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JO 2021: porte-drapeau, Aït Saïd a "besoin d'une médaille" pour se réconcilier avec les JO

Les Jeux olympiques de Tokyo 2021 commenceront officiellement ce vendredi, avec la cérémonie d'ouverture. A 31 ans, Samir Aït Saïd a été désigné porte-drapeau de la délégation française avec Clarisse Agbegnenou. A la veille du grand rendez-vous, le gymnaste a confié son impatience au micro de RMC dans l'émission Before Tokyo.

Samir, vous devez-être excité à la veille de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques 2021 de Tokyo, où vous avez été choisi comme porte-drapeau de la délégation française?

Oui, je suis excité. C'est un sentiment de fierté. J'ai hâte de vivre ce moment-là avec Clarisse Agbegnenou, ça ne sera que du bonheur.

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Vous avez eu deux expériences douloureuses avec les Jeux olympiques. Vous aviez eu une triple fracture avant les JO 2012 et puis en 2016, avec une image qui a marqué la planète entière (il s'était gravement blessé lors du saut à cheval)...

J'ai dû laisser ma place de finaliste à Rio, je n'ai pas pu faire cette finale à cause de cette blessure. Je souhaite être sur le podium cette fois-ci, je sais que j'en ai les capacités. J'ai inventé une nouvelle figure que je vais présenter pour les Jeux. Je suis focus, concentré et déterminé.

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Vous pensez que vous allez être submergé par l'émotion?

Non, parce que je sais pourquoi je suis ici. Je préfère rester focalisé sur mon travail, je vais rester dans ma bulle. Je m'entraîne énormément et je ne m'éparpille pas. Je vais être concentré sur ce que j'ai à faire.

"Je souhaite apporter une médaille sur la tombe de mon père"

Il y aura aussi une charge émotionnelle, vous avez perdu votre père et votre grand-mère récemment, mais vous êtes devenu père il y a trois mois et demi. Cela ajoute de l'émotion à ces Jeux olympiques?

Bien sûr, j'ai vécu des montagnes russes. La perte de mon père a été un gros coup pour moi. Il était présent à Rio et voulait être présent à Tokyo. Cela a été mon moteur. Il est parti d'une maladie et on n'est jamais prêt à perdre quelqu'un, d'autant plus mon père. C'était tout pour moi, je lui ai fait la promesse de ramener cette médaille pour lui. Je vais me battre et je souhaite de tout mon coeur lui apporter cette médaille sur sa tombe. J'ai un sentiment partagé, je suis heureux d'être ici mais je suis triste que mon père ne soit pas là. Cela ne sert à rien de s'apitoyer sur son sort, de pleurer ou d'être triste. Je vais aller à la guerre pour lui, pour tous les miens qui m'ont aidé à me relever durant ces épreuves difficiles. J'ai une petite puce maintenant, qui est l'amour de ma vie. Je vais aussi aller chercher une médaille pour elle, qu'elle commence bien ces premiers mois de vie.

Est-ce que cette cérémonie et le fait de représenter la délégation française, ça ne sera pas dans tous les cas une forme de réconciliation avec les Jeux olympiques?

Ce n'est pas parce que je suis porte-drapeau que je vais me réconcilier comme ça avec les Jeux olympiques. Ce qui me fera oublier Rio, c'est une médaille olympique. Porte-drapeau, c'est bien, c'est une fierté et une immense joie mais je ne viens pas à Tokyo pour être porte-drapeau. Je viens pour décrocher une médaille olympique. Etre les deux, c'est extraordinaire mais si je devais choisir, je céderais volontiers ma place de porte-drapeau pour une médaille olympique.

Vous allez jouer gros dès samedi avec les qualifications où il faudra passer sur un seul agrès avec les anneaux. Vous avez été champion d'Europe récemment, il y a deux ans, mais depuis à cause du coronavirus, vous n'avez presque pas participé à des compétitions pendant deux ans....

C'est un petit handicap. Ma vie, ce sont des montagnes russes. Tout allait bien et il fallait que je me pète le biceps au mois d'avril. On a commencé à me parler d'opération au mois d'avril, j'ai dit qu'il était hors de question que je passe sur la table. Aujourd'hui, je me sens bien et en forme. J'ai inventé une nouvelle figure donc c'est que je suis là. J'ai envie de tout péter. j'ai une rage de vaincre énorme, une soif de victoire. Je suis quelqu'un de patriote. Je n'ai qu'une seule envie: j'ai tellement envie de voir ce drapeau se lever dans ce dôme et chanter la Marseillaise. Rien qu'à en parler, j'ai des frissons. J'ai faim, j'ai envie de représenter mon pays au mieux. J'ai tellement galéré, ça a été tellement difficile pour moi, que je me dis 'maintenant il faut que ça paie'. Je pensais être tombé plus bas que terre mais j'ai vu que je pouvais creuser encore plus bas. J'ai laissé des plumes avec la perte de mon papa. Ma mère a été renversée par une voiture. ma grand-mère, il y a un mois de cela, est descendue dans le Sud pour voir ma fille. En arrivant, elle tombe dans les escaliers et elle décède. Il m'arrive toujours un truc. J'ai envie que cet acharnement s'arrête et que ça paie. Je ne lâche jamais rien. J'ai envie de profiter de bons moments.

"Je veux terminer ma carrière à Paris sur une médaille"

Pour en revenir à la cérémonie, cela s'annonce forcément particulier... Vous porterez le drapeau avec Clarisse Agbegnenou, ça doit être un moment fabuleux?

Je la considère comme une soeur. Je la connais depuis tellement longtemps, on a été à l'INSEP ensemble. C'est une machine de guerre, je n'aimerais pas être son adversaire. La pauvre en face, elle va avoir mal. Elle n'est pas venue pour se faire des amis.

Un mot aussi sur l'absence de public pour la compétition et la cérémonie?

Ce n'est pas grave. il ne faut pas oublier que les Jeux olympiques n'étaient même pas sûrs d'être organisés. On va profiter de l'instant présent à fond. Si on en est là, c'est déjà très bien. Après toutes les galères, mes partenaires en tout cas ne m'ont jamais lâché. On va se bagarrer pour toutes ces personnes bienveillantes.

Vous vous voyez poursuivre jusqu'à Paris 2024?

Bien sûr, la question ne se pose même pas. Je veux arrêter ma carrière à Paris. De toute façon, on est en 2021, le cycle olympique a déjà commencé. Ce n'est pas possible d'arrêter avant. Je suis Parisien, je veux terminer ma carrière de haut niveau là où tout a commencé avec une belle médaille.

GL avec Before Tokyo