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Champions Cup: Parra-Lopez face à Dupont-Ntamack, le choc générationnel

Le quart de finale de Champions Cup entre Clermont et le Stade Toulousain, ce dimanche (16h), sera marqué par l’opposition entre deux charnières de niveau international. D’un côté, l’expérimenté duo Morgan Parra et Camille Lopez et de l’autre, les jeunes loups Antoine Dupont et Romain Ntamack. Alors, passage de témoin ou orgueil des plus anciens?

Comment ne pas occulter ce miroir du temps? Sébastien Bézy reste un formidable demi de mêlée et les Toulousains regrettent encore son départ vers Clermont l’été dernier. Mais c’est bien Morgan Parra qui sera titularisé dimanche au poste, nous offrant du même coup un duel de génération entre les charnières des deux équipes qui ne manquera ni de piquant, ni de symbole. Un choc de niveau international entre les "ex" Bleus Parra (71 sélections) et Lopez (28) et les "nouveaux tauliers" Dupont (32) et Ntamack (20) qui, s’il sera évidemment tributaire de la performance collective, va être observé à la loupe.

Car tout les oppose : l’âge (32 ans pour les Clermontois, 24 et 21 ans pour les Toulousains), l’expérience (144 matchs de Coupe d’Europe pour le duo auvergnat, 55 pour les Stadistes) et le vécu des matchs de phases finales dans cette compétition (23 pour Parra, 10 pour Lopez contre 5 pour Dupont et 5 pour Ntamack). Y compris dans le jeu entre le gestionnaire Parra et le dragster Dupont, tandis que les deux numéros dix sont peut-être plus proches dans leur style. Mais les quatre pèsent sur leur équipe. Cela s’est vu dans la victoire Clermontoise aux Wasps entre l’entrée décisive de Parra et la gestion de Lopez, notamment son sang-froid sur la transformation de la gagne.

Et que dire du match des Toulousains au Munster, avec deux essais de Dupont et les vingt points de Ntamack, soit trente des quarante points de leur équipe.

"Ce sont des chefs d’orchestre de leur équipe dit le pilier toulousain Cyril Baille. On sait que si eux vont bien, l’équipe va bien. Après, ce sont des compétiteurs. Parra et Lopez voudront faire un grand match comme toute l’équipe de Clermont. Il y aura une très grosse opposition entre les deux charnières."

Dont on se délecte à l’avance, même si le temps humide annoncé sur l’Auvergne dimanche pourrait nuire au jeu et obliger les équipes à réduire la voilure.

"La meilleure charnière au monde"

A Clermont cette semaine, l’opposition a évidemment été présentée au manager Franck Azéma qui, dans la foulée d’avoir placé Toulouse en favori, a été dithyrambique concernant la doublette adverse: "C’est certainement la meilleure au monde. C’est évident quand tu vois leurs performances en club comme en équipe nationale. Tu te dis que c’est une réalité, ce n’est pas leur passer la pommade, c’est vrai!" Mais il souligne aussi une autre évidence.

Malgré leur âge, Dupont et Ntamack sont dans le circuit depuis un moment. Et notamment Antoine Dupont, qui avait bénéficié d’une dérogation pour affronter le Leinster avec le Castres Olympique lors de son premier match, le 26 octobre 2014… à tout juste 17 ans! "Ce sont à la fois des garçons très jeunes, précise Azéma, mais qui ont beaucoup d’expérience sur le poste du fait qu’ils aient joué extrêmement jeunes. Et le fait qu’ils soient associés en permanence leur donne des repères et des réactions collectives qui sont, dans des moments de difficultés, importantes pour l’équipe."

"C’est comme un habitué de boîte de nuit…"

Pourtant, à Toulouse, on ne veut pas se laisser griser, entraîner vers cette idée déjà largement répandue de cet extraordinaire potentiel. "L’expérience vous savez, c’est comme un habitué de boîte de nuit, explique le manager Ugo Mola… tant qu’on n’y rentre pas, on ne sait pas! Alors laissons le temps à Dupont et Ntamack d’avoir des habitudes de haut niveau. Ils commencent à en emmagasiner. Toujours est-il que sur le plan de l’expérience, c’est sûr que Parra et Lopez en ont beaucoup."

Et le technicien toulousain de piquer discrètement ses ouailles avant ce rendez-vous… "On parle beaucoup d’Antoine Dupont et Romain Ntamack parce que c’est la charnière de l’équipe de France. Après, Parra-Lopez, sur la comparaison, a déjà fait ses preuves en gagnant. La nôtre pas totalement encore. Donc c’est peut-être le moment." Et encore, ce serait presque trompeur, car Parra (deux Boucliers de Brennus mais deux finales de Coupe d’Europe et de Top 14 perdues, une Challenge Cup) et Lopez (un Bouclier mais une finale de Coupe d’Europe et deux de Top 14 perdues, une Challenge Cup) ont connu des fortunes diverses.

Mais ils sont assurément des exemples en terme de durée. C’est d’ailleurs la 16e campagne européenne de Morgan Parra… et déjà la 7e de Dupont. Alors, la meilleure charnière fera-t-elle gagner le match ? Pas seulement, selon Ugo Mola. "Des duels, il va y en avoir. Que ce soit entre Baille et Slimani, Vahaamahina et Tekori qui pourrait être le phénomène inverse des charnières, Penaud-Lebel ou encore au centre avec Pita Akhi et Georges Moala. Les situations de duels, elles sont toujours fréquentes mais il ne fait pas oublier que c’est un sport co et que tu es dépendant des situations amenées par ton équipe." De quoi donner pas mal de relief à ce duel franco-français.

Wilfried Templier (avec Damien Tardieu)