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OM: Baptiste Aloé raconte ses souvenirs sur Bielsa et son management

Libre depuis son départ d’Arouca, le défenseur formé à l’OM Baptiste Aloé se confie sur expérience au Portugal, son aventure avec Marcelo Bielsa à Marseille ou encore ses aspirations.

Baptiste Aloé, que devenez-vous depuis votre départ d’Arouca en août dernier?

Je m’entraîne avec la réserve de Valenciennes, où j’ai passé cinq ans et où j’ai gardé beaucoup d'attaches. Avant cela, j’ai passé quelques jours dans le sud avec ma famille. J’ai essayé de profiter de faire ce qu’une carrière ne permet normalement pas de faire au cours d’une saison. On essaie de voir le positif dans cette situation. Je m’entretiens, je m’entraîne tous les jours et j’attends que mon téléphone sonne.

Pourquoi ce départ si soudain d’Arouca qui venait d’être promu en Liga portugaise et avec qui vous débutiez une deuxième saison?

Dans les derniers jours du mercato, ils ont bouclé des défenseurs centraux, le club m’a un peu poussé vers la sortie et j’ai trouvé que c’était mieux pour moi de résilier avant le 31 août pour pouvoir être libre sur le marché plutôt que de rester, de m’entraîner et de ne pas jouer. Ça s’est fait dans les dernières minutes du mercato, ils concluaient deux arrivées alors que j’avais disputé un match de Coupe et que j’avais joué le premier match de championnat. C’était un peu soudain, inattendu pour moi.  

Avez-vous été affecté par la façon dont ça s’est passé?

J’étais un peu affecté parce que ça s’est fait une semaine avant la fin du mercato. J’ai pris un petit mois avant d’en parler. J’avais besoin d’un peu de temps pour essayer de comprendre ce qu'il s’était passé. Je me suis aussi remis en question. Lorsqu’on est poussé vers la sortie, on se demande s’il y a quelque chose qu’on n’a pas fait de bien.  

Quel bilan faites-vous de votre passage au Portugal?

Au début c’était compliqué pour moi, parce que je partais de zéro, dans la langue, la culture. Faut savoir qu’Arouca est une petite ville, dans la montagne. La moitié des joueurs étaient brésiliens, on était que deux francophones. L’adaptation a été difficile mais j’ai vraiment aimé la mentalité des Portugais, des Brésiliens. Toujours le sourire, de la musique. D’un point de vue footballistique, le championnat portugais, que ce soit de première ou de deuxième division, n’a rien à envier au championnat français. C’est un championnat beaucoup plus tactique, dans lequel on analyse plus l’adversaire. Il y a des joueurs qui proviennent de divisions inférieures mais qui ont vraiment quelque-chose, ils sont très forts. Et puis, d’un point de vue personnel, j’ai vécu une montée de la D2 à la D1 pour la deuxième année consécutive. Même si j’étais arrivé en bout de mercato, que j’ai eu le Covid-19, j’ai appris beaucoup de choses sur moi et je suis convaincu d’être un meilleur joueur que lorsque je suis arrivé.

En termes de méthodologies d’entraînement, avez-vous senti une vraie différence entre la France et le Portugal?

Au Portugal, on est vraiment sur l’analyse des faiblesses de l’adversaire tout en tentant de garder son identité de jeu. Mais sur la semaine, on travaille vraiment sur les faiblesses. C’était tous les jours de la vidéo. C’était très méthodologique. Avant chaque séance d’entraînement, on avant une séance vidéo. On travaillait rarement sans ballon. On parlait aussi plus tactique, transitions avec le staff. J’ai connu Bielsa et ça ressemblait plus à sa méthodologie. La méthodologie française est plus sur le jeu, des ateliers, avec plus d’exercices physiques sans ballon.

Vous êtes formé à l’OM. Vous avez disputé votre premier match en équipe première en 2012 et avez dû attendre deux ans avant de la retrouver. Comment avez-vous vécu cette attente?

Elie Baup m’a lancé latéral droit sur un match de Ligue Europa [5-1 contre l’APOEL Limassol, en octobre 2012]. Ça s’est plutôt bien passé mais c’était une équipe de l’OM qui tournait bien, qui prenait peu de buts. J’étais jeune, je prenais ce que j’avais à prendre. J’ai beaucoup appris de cette période avec Elie Baup et avec les joueurs de cet effectif. Oui, c’est dur d’attendre deux ans mais ça fait un peu parti de ma carrière: j’ai toujours dû aller chercher les choses pour les avoir. Ma mentalité, c’est que le travail paie toujours.  

Vous avez disputé 14 matchs avec Marcelo Bielsa. Comment avez-vous su que vous alliez intégrer ses plans?

