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Revanche, sourires et boules de neige: Dans les coulisses de la qualification lyonnaise

RMC Sport a suivi au plus près la 6e journée de Ligue des Champions de l’OL en Ukraine. Plongée dans les coulisses d’heures souriantes avec au bout, le retour tant attendu à la table des Grands d’Europe.

D’une semaine à l’autre, d’une défaite inquiétante face à Rennes à domicile en Ligue 1 (0-2) à cette qualification "historique" après le point nécessaire ramené de Kiev après ce match face au Chakhtior Donetsk, Bruno Genesio semble avoir rajeuni.

Finis les traits tirés nés de sa colère froide de peu de mots après le match banal (et bancal) de la Ligue 1, le mercredi précédent. Et bonjour, le visage du "gamin" qui découvrirait son cadeau de Noêl au pied du sapin, le mercredi suivant. Ou comment en sept jours repasser allègrement sous la barre de ses 50 ans fêtés début septembre.

Genesio "pas inquiet"

Car trois ans jour pour jour ou presque après sa prise de pouvoir à la tête des professionnels – 26 décembre 2015 – l’enfant du club savoure plus que les autres ce retour à la table des grands d’Europe, cette place parmi les 16 meilleures équipes du Continent. Et au coup de sifflet final, son sourire en 3 D dessine l’immensité de son bonheur. Un sourire qui s’affiche même plus grand encore, quelques (petites) heures plus tard dans la salle d’embarquement de l’aéroport "VIP" de Kiev à Boryspil, alors que le décollage de l’avion est contrarié d’une bonne heure par la neige et le brouillard.

Ce sourire aperçu, à l’hôtel, la veille du match où Bruno Genesio confie qu’il "n’est pas inquiet" (sur la motivation de ses hommes). Ce sourire remarqué au moment d’aller superviser la pelouse à 90 minutes du coup d’envoi: "Ce n’est que de la neige et quand il neige, il ne fait pas un froid polaire, c’est un ami savoyard qui me l’a dit", plaisante-t-il avant de regagner, via les immenses couloirs du stade, le bureau à côté du vestiaire où il va se concentrer.

Tousart: "C'est pour ça qu'on fait ce métier"

S’il s’efface logiquement au fil du match, ce sourire réapparait tout aussi logiquement à la fin du match où même en simple mocassin, il se risque à célébrer le retour en 8e de finale de la Ligue des champions, en sprintant vers ses joueurs sur la pelouse. D’abord avec les historiques à l’ADN OL collé aux crampons - Anthony Lopes, Houssem Aouar … - puis avec tous les autres qu’il laissera aller saluer les 350 fans situés à l’opposé. Là, Ferland Mendy lance son maillot, bientôt imité par Anthony Lopes et Marçal, lequel se déhanche pour manifester à la brésilienne, ce match à part. Lucas Tousart tombe lui dans les bras de Grégory Coupet venu se mêler à cette sarabande, ponctuée par une furtive bataille de boules de neige: "C’est pour cela qu’on fait ce métier et qu’on en ch … l’été en préparation, c’est pour ce partage" lâche hilare Lucas Tousart à celui qui avant de s’occuper des gardiens de but fait figure de repère: "Greg'" a connu cinq 8es de finale de l’OL des années de gloire (2004 à 2008); Lucas est lui un novice à ce stade. Comme tous les joueurs d’ailleurs qui vont prolonger les festivités dans le vestiaire. Les joueurs savourent plus d’une heure entre eux. Une éternité ou presque qui souligne le soulagement et le bonheur: "de l’intérieur du club, cette attente et cette impatience de revenir en 8e étaient palpables", avoue Ferland Mendy.

Genesio en meneur de célébration

Jean Michel Aulas vient les féliciter un par un au milieu d’un joli capharnaüm où personne ne traîne à l’écart sur son smartphone mais où chacun participe à mettre l’ambiance, de Jason Denayer à Memphis, de Bertrand Traoré à Marçal … Bruno Genesio prendra lui aussi la parole pour rendre hommage à "ce groupe plein de talent (qui) méritait ces coups de chapeau" après quelques coups de griffe du coach, à la mi-temps pour recadrer l’efficacité absente. On sent que ce partage souriant lui plait, tout comme ce rôle inhabituel de meneur de la mélodie du bonheur lyonnais: "oui, c’est rare que je le fasse, mais là, c’était spécial … Ce n’est quand même pas mal, non d’être dans les 16?", s’amuse-t-il quand on lui montre la photo où il frappe joyeusement une malle de la logistique comme il le ferait sur un tambour pour battre le tempo.

La nuit est déjà bien entamée – 1h30 du matin heure locale – quand le bus ramène la délégation lyonnaise à l’hôtel alors que le président Aulas a déjà pris place dans son avion privé qui malgré les conditions hivernales, a pu décoller in extremis en direction de Lyon. Dans le palace du centre de Kiev, pris dans la tempête qui redouble, les joueurs ne s’éternisent guère au bar au contraire du staff qui partage la tournée offerte par Bruno Genesio, avec un supplément "sourires" forcément. Et quelques chambrages sur son "toucher" de balle. Allusion est faite là à ses secondes de solitude à vouloir jongler avec le ballon (et en mocassin) pour le rendre à l’un de ses joueurs … Difficile de trouver le sommeil après tant d’émotions: "vers 5h ou plus, je ne sais plus …" avoue un Bruno Genesio qui a du mal à faire le tri dans ses souvenirs: "Le meilleur depuis que je suis en place, difficile à dire mais cela veut quand même dire quelque chose."

Genesio: "De toutes les façons, ils trouveront toujours quelque chose à dire"

Ses mots s’arrêtent là. On imagine aisément les cibles: "De toutes les façons, ils (ses opposants, NDLR) trouveront toujours quelque chose à dire …" Mais lui, l’enfant de l’OL a en tête la formule mise au panthéon des entraîneurs lyonnais par Jacques Santini: "Un entraîneur est d’abord un homme de résultats." Et ses joueurs, Nabil Fekir en tête, lui ont rendu la confiance donnée comme pour valider en extérieur cette osmose intérieure réelle. Cette qualification, sept ans après, est une étape marquante. Et un résultat, assurément. Son boss le sait et lui a fait savoir à travers ses multiples hommages en direct sur RMC Sport.

Ces heures le rajeunissent un peu plus aussi. Elles lui autorisent une remontée du temps plus loin en arrière. Il était au côté de Rémi Garde ce soir de mars 2012 à Nicosie où la séance de tir au but noire (1-0, 4-3 aux TAB après la victoire 1-0 à l’aller à Gerland) gelait la série de neuf participations consécutives en 8e de finale. Il devait avoir en tête cette formule de Rémi Garde, au retour de Chypre: "La Ligue des Champions et les 8es, on sait quand on les quitte, et on ne sait pas quand on va les retrouver…"

On sait désormais. C’est après ce match nul au goût de victoire dans le froid ukrainien. Le 12 décembre 2018. Avec le sourire (et la fierté) en prime. Maintenant place au tirage: "Peu importe, je sais qu’on sera présent et j’ai un groupe qui peut faire un coup", jure-t-il. 

Edward Jay (à Kiev)