suivre que son instinct et conserver cette simplicité qui le caractérise. Il s’en est pourtant passé des choses depuis qu’il a rejoint la Venise du Nord. Champion de Belgique à deux reprises avec Bruges (2016, 2018), il a été élu footballeur pro de l’année en Belgique ces deux dernières années (2018, 2019) et Soulier d’or en 2018. Mais ses choix sont toujours guidés par l’humilité.

"Hans est très modeste et ne se mettra jamais en avant, assure Peter Maes. Il n’a pas besoin des médias. Tout ce qu’il a accompli jusqu’à maintenant passe par la simplicité et ce que vous voyez lors des compétitions." Les adversaires de Bruges ont payé pour s’en apercevoir. Auteur de 17 buts et 19 passes décisives toutes compétitions confondues la saison passée, Vanaken est parti sur les mêmes bases au sortir de la période estivale. Impliqué dans 26% des buts de son équipe depuis le début de la saison, il affole déjà les compteurs. Les plus grands clubs européens ne devraient pas rester encore très longtemps insensibles à ses charmes. "Sera-t-il un jour transféré dans les meilleurs clubs en Europe? Je le crois, s’aventure Peter Maes. Le parcours en Ligue des champions sera décisif."

Quentin MIGLIARINI (@QMigliarini)