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Natation : pourquoi le relais français est aussi fort

Fabien Gilot

Fabien Gilot - AFP

L’équipe de France du 4x100m va tenter poursuivre son règne en décrochant un nouveau titre européen ce lundi (20h26) à l’Aquatics Center de Londres. Mais pourquoi les Bleus sont-ils si doués pour gagner en équipe ? RMC Sport décrypte le phénomène. Avec l’aide d’Amaury Leveaux, membre de la Dream Team.

Parce qu'ils ont pris l'habitude de gagner

Pour comprendre la suprématie du 4x100m français, il faut remonter aux Mondiaux 2003. Cet été-là, Romain Barnier, Julien Sicot, Frédérick Bousquet et Fabien Gilot décrochent le bronze à Barcelone. Un acteur fondateur. Le relais bleu monte en puissance les années suivantes et enchaîne les podiums. Avec quelques échecs douloureux, comme les JO de Pékin en 2008 et ce titre laissé aux Américains pour 8 petits centièmes. Un traumatisme dont les Français vont servir pour progresser et soulever enfin le Graal lors des Jeux de Londres en 2012, emmenés par Amaury Leveaux, Fabien Gilot, Clément Lefert et Yannick Agnel. Depuis ce sacre, le relais 4x100m n’a plus perdu lors d’une grande compétition internationale.
L’avis d’Amaury Leveaux : « J’étais encore junior en 2003. Mais cette médaille de bronze m’a donné envie de faire partie de ce relais. Je l’ai intégré l’année suivante aux JO d’Athènes. J’ai bien aimé l’ambiance autour du collectif. Ça m’a énormément plu. On a ensuite subi quelques échecs. Ça nous a permis d’apprendre et de pouvoir gagner plus tard ».

Parce qu'ils n'alignent pas forcément les plus rapides

Pour composer le meilleur relais, il ne faut pas forcément aligner les quatre meilleurs chronos. Le ressenti des nageurs est un élément clé dans la réussite d’un 4x100m. Et les entraîneurs de l’équipe de France l’ont parfaitement compris. Depuis le sacre de Londres 2012, les acteurs ont une influence importante sur les choix de leurs coaches. Un équilibre qui reste fragile mais qui tient le coup pour le moment. 
L’avis de Leveaux : « La réussite de ce relais français est devenu assez exceptionnelle. On a aujourd’hui un statut de favori. On a eu de la chance d’avoir Frédérick Bousquet et Romain Barnier, qui avaient une grosse expérience américaine, parce qu’ils ont nagé en université là-bas. L’esprit d’équipe est très important aux Etats-Unis. Ils ont réussi à nous inculquer ça. En 2012, on a eu la chance aussi qu’on nous laisse le choix pour le relai. On a décidé qui allait nager le matin et le soir. Ça a amené beaucoup de réussite. Et on a continué ensuite à prendre en compte l’avis des nageurs pour composer les relais ».

Parce qu'ils ont un réservoir impressionnant de sprinteurs

L’équipe de France pourrait composer deux ou trois relais différents. Ils viseraient tous un podium mondial. Un incroyable réservoir qui profite évidemment au 4x100m. Depuis l’avènement d’Alain Bernard et son titre olympique en 2008, le niveau de performance des championnats de France n’a pas baissé ces dernières années, malgré les retraites de leaders charismatiques comme Bernard, Leveaux ou Bousquet, qui ne fait plus de 100m.
L'avis de Leveaux : « Notre réservoir français, c’est quelque chose de bien parce qu’on a à chaque fois quatre nageurs ultra-compétitifs pour la finale. Maintenant, on peut presque avoir deux relais, un pour le matin et pour le soir. C’est assez inédit pour une nation. Après, depuis 2012, je remarque que beaucoup de jeunes nageurs vont faire cette course parce qu’ils voient qu’en nageant seulement le matin, ils peuvent avoir une médaille le soir. C’est le petit point négatif pour la natation française parce que tout le monde veut faire du 100m. A mon époque, on était quand même plus polyvalent et on faisait beaucoup de courses. Les jeunes se spécialisent plus vite aujourd’hui. Et peut-être qu’ils négligent un peu le foncier ».

Parce que capitaine Gilot

C’est le capitaine. Pas celui qui porte le brassard mais celui qui motive, transcende et rebooste ses partenaires. Si le relais français a pris une telle dimension en une décennie, il le doit aussi à l’aura de Fabien Gilot. Le Marseillais de 32 ans était là lors pour décrocher 12 des 13 médailles du relais français depuis 2003. C’est le « mentaliste » de l’équipe. Il va voir chaque relayeur avec un discours individualisé avant de plonger dans la compétition. Jérémy Stravius assure qu’une fois que Gilot lui a parlé, il sait que les Bleus vont gagner. Un élément fédérateur et indispensable.
L’avis de Leveaux : « Fabien est quelqu’un que j’apprécie énormément. On a beaucoup appris l’un de l’autre. Il aime bien se mettre au service du collectif. Il a eu des médailles individuelles mais il est très fort lorsqu’il s’agit du collectif. Son passé de joueur de water-polo lui sert beaucoup. Il sait trouver les mots par moments. Il n’est pas le seul à donner son avis. Mais il fait partie de ceux qui savaient motiver les autres. Fabien a ce rôle de leader, c’est un bon capitaine de l’équipe de France ».

Alexandre Jaquin avec Julien Richard, à Londres