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Coupe du monde: le modèle sud-africain peut-il être copié ?

Les Springboks, champions du monde après leur succès face aux Anglais ce samedi à Yokohama (32-12), ont conquis leur troisième titre mondial grâce à un jeu pragmatique et avant tout basé sur les fondamentaux et le défi physique. Un modèle qui pourrait donner des idées à de nombreuses sélections, le XV de France en tête. Mais selon nos consultants, Pascal Papé et Julien Dupuy, jouer comme les nouveaux maîtres du monde n’est pas à la portée de tous.

Ne jamais se fier aux apparences. Si les Sud-Africains ont assommé le XV de la Rose sur deux essais splendides, les deux premiers de leur histoire en finale de Coupe du monde (ils n’avaient inscrit que des points au pied lors de leurs deux précédents sacres), c’est bien grâce à la dimension physique et leur force en conquête que les hommes de Johan Erasmus se sont hissés sur le toit du monde.

Le constat est en effet sans appel et fait très mal aux amateurs de beau jeu: la meilleure équipe de la planète est loin d’être celle déployant le rugby le plus agréable. Les virevoltants japonais, qui ont séduit tout le monde grâce à un jeu à la main inspiré et audacieux avant d’être cliniquement écartés par ces Boks en quarts, peuvent en témoigner. Le XV de la Rose, habitué à faire déjouer tous ses adversaires pendant le Mondial, aussi. Car face à ces Sud-Africains, monstres physiques, injouables en conquête et ultra-disciplinés, il n’y avait, finalement, rien à faire.

"Aucun pays n’a 150 joueurs qui font 2m et 120kg"

Alors parvenir à conquérir un titre mondial d’une manière aussi pragmatique pourrait inspirer de nombreuses nations. Mais n’est pas Sud-Africain qui veut… Car selon nos consultants Pascal Papé et Julien Dupuy, le jeu des Boks est tout simplement inimitable. "Personne ne peut jouer comme l’Afrique du Sud, a tranché l’ancien demi-de-mêlée international sur RMC. Aucun pays n’a 150 joueurs qui font 2m et 120kg. Il faut leur rendre hommage, ils jouent très bien avec leurs armes."

Mais pour Dupuy, la singularité des champions du monde n’est pas seulement physique. C’est également une question d’état d’esprit: "Ce sont des bouchers, ils sont costauds et ont toujours joué comme ça, avec du courage et de l'abnégation." Inutile, donc, de chercher à arborer les mêmes muscles saillants, comme sur cette photo qui a tant fait polémique, si la mentalité de combattant ne va pas avec.

En Afrique du Sud, "le rugby arrive après"

Pascal Papé, sélectionné à 65 reprises avec le XV de France, se rappelle d’un adversaire bien singulier. "Les quelque fois où j’ai pu jouer contre eux, c’était l’équipe la plus physique, avec les Anglais, a-t-il déclaré sur RMC. A chaque fois, tu sais que tu vas sortir du match mâché, fatigué."

Pour Pascal Papé, une équipe comme la France ne pourrait tout simplement pas les imiter, tant ils ont leur propre conception du rugby. "Mais les All Blacks ne pourraient pas non plus, prévient-il. En Afrique du Sud, la culture du rugby, c’est avant tout le physique. Il faut d’abord être en bonne condition d’un point de vue musculaire, le rugby arrive ensuite."

Si la France, pays hôte de la prochaine Coupe du monde, veut briller à domicile en 2023 et prendre le titre aux Boks, il faudra donc inventer son propre modèle. Impossible de battre le roi à son propre jeu…

Félix Gabory