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Quel rôle pour le foot après le 13 novembre ? Le TAC joue la carte de la mixité

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Après les attentats de Paris, RMC Sport lance durant trois jours un grand débat sur le rôle que doit tenir le football après le 13 novembre. Et sur la manière dont il peut contribuer au « mieux vivre ensemble ». Exemple concret avec une immersion au TAC, club de la banlieue de Toulouse, qui a fait de la mixité sociale, religieuse et du respect des autres sa philosophie. Avec réussite.

Le Toulouse Athlétique Club jouxte le quartier du Mirail. On n'est pas loin de Bellefontaine, qui avec Reynerie et Bagatelle forment l’ensemble du Mirail. Les perquisitions administratives y ont été nombreuses ces dernières semaines. En bord de périphérique, le complexe est grand et fonctionnel. Plus de 380 licenciés s’y entraînent et y jouent chaque semaine. Mais le TAC, ancien club de Jean-Luc Sassus, est plus qu’un club de foot.

Il fait figure de lien social, où le « vivre ensemble » est une réalité. Et depuis longtemps (le club fêtera ses 85 ans l’année prochaine), la mixité est une réalité. Par tradition, elle a toujours existé. Il n’y a donc pas de communautarisme, on vient de tous les alentours de Toulouse. Peut-être pour la qualité du football pratiqué ici, mais aussi pour l’ambiance. Toutes les religions sont également représentées, mais elles restent en dehors du terrain. « Ici, on parle football », nous indique-t-on. 

« L’enrichissement est énorme »

« Je suis ancien "Taciste", j’ai été éduqué à la diversité façon TAC et donc j’ai joué avec le Français, le Black, le Beur, le Chinois et on a grandi tous ensemble, explique Asrie Temmar, l’entraîneur de l’équipe seniors. Malgré le Mirail, le quartier à 300 mètres à vol d’oiseau, on a toujours eu la chance d’avoir des arrivées qui ne sont pas du quartier. Ce que recherchaient aussi les joueurs qui sont venus ici, c’est ce côté diversité. »

« Je pense qu’à Toulouse on est vraiment le seul club où vous pouvez côtoyer toutes sortes de communautés : bouddhistes, musulmans, chrétiens, tout ce mélange-là, ce melting pot qui fait qu’on vit ensemble, qu’on est une bande de copains. L’enrichissement est énorme », explique Ange Derou, joueur de l’équipe senior qui, malgré son déménagement au nord de Toulouse, est resté dans son club atypique.

Les bulletins de notes demandés aux entraînements

Le secret de la réussite du TAC, c’est aussi un cadre clairement défini. Le respect, la politesse et l’écoute sont toujours mis en avant. Tout comme la convivialité. On essaye de veiller à ce que les anniversaires soient fêtés, on organise des repas après les matchs ou des goûters pour les plus jeunes. Une section féminine a même été créée en début de saison. Une vingtaine de filles viennent s’entraîner, représentées par deux équipes en U13 et U15.

Un homme veille à tout ce bon fonctionnement : Fayçal Gacem. Employé par la préfecture, il est à la fois médiateur au Mirail mais aussi directeur sportif du TAC. Comme il le dit lui-même, il fait le lien entre l’école, la famille et le club de foot. Les jeunes joueurs doivent même de temps en temps amener leur bulletin de notes à l’entraînement. Et il arrive que les plus turbulents soient privés de match… mais tout de même priés de venir voir leurs camarades jouer.

« Il y a les problèmes scolaires, déjà. J’explique aux gamins que l’école est beaucoup plus importante que le foot, déclare-t-il. Ça peut être un problème familial, un problème dans le vestiaire, un problème sur le terrain. Il y a beaucoup d’autres problèmes qui peuvent faire que le foot passe en deuxième, troisième, voire quatrième plan. » 

« Les attentats ? Nous ne serons jamais d’accord »

Le 13 novembre dernier, le soir-même des attentats, Fayçal Gacem a appelé son président pour décider d’acheter dès le lendemain du scotch noir pour faire porter un brassard noir à toutes les équipes du club et également pour respecter une minute de silence. 

« Je me suis dit qu’il fallait faire quelque chose, raconte-t-il. Ce n’est peut-être pas grand-chose mais au moins un signe qui démontrait que nous ne sommes pas d’accord, nous ne serons jamais d’accord avec ce genre de choses, c’est horrible. Et puis les enfants, il fallait un petit peu les mouiller, leur indiquer que ce qu’il s’est passé ne nous concerne pas. Ce n’est pas des choses que les jeunes vivent au quotidien. J’ai appelé le président et j’ai demandé si on pouvait le lendemain, toute l’école de football, des plus petits aux plus grands, porter un brassard noir et faire la minute de silence. C’est ce qu’on a fait le lendemain à tous les matches. » Une façon de montrer qu’au TAC comme dans des centaines d’autres clubs en France, le football est aussi un moyen d’éveiller les consciences.

Wilfried Templier