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La préparation secrète de Florent Manaudou à Paris

Trois mois après être sorti de sa retraite, Florent Manaudou poursuit sa préparation de manière un peu spéciale, notamment quand il est à Paris où il suit seul (ou presque) son programme dans une piscine parisienne. C'est là qu'il a croisé Christine Caron, première grande star de la natation française. Avec tendresse, elle raconte cette rencontre.

Quand il est à Paris, Florent Manaudou a pris ses habitudes dans le bassin de 50m du très chic et très sélect site de la Croix Catelan dans le bois de Boulogne. C'est là qu'il poursuit sa préparation trois mois après être sorti de sa retraite pour viser une médaille aux Jeux olympiques de Tokyo en 2020. C’est l’un de ses amis, maître-nageur sur le site, qui lui a proposé de venir nager dans le bassin de 50m extérieur du club parisien, avec l’accord du directeur du site. 

La première fois qu’il a mis les pieds dans l’eau parisienne, il avait comme voisine de ligne d’eau Christine Caron, médaillée d’argent olympique à Tokyo en 1964 et icône des années 60. "Kiki", qui est "chez elle" à la Croix Catelan, y nage presque tous les jours. La première grande star française de la natation évoque avec beaucoup de tendresse et de respect son nouveau voisin de ligne d’eau pas comme les autres.

"Il a une sorte de respect pour les anciens"

"La première fois qu’il est venu, on est arrivés en même temps, je l’ai vu de loin, et j’ai failli ne pas le reconnaître, a-t-elle confié à RMC Sport. Il avait perdu un peu sa masse impressionnante sur le haut du corps. On s’est retrouvé sur le bord du bassin et je suis chez moi là-bas, je suis allée vers lui et il est très agréable comme garçon, très sympa. On sent qu’il a une sorte de respect pour les anciens et j’ai trouvé ça très sympa. J’avais préparé un panneau 'ligne réservée'. Je ne savais pas du tout qu’il allait venir, et je lui ai dit 'tu vois, je t’attendais' (rires)."

"Dis donc, dans l’eau tu n’en fais pas assez!"

"On a beaucoup échangé, et on nage tous les deux dans la ligne (rires) ça me donne un coup de jeune pas possible, c’est vraiment sympa! Je lui ai dit 'dis donc, dans l’eau tu n’en fais pas assez!'. Et il m’a dit: 'mais je suis sprinteur!' C’est vrai que ce sont des séances courtes, ce n’est pas 3h dans l’eau. Il utilise aussi la salle de musculation. Tout le monde joue le jeu ici, si on peut l’aider. Il a l’air de faire ça sérieusement. C’est un challenge intéressant pour lui. Je regarde ça avec joie et plaisir parce que je trouve qu'il a bien évolué."

"J’ai l’impression d’avoir un orque à côté de moi dans la ligne"

Une méthode d’entraînement qui tranche avec ce qui se fait habituellement dans le milieu. "D’habitude il y a l’entraîneur qui est là avec son poulain qui suit, poursuit-elle. Lui, il est là avec sa feuille, il se prend en main. Il a sa feuille de route et il suit son truc. Moi je découvre. Par exemple, je lui demande ‘à quoi sert cette petite planche?’ et il m’explique que ça lui sert pour les éducatifs. Je ne l’enquiquine pas, je le laisse nager. Je nage à côté, ça me permet de voir et c’est impressionnant! C’est une masse! J’ai l’impression d’avoir un orque à côté de moi dans la ligne. Il a fait quelques sprints de 25m, c’est impressionnant, ça déménage! Son ami, maître-nageur, lui prend quelques chronos. C’est intéressant de voir comment il est en train de faire, comment il va évoluer. Ici, il est tranquille, il est dans un cadre super, personne ne l’enquiquine."

"Il a repris un peu de masse mais il a séché"

Christine Caron qui a encore vu Florent Manaudou lundi au bord du bassin parisien conclut. "Je ne l’avais pas vu depuis deux semaines et quand je l’ai revu lundi, j’ai trouvé qu’il était très affûté, il a repris un peu de masse mais il a séché comme on dit et je l’ai trouvé bien. Il faut qu’il y aille! Je lui ai dit que j’étais vachement confiante pour sa reprise à Rome (au Trophée des 7 collines le 21 juin, ndlr). Je suis confiante parce que j’ai vu qu’il prend ça au sérieux. Il est un peu timide, il est bien élevé c’est très agréable, je suis ravi et j’espère que ça va fonctionner. Je vais le suivre de près lui! Je crois qu’il a envie de bien faire. Je pense qu’il a un truc intéressant à faire à Rome et je vais regarder ça!"

Vice-championne olympique du 100m dos à Tokyo en 1964, Caron assure ne pas avoir "encore parlé de Tokyo" 2020. Il lui reste encore du temps et des longueurs pour le faire.

Julien Richard