Baptiste Aloé et Doria avec l'OM en août 2016
Baptiste Aloé et Doria avec l'OM en août 2016 © ICON Sport

J’avais signé mon premier contrat pro en 2014 peu avant qu’il arrive. J’intègre le groupe pro avec lui, en étant sparring partner. Avec les jeunes, on faisait les séances d’avant séance pour montrer aux pros comment faire les exercices. D’abord il leur montrait en vidéo, ensuite sur le terrain avec les sparring partners. Dès qu’il manquait un joueur, on s’entraînait avec eux. C’est un peu bizarre de se dire qu’on a ce rôle-là au début mais, après, on réalise que ça fait partie de son processus pour nous inculquer sa méthode qui est basée sur la répétition, la tactique. Et on apprend vraiment beaucoup avec Bielsa.

Ses méthodes sont vraiment différentes de ce que vous avez pu connaître…

[Il coupe] Vraiment!

En quoi?

Par exemple, la semaine, on ne faisait que des exercices de passes, de la tactique, de la technique, et une seule fois, sur cette semaine, on faisait du jeu. C’était deux fois 25 minutes. Un entraîneur classique va faire du jeu tous les deux jours, en moyenne, ou de la possession mais là, on ne faisait même pas ça. En revanche, ce jeu hebdomadaire était d’une intensité… C’était plus dur qu’un match. Je me souviens que la première fois, à la fin de l’entraînement, j’ai eu un petit déclic et je me suis dit: "Si je n’y arrive pas, je ne pourrai jamais jouer dans cette équipe. Il faut que je travaille plus, encore plus fort pour qu’il puisse me regarder et m’intégrer." A l’époque, je devais prendre au marquage individuel un joueur et il allait dans tous les sens. C’était très dur mais c’était moteur. 

Et même comme ça, les joueurs parvenaient à prendre du plaisir? 

Sur le moment, c’était dur de faire des choses que tu fais depuis tout jeune, comme des passes, mais il y avait une intensité de fou. Mais moi qui allais au stade depuis tout petit, je n’avais jamais vu la Vélodrome aussi chaud qu’à cette période. Bielsa a réussi à ramener tout le monde au stade. Ça aussi ce fut un déclic. Tu vois une ambiance comme ça et tu te dis: "Qu’est-ce qu’il faut pour que je joue?" Tu mets tout en marche pour entrer dans l’équipe.

Et en termes de management, comment était Bielsa ? Vous aviez des rapports directs avec lui?

A part quelques cadres, peu de monde avait un rapport direct avec Bielsa. On le voyait souvent la veille du match. Il nous montrait actions du dernier match ou de l’entraînement ; parce qu’il y avait aussi ça qui était fou : toutes les séances étaient filmées. Souvent il nous sortait du positif des séances, des derniers matches. Il arrivait à faire passer des messages comme ça. Mais niveau management, il n’était pas proche des joueurs. Ses adjoints l’étaient beaucoup plus. Il faisait passer les messages par là. Il y a aussi le fait qu’il faisait beaucoup de discours pendant ses séances ou pendant les matches. Et c’était des discours de père. De nous dire par exemple: "Vous gagnez beaucoup d’argent mais vous n’avez pas le temps pour le dépenser. Et vous êtes obligés d’être tout le temps dans le foot." Il nous parlait de la famille, de l’argent. Des trucs de père, quoi. C’est pour ça aussi qu’à la fin on était prêts à mourir pour lui. Il arrivait à nous transcender.

Steve Mandanda, avec qui vous aviez joué à l’époque à l’OM, est toujours là mais il n’est plus titulaire. Que pensez-vous de sa situation?

Steve, c’est quelqu’un qui est très fort dans tous les domaines. Quand j’étais ramasseur de balles, il était déjà dans les cages et là il est encore là. Je l’apprécie beaucoup en tant que personne. C’est une situation compliquée pour lui mais je pense qu’il va réussir à redresser la barre. Il y est toujours parvenu. C’est sûr que ça m’affecte parce que c’est un super gardien et quelqu’un de super important dans un vestiaire. Il ne parle pas beaucoup mais il est très écouté. Peut-être qu’il ne colle pas aux idées du nouveau coach qui fait ses choix.  

De quoi avez-vous envie maintenant?

J’ai 27 ans, j’ai commencé par la France, la Ligue 1, la Ligue 2, et ce qui me dérange un peu c’est qu’en France, comme je suis parti à l’étranger, ils m’ont un peu oublié. Ils sont passés à autre chose. J’aimerais rester dans les alentours de la France pour pouvoir me poser, rester avec ma famille. Après, je suis ouvert à beaucoup de choses. Mais quand je vois comment se passe le mercato, je me pose des questions. Je suis français, formé en France, j’ai joué à Marseille, et il y a des choses que je n’arrive pas à comprendre. Mais je ne lâche pas, parce que ce n’est pas dans mon tempérament. Une fois encore, je sais qu’aujourd’hui, je suis un meilleur joueur. 

Nicolas Vilas