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Florent Manaudou: "Etre triste et énervé après une course, ça veut dire que j’ai toujours la flamme"

Malgré sa victoire sur 50m nl ce mardi à Canet-en-Roussillon, Florent Manaudou n'était pas satisfait de son temps (22"12). Le champion olympique 2012 espère encore monter en puissance avant les JO de Tokyo.

Sous la pluie et dans le vent qui balayait la piscine Arlette Franco de Canet-en-Roussillon, Florent Manaudou a remporté ce mardi le 50m nl du meeting Mare Nostrum, ex-aequo avec le Brésilien Bruno Fratus en 22"12. Un chrono qui ne satisfait pas, une nouvelle fois, le champion olympique de 2012 de la distance. Le Marseillais termine un cycle de compétition où il a enchainé neuf 50m sans réussir à engranger de la confiance, à moins de deux mois des Jeux olympiques de Tokyo. Cinquième seulement des championnats d’Europe à Budapest, Manaudou n’a pas réussi à passer sous les 22" au meeting de Monaco, où il a enchainé quatre courses. Et dans des conditions météo compliquées ce mardi à Canet-en-Roussillon il n’a pas réussi une nouvelle fois à faire baisser son chrono.

A chaud, Florent Manaudou avait l’humeur raccord avec la météo du jour, maussade. Quelques minutes de digestion plus tard, il est revenu confier sa fatigue "plus nerveuse que physique" et une "confiance un peu entamée". Il ne nagera pas le 50m brasse comme prévu initialement demain (mercredi), préférant rentrer à Marseille pour "faire un peu de jus chez moi, dormir dans un grand lit et aller voir les copains peut être". Déjà qualifié pour les Jeux, il reste deux courses au médaillé d’argent de Rio pour se régler, lors des championnats de France à Chartres, du 15 au 20 juin prochain.

Florent Manaudou, comment analysez-vous la performance du jour ?

C’est un peu dur de nager de moins en moins vite. En fait, je calque beaucoup de choses sur ce que j’ai fait dans ma première partie de carrière et c’est dur d’aller moins vite, même si je ne suis pas le seul. Ce n’est pas simple à gérer et j’espère que les Jeux seront bons. En décembre, j’ai dit que je voulais bosser et c’est peut-être ce boulot qui fait ça. 

Est-ce qu'au niveau de la confiance, c’est dur ?

Cela entame ma confiance dans un sens, parce que j’ai toujours nagé vite en période de préparation. En fait, les trois ans de pause sont passés très vite et j’ai l’impression de ne pas avoir vraiment arrêté. Il y a peut-être un moment entre 25 et 29 ans où j’aurais été moins vite et là, je me prends un petit choc. Il faut que je relativise, que je me dise que je suis dans ma 31e année et que je ne peux pas nager vite tout le temps. C’est pareil pour mes adversaires, on ne fait pas 21"6 à tous les coups. Maintenant, j’ai hâte d’être en affûtage pour aller beaucoup plus vite à Tokyo. En plus, les conditions ici n’étaient pas non plus idéales. La fatigue s’accumule, j’ai enchaîné trois 50m aux championnats d’Europe plus deux 50m papillon, quatre autres 50m nl à Monaco. Il me reste deux semaines pour préparer un petit peu les France et aller plus vite, j’espère.

Est-ce qu’il y a aussi de la fatigue après cet enchainement ?

Le corps n’est pas si mal, parce que je ne suis pas si fatigué que ça physiquement. Nerveusement, c’est hyper compliqué d’enchainer les courses. Je suis un nageur qui réfléchit énormément, à l’entraînement et en compétition. J’ai besoin de toujours trouver des choses pour essayer de m’améliorer. Et je pense que ça me pompe énormément d’énergie, surtout en période de compétition. Les jours de compétition, les jours de 50m nl, ça me prend beaucoup d’énergie et j’ai besoin de recharger un peu les batteries avant les championnats de France.

Justement, comment allez-vous utiliser les championnats de France de Chartres, sachant que vous êtes déjà qualifié pour Tokyo ?

Ce sera dans le même cycle qu’ici, ça va encore enchainer des courses. Je ferai peut être un 100m nage libre aussi, histoire de changer un petit peu. Je vais essayer de nager plus vite, améliorer mon meilleur temps de la saison (21"67 en demi-finales des championnats d’Europe). C’est-à-dire nager un peu plus vite qu’aux championnats d’Europe, ça serait bien. Après, je parle souvent de temps mais ça ne veut plus dire grand-chose, j’ai l’impression. Avant chaque course, je me dis aller je vais nager 21"5 et je nage moins vite… Mais être triste et énervé après une course, ça veut dire que j’ai toujours la flamme donc ça me fait plaisir aussi.

Quand vous dites que vous êtes à la recherche des choses d’avant, de quoi s’agit-il ?

Ce nest pas forcément à la recherche de ce que je faisais dans le passé, c’est à la recherche de nouvelles choses pour aller plus vite. J’essaye de ne pas trop calquer sur ce que je faisais avant parce que les choses sont différentes. Ma vie est différente, ma préparation est différente. Tout est différent. Là, avec cinq ans d’écart, c’est vraiment différent. Je cherche à être plus relâché, à faire un meilleur quinze mètres, plein de choses. C’est ce qui me manquait à la fin de ma première carrière, tout était devenu automatique et je nageais vite, c’était bien, c’était génial. Mais le fait de rechercher entre 2012 et 2016, c’était vraiment bien et j’étais arrivé à un point où je ne cherchais plus. Là, je continue à rechercher. Alors, les résultats, si l’on regarde les chronos, ne sont pas ouf… Mais dans ma course, je me sens bien, je sens que je construis des choses. Et il me reste encore deux 50m nl avant les Jeux (aux championnats de France à Chartres du 15 au 20 juin). J’en ai fait neuf en dix jours, il m’en reste deux.

Julien Richard