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JO 2021 (escalade): Bassa et Mickaël Mawem, deux frères pour grimper l’Olympe

Pour la première de l’escalade aux Jeux, la France sera représentée chez les hommes par deux frères, Bassa et Mickaël Mawem, qui ont notamment la particularité de ne pas avoir de coach. Focus sur une fratrie qui espère décrocher le podium à Tokyo et a déjà les yeux tournés vers Paris 2024.

Pour une première, autant la vivre en famille... Les débuts de l’escalade au programme olympique, ce mardi, sont marqués par une particularité pour l’équipe de France: ses représentants masculins sont deux frères, Bassa et Mickael Mawem, respectivement trente-six et trente ans. Une fratrie venue à la grimpette à l’adolescence, sur un mur extérieur en béton dans le Parc des eaux vives de Huningue, en Alsace, après la découverte de ce sport par Bassa au collège. Et qui aura des objectifs différents à Tokyo. "Je vise la finale, annonce Bassa, spécialiste de la vitesse (l’épreuve olympique est un combiné entre le bloc, la vitesse et la difficulté). Je ne veux pas me dire que je veux une médaille, je n’ai pas un objectif de place mais celui de passer en finale. C’est vraiment important pour moi de vivre la compétition jusqu’au bout. C’est le plus important pour moi."

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"L’objectif, c’est la médaille, lance Mickael, spécialiste du bloc, qui fête ses trente-et-un ans ce mardi à l'occasion de l'épreuve olympique. Ce serait énormissime. Je ne m’entraîne que pour ça, je n’ai que ça dans la tête. Ça passe par être au meilleur de soi-même le jour J et c’est la chose difficile pour un sportif, surtout en escalade où tout peut varier avec les éléments extérieurs. Mais je sais que je peux aller chercher la médaille d’or, j’en ai les capacités. Et vivre ce moment à deux avec mon frère, être tous les deux à notre meilleur, c’est l’objectif. Si on se retrouve tous les deux en finale, ce sera démentiel. Et si on se retrouve à deux sur le podium, on fera la fête toute l’année. (Rires.)" Deux frères ensemble aux JO, la chose n’est pas banale. Mais là où la fratrie Mawem se distingue encore plus, c’est dans son organisation.

"C'est mon frère qui gère"

Esprits libres, Bassa et Mickael n’ont… pas de coach. Enfin si, mais c’est le grand frère qui s’occupe du petit. "C’est mon frère qui gère mon entraînement, confirme Mickael. Je lui ai laissé totalement la main. On s’est toujours entraînés seuls même si on a pris des coups de main à gauche à droite. Je lui ai laissé ma planification car c’est la seule personne qui me connaît par cœur, qui sait ce dont j’ai besoin." Ce qui n’empêche pas Mickael de savoir se prendre en main. Covid oblige, Bassa est longtemps resté ces derniers mois dans son domicile de Nouméa, en Nouvelle-Calédonie, où il est directeur technique de la ligue d’escalade locale, avant de le rejoindre en mai à Voiron (Isère), au Tremplin Sport Formation, meilleur spot de France pour la préparation à l’escalade et cadre du pôle France de la Fédération française de la montagne et de l’escalade (FFME), où Mickael s’entraîne depuis trois ans.

Mais les deux frères ont pu échanger en permanence sur leurs entraînements avec "plusieurs heures au téléphone par jour". "On a toujours été autonomes, explique le petit frère. On sait se débrouiller seul. Et quand on ne se voit pas, on se dit qu’on devra se montrer qu’on a bossé quand on se retrouvera." Bassa, lui, a pu profiter de cette longue période sans compétition pour peaufiner une préparation basée sur son amour du travail de l’ombre. "Avoir une année d’entraînement en plus a été positif pour moi car j’adore m’entraîner, annonce-t-il. Je déteste la confrontation, à l’entraînement comme en compétition. Mon but n’est pas d’être meilleur que les autres mais de produire ce que je peux faire de mieux, et en général ça donne de bonnes choses. C’est ma méthode et c’est ce qu’il faut que j’essaie de reproduire à Tokyo. Mais la confrontation est un autre exercice car mes concurrents sont à côté de moi et faire le vide pour se concentrer juste sur ce qu’on a à faire est beaucoup plus dur. C’est pour ça que je suis rentré deux mois avant les Jeux."

