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Pourquoi Katie Ledecky est l’oubliée des palmarès

Katie Ledecky, la meilleure nageuse de la planète

Katie Ledecky, la meilleure nageuse de la planète - AFP

Fin d’année oblige, les élections du ou de la champion(ne) de l’année pullulent dans les médias. Si Sports Illustrated a désigné Serena Williams, le célèbre magazine américain n’avait pas inclus Katie Ledecky dans ses nominés. Impensable après une année à cinq titres planétaires et trois records du monde pour la nageuse américaine.

Elle reste loin d’être prophète en son pays. Début novembre, Sports Illustrated révélait ses 12 candidats au titre de ''personnalité sportive de l’année 2015''. Parmi eux, quatre femmes : Serena Williams (tennis, lauréate finale du prix), Ronda Rousey (MMA), Carli Lloyd (équipe américaine de football) et Simone Biles (gymnastique). Mais pas la moindre trace d’une certaine Katie Ledecky. A se demander ce que la taulière des bassins planétaires doit faire de plus pour avoir droit aux honneurs… Du haut de ses 18 ans, la sirène américaine n’a pourtant pas lésiné sur les titres. Son année 2015 ? Peut-être encore plus dominatrice que la précédente, pourtant déjà incroyable.

Pour s’en convaincre, il suffit de consulter les résultats des Mondiaux de Kazan (Russie), grand rendez-vous aquatique des 12 derniers mois. Sa moisson y aura été inédite. Quatre titres en individuel, sur 200 mètres, 400 m, 800 m et 1500 m, plus un cinquième sur le relais 4x200 m. Hommes et femmes confondues, jamais aucun nageur n’avait signé un tel bilan lors de la compétition planétaire. Un menu gargantuesque avalé sans frémir ou presque (elle n’a remporté le 200 qu’avec 0’’16 d’avance sur l’Italienne Federica Pellegrini) et saupoudré pour la forme de trois records du monde, deux sur 1500 et un sur 800. Domination sans partage.

Neuf titres mondiaux et dix records du monde… à 18 ans

Future star de la piscine de Rio, où elle devrait rajouter de l’or en pagaille à celui glané à 15 ans sur le 800 m des JO de Londres en 2012, Ledecky affiche un CV qui en fait déjà l’une des plus grandes nageuses de l’histoire : neuf titres mondiaux, dont sept en individuel, et dix records du monde battus sur trois distances (400, 800 et 1500 m). Surnommée « l’étalon » par la légende Michael Phelps, celle qui n’a jamais perdu une finale internationale (!) domine son sport comme personne et fait du menu fretin de la concurrence. Certaines de ses statistiques frôlent l’indécence. On pense à son 1500 m en 15’25’’48 aux Mondiaux de Kazan, soit… 9 secondes de moins que son premier record du monde sur la distance treize mois plus tôt. On pense encore à ce chrono sur 1500 m, qui lui aurait permis de terminer cinquième du championnat de France masculin 2015 (!) et lui aurait donné… 50 secondes d’avance dans la course féminine du même événement.

On pense aussi à son record du monde sur 800 de l’été 2015, 8’07’’39, près de 4 secondes de mieux que son ancienne meilleure marque planétaire et 10 secondes de mieux que sa dauphine sur cette course. Et n’oubliez pas qu’elle n’aura que 27 ans lors des JO 2024… Déprimant pour ses adversaires. Mais fascinant quand on réfléchit à la trace finale que pourrait laisser la gamine dans les bassins. Reste à savoir si elle pourra maintenir ce niveau d’excellence à long terme. Son côté « dans l’ombre » pourrait l’y aider. Loin d’être la « chouchoute » des plateaux télé US, moins charismatique qu’une Serena Williams ou qu’une Ronda Rousey, Ledecky cultive une discrétion qui en fait une parfaite anti-star. Son truc à elle ? La gagne et les chronos d’enfer. Et elle le fait plutôt très bien. « C’est un phénomène, s’extasie Philippe Lucas, l'ancien entraîneur de Laure Manaudou. Elle plonge le matin, record du monde. L’après-midi, elle prend une Marlboro, elle replonge : championne du monde. C'est la Zidane des bassins. » On n'aurait pas dit mieux. 

Alexandre Herbinet