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Une Superleague fermée pour remplacer la Ligue des champions ?

La spectaculaire Ligue des champions sera-t-elle un jour remplacée par une Superleague européenne fermée et réservée aux clubs les plus riches ? L’association européenne des clubs (ECA) y réfléchit pour braver l’aléa sportif et contrer les menaces anglaise et chinoise.

C’est un vieux serpent de mer qui resurgit de temps à autre. Début janvier, il a refait son apparition dans la bouche de Karl-Heinz Rummenigge, patron du Bayern Munich et président de l’Association européenne des clubs (ECA) : « Vous ne pouvez pas exclure qu’à l’avenir, nous pourrions créer une ligue européenne avec les grands clubs d’Italie, d’Allemagne, d’Angleterre, d’Espagne et de France, sous l’égide de l’UEFA ou d’un organisme privé. Ce serait une compétition avec 20 équipes et peut-être que nous pourrions jouer quelques matches en Amérique et en Asie. » Si la déclaration n’affirme rien, elle évoque bien une Superleague européenne fermée.

Une hypothèse jamais à l’ordre du jour de l’ECA mais qui anime de nombreuses discussions de couloir de l’association. Si l’UEFA entérine le format de la Ligue des champions tous les trois ans, rendant l’actuel intouchable jusqu’en 2018, l’ECA réfléchit déjà à proposer des modifications pour la période 2018-2021, notamment sur le plan des modalités d’accès à cette rémunératrice compétition. Car de nombreux clubs puissants se plaignent de ne pas réussir à y participer tous les ans, se retrouvant alors privés de millions d’euros : le Milan AC, l’Inter Milan, Manchester United, Liverpool, Lyon ou encore Marseille.

Aulas : « Prématuré d’aller vers ce genre de rupture totale »

L’éventualité d’une Superleague fermée, changement bien plus radical, concernerait plutôt la période 2021-2024. Mais l’objectif premier de cette menace est plus immédiat. Il s’agirait de faire peur à l’UEFA pour obtenir une plus grande redistribution des recettes générées par la Ligue des champions. Car le Bayern Munich, le Real Madrid, le FC Barcelone, le PSG et les autres clubs les plus puissants s’inquiètent d’un double phénomène entre les droits télé anglais en forme de pactole à partir de l’été 2016, qui pourraient à terme ridiculiser les grands du reste du continent, et la montée en puissance financière des clubs chinois, qui ont montré leurs muscles cet hiver en arrachant plusieurs stars à coups de dizaines de millions d’euros. De quoi faire très peur à l’ECA et la pousser à brandir la menace.

Membre du conseil exécutif de l’association, le président lyonnais Jean-Michel Aulas désamorce pourtant la « bombe » d’un projet qui romprait avec la culture européenne du mérite sportif : « Je pense que c’est prématuré d’aller vers ce genre de rupture totale. Il faut analyser le marché, voir que les résultats de la Ligue des champions ces dernières années ont été très positifs. Il faut essayer de progresser encore et avoir plusieurs hypothèses. Mais le fait d’en parler ou de l’imaginer n’impose pas d’y aller. » Secrétaire général de l’UEFA et candidat à la présidence de la Fifa, Gianni Infantino préfère défendre la compétition phare du football européen d’une pirouette lexicale : « La Superleague existe déjà. C’est la Ligue des champions. » Reste à savoir si les clubs les plus puissants du continent resteront sur la même longueur d’ondes dans le futur.

la rédaction avec J.S.