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Coupe du monde 2023: "Une qualification de l'Algérie serait grandiose", l'entraîneur en chef des Fennecs, Boris Bouhraoua, se confie

Après avoir battu le Sénégal samedi, l’Algérie n’est plus qu’à deux victoires de la Coupe du monde de rugby 2023 en France. Un rêve que veut atteindre l’entraîneur en chef des Fennecs, Boris Bouhraoua. Avant le prochain rendez-vous dès mercredi contre le Kenya, il se confie pour RMC Sport.

Boris, la victoire contre le Sénégal (35-12) samedi, en ce début de Rugby Africa Cup, est-elle un soulagement ?

Oui, complètement. Tout le groupe est soulagé. Il y avait une grosse pression sur les joueurs. C’est toujours très dur de débuter ce genre de tournoi, avec trois matchs éliminatoires en dix jours. On est une sélection et vous vous doutez bien qu’on a des difficultés pour se voir. On a fait un stage de préparation de quinze jours et de suite on avait ce match éliminatoire. C’est difficile à aborder pour les joueurs. Surtout on savait que le Sénégal était une grosse équipe avec beaucoup de défi physique. On a été un peu contrarié en première mi-temps, notamment sur notre conquête. Quelques doutes se sont installés. Nous étions un peu tendus en première mi-temps et pour imposer notre rythme en début de match.

Le calendrier pour se qualifier est démentiel cette semaine…

Oui, on le savait dès le départ. Comme j’ai dit aux joueurs, il faut sortir de tous les codes que l’on connait en club. C’est une compétition inédite avec trois matchs à haute intensité en dix jours. Les joueurs ne sont pas habitués à ça. Certains n’ont pas joué depuis deux mois avec la fin des championnats. On l’a pris en compte et on a essayé de calculer avec tout le staff une montée en puissance de l’équipe. On savait que le premier match serait le plus dur et on va monter en puissance mercredi puis on est prêt à le refaire dimanche. On raisonne étape par étape.

Comment vivez-vous cette aventure ? Arrivez-vous à savourer cette semaine ?

Oui, depuis que j’ai repris le projet rugby en novembre, le plus important c’est la cohésion et l’état d’esprit de l’équipe pour construire quelque chose de costaud. On est là pour servir la fédération et amener une vision positive pour tout le pays et les enfants qui jouent au rugby en Algérie. Oui la compétition est importante mais ce n’est qu’une étape dans la construction de la fédération et de notre performance pour l’équipe nationale. On a un objectif au-delà de ce tournoi. Mais bien sûr qu’on savoure parce que le groupe évolue, tous les jours il y a des interactions entre nous et on passe de bons moments. Parfois, c’est dur. Samedi soir, on s’est dit les choses dans les vestiaires pour le match de mercredi. Mais on échange beaucoup.

Que représente le rugby en Algérie ?

C’est quelque chose d’assez flou pour le grand public, un sport vraiment méconnu. L’équipe d’Algérie est composée de joueurs binationaux, tout le monde le sait. On en est fier. Les joueurs viennent ici par fierté pour représenter leur culture et leur double-nation. On représente l’Algérie mais on sait tous que nous avons été formés en France. Là, nous sommes tous à fond pour l’équipe nationale. On veut donner une image positive parce qu’on est beaucoup regardé sur le territoire algérien, où il y a treize clubs aujourd’hui. On est très suivi par les médias et on veut amener une image de sport combatif, solidaire et montrer qu’on sait jouer au rugby. Il y a aussi le regard du rugby français évidemment. Les joueurs jouent en France, certains en Top 14, ou en Pro D2. On parle beaucoup de cette attente.

"France-Algérie à Marseille en 2023, peut-être le destin"

Est-ce facile de convaincre ces joueurs de porter le maillot de l’Algérie ?

C’est une évidence qu’ils veulent aller vers l’objectif de se qualifier pour la Coupe du monde, mais sur le comment on y va, on a dû beaucoup réguler. Avec la construction d’un cadre et de règles de vie, mais aussi évidemment d’un projet de jeu. Il a fallu connecter les joueurs et recentrer le message pour faire adhérer tout le monde qui est aujourd’hui sur le même bateau. On veut maintenant valider des choses.

Que signifierait en Algérie une qualification pour la Coupe du monde ?

Je vais être un peu bateau dans la réponse, mais ce serait quelque chose de grandiose. Tous les joueurs regardaient des Coupes du monde quand ils étaient petits. C’est un objectif magnifique. Il est limite inatteignable, c’est à nous d’essayer de le rendre atteignable et réel. Ce serait évidemment grandiose pour le rugby en Algérie, pour les joueurs, mais on veut que ça soit la réalité. On le touche du doigt, il reste deux matchs énormes, d’abord le Kenya qui est une très grosse équipe avec des joueurs très rapides, avant de parler du deuxième adversaire. La Coupe du monde est un rêve, la réalité est mercredi. On va jouer entre les deux.

L’histoire serait magnifique avec un possible France-Algérie le 21 septembre 2023 à Marseille…

Oui, quand on dit ça, ça parait un peu irréel. On s’y prépare et on remet vraiment le jeu au centre des débats. L’histoire serait magnifique, l’aboutissement de quinze ans. La fédération algérienne est très jeune et on est aujourd’hui au devant d’un fait historique qui dépasserait le rugby. C’est peut-être le destin, on y croit. (Sourire) S’il y a une infime chance, on va aller la chercher.

A titre individuel, comment êtes-vous arrivé dans cette aventure ?

J’ai été sollicité par Sofiane Ben Hassen, le président de la fédération, et Ousmane Mané, le sélectionneur. Ils m’ont dit qu’ils voulaient que je prenne les rênes et le pilotage du sportif. Je savais que ça allait se faire un jour, et que je le ferais si j’en avais l’opportunité. C’est venu plus tôt que prévu et j’ai sauté sur l’occasion. Nous sommes bénévoles, c’est par passion qu’on fait ça. J’ai eu la chance et le droit de construire mon staff, j’ai les clés sur le sportif et j’ai donc accepté ce projet. J’ai la chance aussi de travailler avec Thomas Lombard au Stade Français qui m’a donné l’accord (ndlr : il est directeur de la formation et du rugby du club parisien). C’est mon employeur et je le remercie de vivre cette histoire de passionné.

Propos recueillis par Jean-François Paturaud