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France-Algérie, un match sous tension ?

Abderrahim Berriah, joueur de l'équipe d'Algérie

Abderrahim Berriah, joueur de l'équipe d'Algérie - AFP

L’équipe de France, dont RMC est la radio officielle, retrouve l’Algérie ce jeudi (19h) au Mondial avec la première place de son groupe dans le viseur. Une rencontre forcément marquée par l’impact de l’histoire entre les deux pays. Alors, duel bouillant au Qatar ? Oui. Mais côté sportif uniquement.

Il y a l’histoire d’antan, celle avec un grand H. La conquête lancée par Charles X en 1830, les 132 années de colonisation, la guerre d’indépendance, le FLN, De Gaulle, le référendum d’autodétermination, les harkis, les pieds-noirs, l’immigration, la diplomatie… Il y a l’histoire du présent, celle à qui le temps donnera un grand H, avec les chaudes manifestations à Alger vendredi dernier contre « l’offense » faite au prophète Mahomet par Charlie Hebdo. Il y a l’histoire sportive, aussi, et le souvenir du Stade de France en 2001 en marqueur. Il y a l’actualité, enfin, avec les banderoles « Je suis Mohamed » et « Nous sommes avec notre prophète Mohamed » déployées par les supporters égyptiens lors du match contre les Bleus dimanche au Mondial de hand. Entre la France et l’Algérie, les relations ont toujours été particulières. Tendues, pour être précis. Un « je t’aime, moi non plus » entre rejet et attirance, fruit d’un passé pesant. Voilà pour le contexte. Et maintenant, place au terrain.

L’équipe de France retrouve l’Algérie ce jeudi (19h) dans une rencontre à enjeu différent pour les deux équipes. D’un côté, des Bleus qui doivent gagner pour s’offrir une « finale » pour la première place du groupe deux jours plus tard contre la Suède. De l’autre, des Algériens toujours à zéro point et qui ont besoin d’un miracle pour atteindre les huitièmes. Alors, avec tout ça, match sous tension ? Pas vraiment. Le public du handball n’est pas le plus dissipé, déjà. Et peu importe le contexte, pas question pour les deux camps de laisser l’actualité empiéter sur le sport. Une saine rivalité et puis c’est tout. Celle qui unit deux peuples liés par l’histoire. Rapprochement plutôt qu’éloignement. « On se connait tous très bien, explique Cyril Dumoulin. On partage la même langue, on a une culture relativement proche. Il y a une relation particulière. »

« Pas dans l’antagonisme mais dans la proximité »

Claude Onesta, le sélectionneur tricolore, confirme : « Ce n’est pas dans l’antagonisme mais, au contraire, dans la proximité. La plupart de ces joueurs évoluent dans notre championnat. Certains sont nés en France. Ce sont des joueurs qu’on connaît depuis l’âge de 10-12 ans, qui ont fait toute la filière du hand français et qui ont finalement connu un parcours avec la sélection algérienne, pensant que l’horizon était bouché pour eux. Pour eux, ce match a plus de goût et d’importance que d’autres. Au regard de leurs résultats, ils pourraient décrocher. Mais ce ne sera pas le cas dans ce match. Ils auront au moins l’ambition de rester dans quelque chose d’honorable donc ils vont beaucoup s’investir. »

Témoin de cette volonté, les journalistes n’ont pu assister mardi aux habituelles dix premières minutes d’entraînement ouvertes aux médias. Et le staff algérien n’a pas organisé de séance ce mercredi, les joueurs restant à l’hôtel pour préparer ce match à part. Où leurs adversaires chercheront surtout à poursuivre leur montée en puissance. « Il n’y a pas de petits matches dans une telle compétition, annonce Mathieu Grebille. Si on est vraiment meilleur qu’eux, comme on peut le penser, il faudra le montrer sur le terrain avec un match plein du début à la fin. » Et Dumoulin d’insister : « Il faut absolument gagner pour jouer la première place. On a trop de souvenirs de matches où des équipes en ont pris d’autres à la légère et se sont faites surprendre. Il va falloir être sérieux et appliqués, utiliser ce match pour se relancer après le nul contre l’Islande et préparer la Suède. » Pour mieux dégonfler d’hypothétiques tensions, les Français n’hésitent pas non plus à se ranger – et comment leur donner tort ? – du côté du public au sujet des banderoles égyptiennes. « Si vous voulez la liberté d’expression, acceptez qu’elle s’exerce dans toute l’étendue des formes d’expression, analyse Onesta. Il faut aller au bout de ce que l’on dit. On était 5 millions à descendre dans la rue, ce n’est pas pour empêcher de s’exprimer ceux qui ont envie de dire : ‘‘Je suis Mahomet et je veux défendre mon prophète’’. Ça ne me choque absolument pas. C’est trop simple d’avoir les bien-pensants d’un côté et les mauvais de l’autre. » Même son de cloche chez Dumoulin : « Tant que ça ne vient pas influencer sur le terrain, c’est la liberté d’expression, chacun a le droit de dire ce qu’il veut et les tribunes font partie de ces espaces où on peut s’exprimer. Que chacun le fasse à sa manière et selon son envie ne va pas me perturber. »

A.H. avec Antoine Arlot, envoyé spécial au Qatar