Bassa Mawem lors du TQO en novembre 2019
Bassa Mawem lors du TQO en novembre 2019 © AFP

Le premier qualifié pour les Jeux a été Mickael, lors des Mondiaux 2019. Cinq fois champion de France, vice-champion du monde de vitesse en 2018 et vainqueur du classement général de la Coupe du monde de la spécialité en 2019, Bassa a lui dû passer par le TQO. Et pour mieux les connaître avant leur quête des anneaux olympiques, rien de mieux que d’écouter l’un raconter l’autre. "Bassa est un peu vieux, déjà, lance le petit frère dans un grand sourire. C’est un spécialiste de vitesse même s’il est très fort en bloc. C’est une personne acharnée, avec une combativité énorme, une rigueur, et qui sait où il va. Il a un objectif et rien ne peut l’arrêter dans ce qui veut faire. Et rien ne passe au-dessus. Quand il s’entraîne, personne ne peut le déranger, même moi. Il arrive à avoir un côté papa, un côté commandant sans le vouloir, et tout ça marche bien. C’est pour ça que c’est un des meilleurs en vitesse: il a une énorme rigueur et il est hors normes."

Et le grand frère de lui renvoyer la pareille: "Mike est une personne vraiment déterminée, qui ne lâche rien. Il a un mental d’acier. Je miserais plus sur lui que sur moi car il a ce mental de compétiteur qui fait qu’il ne peut que réussir. En 2019, l’année des qualifications pour les Jeux, il a connu une saison complètement merdique. Aucune compétition ne s’est bien passée avant les championnats du monde mais là-bas, il sort son arme, il est devant tout le monde et il brille. Mais je ne connais aucune personne qui aurait tenu plusieurs mois comme ça à se prendre des gifles sans se relâcher. Il se relevait tous les jours. De mars à août, ça a été claque sur claque mais il a fait quelque chose d’extraordinaire sur ces Mondiaux et j’espère que c’est ce qu’il fera aux Jeux. Son point faible? Pour moi, il n’en a pas. A part peut-être ses hauts et ses bas: il est capable de finir premier comme cinquantième. Mais il a toujours été présent sur les grands événements donc je ne m’inquiète pas pour lui."

Les Mawem, qui ont participé à l’émission Ninja Warrior en 2016, pourront ensuite se tourner vers leurs nouveaux objectifs: l’ouverture d’une salle d’escalade en France et la préparation pour Paris 2024. "On part là-dessus, c’est sûr", appuie Mickael. Dans trois ans, à la maison, la vitesse sera une épreuve unique. De quoi aiguiser l’appétit de Bassa le spécialiste: "Ça fait six-sept ans qu’on me dit que je suis trop vieux mais plus ça avance, plus je progresse et plus je suis fort. Il n’y a pas de limite mais je compte m’arrêter sur Paris 2024, sur une belle compétition. Comme la vitesse sera séparée à Paris, je vais pouvoir jouer une médaille d’or et c’est un gros challenge. Je me suis jamais préparé que pour une compétition, même les Mondiaux, mais là, ça me laisse deux ans et demi-trois ans pour préparer cette échéance et arriver au meilleur de ma forme." Mickael médaillé à Tokyo et Bassa qui fait de même à Paris? Les frères Mawem, appellation presque devenue une marque avec une fratrie qui gère ensemble leur compte Instagram avec des placements de produits pour essayer de survivre dans ce monde très particulier de l’escalade, signeraient tout de suite.

Le combiné olympique, mais qu’est-ce que c’est? Les débuts de l’escalade aux Jeux se font sur le système du combiné, avec des qualifications puis une finale. Ce combiné regroupe trois épreuves: le bloc, où grimpeur non encordé a cinq minutes pour atteindre la prise finale avec un mur de quatre mètres maximum; la vitesse, où le grimpeur encordé doit aller le plus vite possible en haut du mur de quinze mètres (six à huit secondes par run); la difficulté, où le grimpeur encordé doit grimper le plus haut possible du mur de vingt mètres sans tomber en un seul essai.

Alexandre Herbinet avec Nicolas Pelletier