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Paris 2024: "On veut remettre le projet sur la bonne ligne", explique Estanguet

Dans un courrier adressé ce mercredi aux acteurs sportifs, politiques et économiques engagés dans le projet de Paris 2024, Tony Estanguet s'est exprimé sur les prochains défis qui attendent les Jeux olympiques dans le nouveau contexte lié à l'épidémie de coronavirus. Le président du Comité d’organisation des Jeux a fait le point sur ces missions dans un entretien à RMC Sport.

Pourquoi avoir envoyé cette lettre aux partenaires? Et comment vous y prendre pour revoir le projet et "le modèle de livraison des Jeux"?

A quelques jours du déconfinement, il était important pour Paris 2024 de reprendre contact avec tout son écosystème. C'était l'objectif de cette lettre. La force de ce projet est d'être au milieu d'un ensemble d'acteurs du mouvement sportif: athlètes, fédérations, acteurs publics, entreprises, associations, ONG. Face à cette crise sans précédent, il va falloir qu'on mette en place une méthode pour adapter notre projet à un nouveau contexte. Il était important de s'aligner ensemble sur un état d'esprit et de s'accorder sur le fait que les bases restent solides.

Ce projet est basé sur des fondamentaux qui font sens aujourd'hui. Nous allons requestionner l'ensemble du projet avec l'objectif de reprioriser l'ensemble des projets liés à Paris 2024, que ce soit en matière d'organisation des compétitions, d'engagement des populations et d'héritage. On veut vraiment remettre le projet sur la bonne ligne, en nous assurant que nous allons avancer ensemble collectivement.

Comment parvenir à faire des économies tout en gardant la philosophie du projet?

Le défi est immense. Cette crise rebat les cartes. On va tous être obligés d'accepter que la situation n'est plus la même. Cela ne veut pas dire qu'on repart d'une feuille blanche. La réussite du projet repose sur celle d'une compétition extraordinaire, mais on a aussi besoin que cet événement soit utile à la population.

Cette crise révèle que le sport a un rôle important à jouer dans notre société comme vecteur de lien social, de santé publique et d'économie. Il n'est pas question de sacrifier l'héritage aux dépens de la célébration de l'événement. On veut garder de l'ambition sur ces deux dimensions en requestionnant les lignes de notre projet des choses peut-être moins impactantes dans la réussite des Jeux.

Comment se préparer à l'avenir et anticiper les éventuels besoins d'économie?

Il faut rester prudent, on ne connaît pas encore vraiment les conséquences réelles de cette crise sanitaire. Notre responsabilité dans ces conditions est de se reconcentrer sur l'essentiel, d'assumer une forme de priorisation et le fait que certains projets soient retardés parce qu'on a peu de visibilité sur les prochains mois. Cinq ans après le début de l'aventure, on est toujours sur le même budget d'organisation. On continue dans cette direction avec l'ambition de réussir des Jeux très spectaculaires mais aussi responsables.

Le site de Tahiti, qui doit accueillir les épreuves de surf, et la place de la Concorde, qui doit être le théâtre des sports urbains, peuvent-ils être remis en cause?

On est à une étape où on doit essayer de préserver l'ambition de ce projet. Il faut que les Jeux soient un événement exceptionnel, utile et qui laisse un héritage concret. La force des Jeux reste cette émotion collective. Il n'est pas question de sacrifier des disciplines sportives, même si elles sont moins médiatiques. Je veux préserver cette pluralité jusqu'au bout.

Le choix du site de la Concorde a été fait très consciencieusement, il n'engendre pas des coûts importants de construction puisqu'on va s'appuyer sur un site déjà existant. On sacrifiera peut-être des niveaux de services de choses invisibles, notamment en matière de transports: peut-être que les systèmes de bus seront moins fréquents, peut-être qu'on va trouver des applications qui permettront de mutualiser dans un même bus différents publics. Je suis sûr qu'on a des économies à aller chercher de ce côté-là.

Comment anticiper les changements sanitaires liés aux conséquences de l'épidémie de coronavirus?

Cette crise est une belle leçon d'humilité. On va apprendre beaucoup de choses. On a la chance d'être associés aux travaux de Tokyo 2020 qui vont donc avoir lieu en 2021 et de voir comment la gestion de cette crise s'opère sur un comité d'organisation à quelques mois d'un événement.

Quid de l'emploi? Allez-vous revoir votre processus de recrutement pour le comité d'organisation?

On remet à plat l'ensemble des ressources dont on a besoin pour aller chercher des optimisations possibles. On avait par exemple prévu de recruter un certain nombre d'experts pour les Jeux de Tokyo afin de commencer cette phase d'observation pour Paris 2024. Ils ont été stoppés et seront reportés à l'année prochaine. On essaie d'être le plus agile pour être le plus économe possible, c'est notre responsabilité.

Dans sa tribune publiée sur franceinfo, Guy Drut appelait à revoir "tout le décorum". Faudra-t-il revoir "l'habillage" des Jeux, comme par exemple les cérémonies?

Aucune décision n'est prise à la légère. Mon état d'esprit est de ne pas dégrader la qualité de cet événement. Il y a des symboles très forts autour de la performance des athlètes et des cérémonies, c'est important pour nous. Mais on va devoir s'adapter, garder le niveau d'ambition tout en s'adaptant à un nouveau contexte.

dossier :

Paris 2024

Antoine Arlot