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Mondial de handball: gagneur hors pair, philosophe, gueulard… Krumbholz pas encore rassasié

Le sélectionneur de l’équipe de France féminine de handball, Olivier Krumbholz, a tout connu avec les Bleues. De l’anonymat en 1998 au sacre olympique cet été, le Messin est un des plus gros palmarès du sport français et a encore faim avant de rencontrer la Slovénie ce dimanche (18h) lors des poules du Mondial disputé à Granollers en Espagne.

Son énergie, ses mimiques et ses coups de gueule sur le banc de touche sont intacts et légendaires. Vingt-trois ans après avoir endossé pour la première fois le costume de sélectionneur, les choses ont bien changé pour le hand féminin français. Olivier Krumbholz, lui, est toujours là.

"Je repense souvent au mondial 1999 quand on fait une finale contre la Norvège, confie-t-il. C’est une longue période avec beaucoup de joie et de réussite mais aussi beaucoup de bas et de peine. Mon objectif c’est d’être encore motivé, engagé. Je suis encore tout neuf."

Pourtant l’histoire n’a pas été toute rose avec l’équipe de France pour le double champion du monde (2003, 2017). En 2013, Olivier Krumbholz est remercié par la fédération qui souhaite tourner la page. Une décision très mal vécue par le Lorrain qui se sent trahi. Alain Portes prend le relais d’une équipe qui avait besoin de repartir sur un nouveau cycle.

Krumbhloz: "Je ne suis peut-être pas facile à vivre tous les jours"

Le mandat de Portes se termine en calvaire et Krumbholz est rappelé en janvier 2016, plusieurs joueuses demandant son retour.

"Le temps qu’il a passé en dehors de l’équipe lui a permis de voir les choses différemment, détaille Cléopâtre Darleux qui le côtoie depuis 2008. Il a énormément évolué dans le management. Avant il avait des sautes d’humeur un peu plus importantes, aujourd’hui il est beaucoup plus posé." Olivier Krumbholz c’est un caractère. "Un ingérable qui va vous emmerder tous les jours", avait-on dit au DTN de l’époque désormais président de la fédération Philippe Bana.

"Je n’ai peut-être pas totalement changé, sourit le sélectionneur des Bleus. Peut-être qu’effectivement je ne suis pas tous les jours facile à vivre mais quand on veut faire bouger les lignes, je pense que ce sont ces personnalités-là qui font avancer les dossiers. J’ai un côté très impatient."

Son coaching agressif et ses gueulantes ont pu créer des fractures avec certaines de ses joueuses notamment les anciennes qui lui ont reproché son côté trop autoritaire et rigoriste. "Il a remis des choses en question dans son approche avec les joueuses, confirme Allison Pineau plus de 260 sélections en Bleues. Il se met moins au centre du projet, il a responsabilisé les joueuses cadres, ce qui nous permis de retrouver un certain équilibre mais je tiens à dire qu’il est toujours gueulard (rires)!"

Krumbhloz: "Comment ne pas vouloir participer aux JO chez soi?"

Une évolution indispensable à sa longévité. "Le contexte était différent. Quand je suis arrivé on n’existait pas dans le contexte international, il fallait avancer, décrypte le sélectionneur. Maintenant on est installé dans les 4, 5 meilleures nations mondiales, on n’a plus rien à prouver. On est là pour gagner. Il n’y a plus cette idée qu’il faut tout changer. J’essaie d’être toujours de plus en plus bienveillant et à l’écoute des joueuses."

Avec un staff étoffé à ses côtés, le Messin a désormais pris de la hauteur, toujours aussi habité pendant les matchs et inspiré pour ses causeries. "C’est un grand philosophe Olivier, plaisante l’arrière Estelle Nze Minko. Toujours une citation, une histoire à raconter pour imager ses propos, c’est l’emblème de l’équipe de France."

Olivier Krumbholz le sélectionneur des Bleues
Olivier Krumbholz le sélectionneur des Bleues © Icon Sport

"Moi cela fait vraiment longtemps que je suis là donc je les connais toutes, chambre Allison Pineau. Mais les plus jeunes ne les connaissent pas donc cela fonctionne encore (rires)."

Avec cette génération, Olivier Krumbholz a tout gagné. Le mondial en 2017, l’Euro en 2018 et les Jeux Olympiques cet été et à 63 ans, il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.

"Paris 2024, j’y pense depuis longtemps, termine-t-il. J’ai pleuré de rage devant ma Télévision quand Paris n’a pas eu les Jeux en 2012. Comment ne pas vouloir participer aux JO chez soi? Mais ce qui compte c’est qu’on ait le meilleur staff possible pour que les filles puissent s’exprimer. Ce n’est pas un objectif personnel mais collectif." En Espagne, le sélectionneur historique de l’équipe de France compte bien ramener une médaille pour lancer l’objectif 2024 et permettre au hand et au sport féminin de continuer à surfer sur la dynamique du sacre olympique à Tokyo.

Nicolas Paolorsi