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PSG: pourquoi Neymar est évalué à seulement 32 millions d’euros par le CIES

La valeur transfert de Neymar, évaluée à 32 millions d’euros par l’Observatoire du football, a beaucoup surpris les acteurs du milieu. Le responsable du CIES, le docteur Raffaele Poli, nous explique l’approche économétrique de l’observatoire qui a permis d’aboutir à ce résultat pour le moins étonnant.

Raffaele Poli, comment expliquer que, selon vos calculs, la valeur transfert de Neymar soit de 32 millions d’euros, sachant qu’un site spécialisé comme Transfermarkt l’évalue à 128 millions d’euros ?

Oui, bon, on n’est pas Transfermarkt. Ils mesurent aussi la notoriété, sans doute. Je ne sais pas si vous avez lu cet article paru récemment, qui expliquait bien les procédés de Transfermarkt. Ce sont des passionnés qui regardent un peu l’aura du joueur. Un joueur qui est en fin de contrat a quand même une valeur pour eux, ils parlent de valeur marchande, pas de valeur transfert. On n’est pas tout à fait dans le même registre. Mais c’est vrai, vous avez raison, Transfermarkt fait un peu figure de référence. Ils sont même utilisés par les clubs. Mais ça ne se veut pas être la même approche.

En quoi consiste votre méthodologie ?

Notre approche consiste à recenser tous les transferts qui ont eu lieu dans le passé, tous ceux pour lesquels on a pu récupérer une valeur de transfert payant pour lesquels il y a les différents médias, des publications de la FIFA, ou des publications boursières. En croisant différentes sources, on arrive à avoir une idée relativement précise du prix qui a été payé pour les différents joueurs. Et en fonction de cela, on a regardé après ce qui pouvait déterminer ce prix-là, payé dans le passé pour les joueurs en question. Et finalement appliquer les différents coefficients sur les différentes variables pour estimer de manière prédictive le juste prix pour le joueur actuel. Et en rassemblant aussi d’autres éléments. En discutant avec les acteurs du marché, des choses qui sont aussi de notoriété publique. On a pris notamment l’âge des joueurs en considération pour déterminer les prix. Parce qu’un plus jeune joueur, chose égale par ailleurs, aura une plus grande valeur qu’un joueur plus âgé. Ce n’est pas dégressif de manière précise. On a déterminé des tranches d’âge entre lesquelles le prix du joueur va diminuer de manière plus ou moins importante. Mais d’une manière générale, plus le joueur est âgé, moins sa valeur de transfert sera élevée. Parce qu’il aura moins d’années de carrière devant lui. 

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Procédez-vous de la même manière avec la durée de contrat ?

Là aussi, ce n’est pas totalement linéaire. Un joueur entre cinq et quatre ans, ça ne change rien selon mon point de vue. C’est un long contrat. Entre quatre et trois, il y a une baisse chaque mois. Et elle est plus importante entre trois et deux, et encore plus importante entre deux et un. C’est un premier principe d’explication de la chute assez importante de Neymar, et de Mbappé en corollaire aussi.

Si Neymar prolongeait dans les mois qui viennent, sa valeur transfert augmenterait-elle ?

Exactement, et c'est normal. Pourquoi ? Qu’est-ce que l’indemnité de transfert ? C’est l’indemnité pour cassure de contrat, il n’y a rien d’autre que ça. Plus le contrat est long, plus le club qui va recruter le joueur devra payer cher cette rupture en question. Cela pénalise très fortement, que ce soit Messi, Neymar ou Mbappé. Ce sont des joueurs qui ont moins de deux ans de contrat - Ronaldo aussi, par ailleurs -, et donc, du coup, le club d’appartenance, dans les négociations, a un pouvoir de négociation qui est moindre. Justement parce qu’il sait qu’à la fin de ce contrat, le joueur va partir libre. Donc ça met une énorme pression sur le club d’appartenance, d’où la nécessité - on le disait déjà la saison passée - pour le PSG de prolonger Neymar et Mbappé. Ce qui est étonnant, c’est qu’ils ne l’aient pas déjà fait. Parce que d’habitude, si les grands joueurs veulent rester, que le club veut les garder, c’est rare qu’ils arrivent à des durées de moins de deux ans. Parce que sinon ça ouvre la porte à un départ. C’est cela aussi, quelque part, la faiblesse du projet du PSG.

La situation exceptionnelle que nous vivons actuellement, avec la crise sanitaire qui fait peser une lourde incertitude sur le devenir de certains clubs et du marché, peut-elle en partie expliquer cela ?

Ce peut être une explication. Car lorsqu’on parle de prolongation, on parle effectivement de revalorisation salariale ou au moins de continuer à payer de fortes sommes d’argent. Vous avez tout à fait raison. Mais, mine de rien, on parle ici de valeur de transfert. Et cette situation-là pénalise le club d’appartenance, et baisse la valeur transfert du joueur, forcément. Sachant que dans le cas de Neymar ou Mbappé, ça va aller très vite. S’ils ne prolongent pas, ils partent gratuitement. C’est zéro. Vous voyez ce que cela pourrait représenter comme cataclysme pour le PSG d’avoir payé des joueurs plus de 400 millions d’euros et de les voir partir gratuitement. D’autant plus pour Mbappé qui est encore très jeune.

