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Six combats, six minutes : les "victimes" de Riner parlent

Teddy Riner

Teddy Riner - AFP

Champion de France pour la quatrième fois ce dimanche (+ 100 kg), Teddy Riner n’a passé que 6 minutes et 27 secondes sur les tatamis ce dimanche. Qu’ont ressenti ses "victimes" ? RMC Sport leur donne la parole.

1er tour : Hervé Konieczny (Metz Judo) 

« Ça restera un beau souvenir »

Pour son premier combat, Riner ne met que 35 secondes à battre le judoka messin d’un uchi-mata (mouvement de jambe), travaillé cette semaine à l’entraînement. Konieczny, international militaire et encore ruisselant de sueur malgré la brièveté du combat, est impressionné par les progrès du champion olympique : « Depuis deux ans que je ne l’ai pas pris, il a encore progressé. Sa main droite, c’est un verrou. Je n’ai fait que 35 secondes de combat, mais il faut beaucoup lutter à la garde. C’est éprouvant. C’est une machine, c’est un monstre. » A 35 ans, Konieczny est surtout satisfait d’avoir disputé l’un des derniers combats de sa carrière face au plus grand judoka actuel : « Ça restera un beau souvenir. Une belle fin de carrière, en ayant rencontré David Douillet puis Teddy Riner. Je ne pense pas qu’il y aura d’autres molosses au niveau français. Je suis tranquille. »

2e tour : Xavier Fievet (OJA 62)

Ce ceinture marron et ancien médaillé mondial vétéran ne s’est pas arrêté devant la presse, après avoir été incrusté dans le tapis sur o soto-gari (grand fauchage extérieur) au bout de 45 secondes de combat.

3e tour : Kevin Salmon (JC Andolléen, Mayenne)

« Il faut surtout savourer »

Pari réussi pour le Mayennais, pourtant balayé en 31 secondes sur uchi-mata : « J’avais dit que j’essayerais de placer une attaque, je l’ai fait et je me suis fait contrer. » Ce petit gaucher s’est retrouvé pris dans l’étau Riner et a lancé une attaque d’épaule que Riner a surpassée par son mouvement de jambe. Salmon, sourire aux lèvres, est surtout satisfait d’avoir réussi à rejoindre ce huitième de finale : « C’est impressionnant. Il faut surtout savourer. Quand on a vu le tableau ce matin, on savait que le plus dur, c’était de l’atteindre. Il faut le prendre comme du bonus, se dire qu’on affronte une légende. Il n’y a aucun regret. Et puis ce n’est pas fini. » Combattre le géant, c’est l’assurance de se retrouver en repêchages et de participer à au moins un autre combat.

Quart de finale : Pierre Cavaletti (ADJ21)

« Il a dû s’attendre à ce que je sois dangereux »

Riner était sûrement pressé d’aller manger. A 12h10, il a livré son combat le plus expéditif du matin contre le massif dijonnais de 160 kilos. Cavaletti avait pourtant tout prévu : « Je m’attendais à lui piquer la manche et à bouger rapidement. Je n’ai pas vraiment eu le temps. » Le plan ne s’est pas du tout déroulé comme prévu. Seize secondes après le Hajime de l’arbitre, un o soto-gari venait coller le dos du Bourguignon sur le tapis. « Je pense qu’il a dû s’attendre à ce que je sois dangereux pour lui car je suis plus lourd et il n’y a pas beaucoup de combattants comme moi en France, analyse Cavaletti. Peut-être qu’il s’est dit que je pouvais le faire tomber à cause de mon poids. Il s’est peut-être dit qu’en expédiant le combat rapidement, ça serait moins dangereux pour lui. » La preuve par le geste.

Demi-finale : Hamza Ouchani (Blanc-Mesnil)

« C’est un extraterrestre »

Ouchani est rentré dans l’histoire avec son plat dos encaissé après 1’04 de match. Il est devenu le numéro 100. Riner a remporté ses 100 derniers matches. La dernière défaite remonte à septembre 2010. Ouchani a été le concurrent le plus résistant, tentant d’imposer sa garde au grand Riner. « Je me suis bien senti pendant quelques instants mais une fois qu’il m’a saisi la manche, j’étais pris, concède-t-il. Ce n’est pas un champion olympique pour rien. » Quand on lui a demandé s’il était monté sur le tapis avec l’envie de castagner Riner, il a répondu d’un oui franc : « Si je n’avais pas eu l’envie de le battre, je ne serais pas monté. Mais il ne faut pas le nier, c’est un extraterrestre. Ça fait huit ans qu’il truste tous les titres, j’ai fait ce que je pouvais. Je repars sans regret. »

Finale : Matthieu Thorel (UJ Brive)

« Il est champion olympique, ok »

Non, Teddy Riner n’affronte pas que des faire-valoir. Après les heureux perdants des premiers tours, il y a les malheureux vaincus de la fin de journée. C’est le cas de Matthieu Thorel. Le cube briviste voulait l’or. Il avait l’argent amer : « Il est champion olympique, ok. Deuxième, je suis un peu content, mais ce n’est pas la médaille que je voulais. Contre un mec comme ça, on a tout à gagner. Une finale des championnats de France, ça ne se donne pas. » Oui, Thorel s’est pris tout le tableau d’affichage avant de finir immobilisé, mais il a tenté. Plus que d’habitude, en ouvrant beaucoup son judo. Riner a aimé et a salué l’attitude de son second devant les micros.

Morgan Maury