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Newcastle: ce que pense Alan Shearer, la légende du club, du rachat par l'Arabie saoudite

Meilleur buteur de l'histoire de Newcastle United, et légende locale, l'ancien attaquant anglais Alan Shearer a réagi dans une longue chronique au rachat du club par le fonds public d'investissement d'Arabie saoudite. S'il est ravi de voir la désastreuse ère Mike Ahsley prendre fin, il se veut aussi très lucide sur le "sportswashing" pratiqué par le royaume du Moyen-Orient.

Parce qu'il est un enfant de la ville, un vrai de vrai, parce qu'il a inscrit 206 buts pour les Magpies - plus que quiconque - entre 1996 et 2006, et porté leur maillot à 405 reprises, son avis compte. Et sa voix porte.

Au lendemain de l'officialisation du rachat de Newcastle United par le richissime fonds public d'investissement d'Arabie saoudite, la légende locale Alan Shearer a réagi ce vendredi à la nouvelle dans une longue chronique pour The Athletic. Avec un discours mesuré, et très intéressant: celui d'un homme à la fois heureux de voir son club retrouver des ambitions après une sombre période, mais également lucide sur le fait que le nouveau propriétaire n'est pas un état modèle...

"Vidé, voilà comment je me sens, débute Shearer. Vidé mais excité, fatigué mais enthousiaste, optimiste et également mal à l'aise. Si ces choses sonnent comme une contradiction, alors bienvenue dans le monde de Newcastle United, où rien n'est ce qu'il paraît."

"Nous existions à peine, comme des zombies"

Pendant toute une série de paragraphes, Shearer vide son sac, et dit tout le mal qu'il pense de l'ancienne direction de Mike Ashley, qui avait mis la main sur le club en 2007, et qui l'avait très brièvement propulsé entraîneur des Magpies en 2009.

"C'est le moment de célébrer la fin de 14 années terribles, poursuit-il. Mike Ashley est parti et je dois presque me pincer pour y croire. Depuis si longtemps maintenant, nous étions une ombre. Nous existions à peine, comme des zombies, des morts-vivants. Newcastle tapait dans un ballon, atteignait (parfois, ndlr) ses objectifs, mais personne ne s'embêtait à vérifier son pouls. (...) Il y a eu trop de moments toxiques: la saison au cours de laquelle j'ai fait un bref passage en tant que manager, deux relégations, le changement de nom de St James' Park et d'innombrables autres coups à notre prestige. Ces derniers saisons, Newcastle n'a été qu'une coquille vide."

"Je veux que mon club représente ma ville et ma région et non un régime autoritaire lointain"

Mais aujourd'hui, les cartes sont redistribuées. "Théoriquement, Newcastle devient désormais le club le plus riche du monde, observe Shearer. (...) Vous savez ce que je veux? Avoir l'impression qu'on soit tous sur la même longueur d'onde, qu'on rame dans la même direction. Qu'on nous rende notre club de football. Je ne suis pas gêné par la richesse, je veux juste que nous ressentions à nouveau une connexion, et que les propriétaires nous fassent progresser. Je pense que je parle pour la plupart des fans de Newcastle quand je dis ça."

Ce qui n'empêche pas l'ancien international de faire preuve de lucidité sur la question du soft power pratiqué par l'Arabie saoudite en rachetant un club de foot. "Nous savons qu'il y aura d'autres conséquences à cette prise de contrôle, prévient Shearer. Nous nous devons à nous-mêmes et au reste du monde de regarder les preuves des violations des droits de l'homme en Arabie saoudite, de nous éduquer et de savoir dans quoi nous nous engageons. Il est important d'être conscient du sportswashing (blanchiment par le sport, ndlr) et de ce que cela signifie réellement."

Et de conclure avec philosophie: "Le football nous met dans des positions difficiles. Et il peut aussi faire de nous des hypocrites. Nous détestons ce salaud qui joue pour un autre club, jusqu'au moment où il signe pour nous et devient notre salaud. La VAR est une blague, puis notre équipe bénéficie d'un arbitrage favorable et c'est la meilleure chose qui soit! Lorsqu'il s'agit de mauvais agissements (...) nous ne nous soucions pas des autres, mais plus que de nous. (...) Je veux que mon club représente ma ville et ma région et non un régime autoritaire lointain, mais il semble que la deuxième chose ouvre la voie à la première."

C.C.