Neymar est aussi rentré dans cette tranche d’âge, il aura bientôt 29 ans, où sa valeur va baisser chaque année, parce qu’il s’approche gentiment de la fin de sa carrière. Même si aujourd’hui on a des exemples de joueurs qui durent assez longtemps, ce sont des exceptions. Il y a Lewandowski, c’est vrai, peut-être Ibrahimovic, si on regarde les attaquants. On assiste peut-être à un changement, mais nous, on regarde dans le passé. Neymar va peut-être jouer jusqu’à 40 ans et on serait démenti, mais ce serait improbable. C’est rare. 

Les blessures et le nombre de matchs joués par rapport au rendement qui était attendu de la part de Neymar, ça rentre en ligne de compte dans vos calculs ?

C’est le troisième aspect le plus important. Si vous regardez les statistiques de Neymar. C’est peut-être une faiblesse du modèle, mais on a fait beaucoup d’essais. On prend finalement les performances sur les deux dernières années. Si on prenait trois ou quatre ans, cela n’ajoutait rien finalement à la significativité du modèle et à son pouvoir explicatif. On ne s’est pas cassé la tête. Et d’ailleurs, ça ne lui rendait pas tellement service.

Pourquoi ? Parce qu’il est logique qu’un club, dans le cadre d’un transfert, regarde en priorité les performances récentes du joueur, plutôt que les plus anciennes. On a défini, en fonction des différents tests réalisés, une limite à deux ans. Cela veut dire que le modèle n’a pas de mémoire historique. Pour un joueur comme Neymar, c’est une critique qu’on peut tout à fait recevoir pour cette faible valorisation, compte tenu de l’aura du personnage et de ce qu’il a montré dans le passé. Mais le modèle ne voit pas ce qu’il a fait avant les deux dernières années. Et si on regarde ses performances de ces deux dernières, notamment les minutes de jeu, ça le pénalise énormément.

Il y a aussi le Covid. L’arrêt du championnat de France a pénalisé les joueurs de Ligue 1 par rapport aux autres, qui ont pu terminer leur championnat. Il ne faut pas l’oublier. L’arrêt du championnat n’a pas fait du bien. Les clubs s’en plaignaient à l’époque, ils le donnaient comme argument vis-à-vis de la Fédération. Les joueurs sont pénalisés parce qu’ils n’ont pas pu montrer leur talent. Et pour Neymar qui, par ailleurs, lorsque la situation était normale, était souvent blessé, cela pénalise énormément. Quand on dit moins de minutes de jeu, on dit moins de buts, moins de passes décisives, moins de passes tout court. Tout l’amène vers le bas, forcément, puisqu’il n’a pas joué.

Malgré tout, quand il joue, il a des statistiques excellentes. Il marque un peu moins cette saison en championnat, presque un but par match les saisons précédentes. En Ligue des champions, il a déjà fait un but par match. C’est un grand dribbleur, il n’y a pas de doute là-dessus, c’est peut-être le meilleur du monde dans cet exercice en terme de nombre de dribbles et de pourcentage de réussite. Mais le fait qu’il soit relativement âgé, que sa durée de contrat s’approche de la fin… Après, je ne veux pas commencer à dire que ce n’est pas un bon joueur. C’est un excellent joueur, les stats le montrent. Sauf qu’il ne joue pas. Si on prend cette période de deux ans, ça le pénalise énormément. 

Les performances du Paris Saint-Germain l’accablent-elles ?

Ce ne sont pas les performances individuelles seules qui valorisent un joueur, c’est aussi évidemment le succès de l’équipe. C’est vrai que le PSG a réalisé de jolies performances en Ligue des champions, ils sont qualifiés, ils ont fait plus de matchs, ça les valorise donc plutôt. Mais à l’heure actuelle, ils ne sont pas les premiers. Et ils ont une moyenne de deux points par match, tout juste. Ce n’est pas de nature à valoriser le joueur. 

Ce que vous ne prenez pas en compte, c’est ce qu’un club pourrait consentir à investir sur un joueur par rapport à ce qu’il pourrait leur rapporter. Dans le cas de Neymar, une somme considérable justifiant une somme très élevée, c’est bien ça ?

C’est difficile de paramétrer ça, l’aura d’un joueur. On prend quoi ? Les followers ? Ce serait possible. Mais après, ça concerne combien de joueurs ? Les superstars, c’est un marché un peu singulier. Pour 95% des joueurs, je pense que la fourchette des prix est très bonne. Pour un joueur comme Neymar, et la critique est tout à fait recevable, on pourrait dire qu’au-delà de ses performances sportives, et des critiques objectivables qu’on vient de passer en revue, c’est difficile de se prononcer de manière certaine. Et sans doute que cette aura-là, dont vous parlez, entrerait quand même en ligne de compte. Parce qu’on s’achète une marque en prenant un joueur comme Neymar. Mais, il n’y en a pas beaucoup de ces joueurs-là. Et même si on voulait l’ajouter, ce ne serait peut-être pas significatif parce que cela concerne très peu de joueurs. Deuxièmement, on rentre sur une donnée qui est de l’ordre du subjectif, difficilement paramétrable. Et qui s’écarte de l’approche qui est la nôtre. Si Neymar prolonge et se met à jouer des matchs, c’est une valeur qui est plutôt destinée à augmenter. Mais pour l’instant, la donne est celle-ci. 

dossier :

Neymar

Quentin Migliarini (QMigliarini)