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Coupe du monde : les coups de gueule de RMC Sport

L'équipe de France humiliée en quarts

L'équipe de France humiliée en quarts - AFP

La Coupe du monde 2015 de rugby s’est achevée ce samedi soir à Twickenham sur le triomphe de la Nouvelle-Zélande en finale contre l’Australie (34-17). Les coups de gueule des envoyés spéciaux de RMC Sport, Wilfried Templier et Laurent Depret, qui ont couvert les six semaines de compétition.

Wilfried Templier (envoyé spécial RMC Sport)

Le spectacle donné par l’équipe de France, pas seulement sur le terrain

Les deux derniers matchs face à l’Irlande et à la Nouvelle Zélande ont largement terni l’image des Bleus aux yeux de la planète ovale. Mais après l’humiliation en quarts de finale, où le fossé était bien trop grand entre une nation qui filait vers son troisième titre mondial après avoir maîtrisé son rugby pendant quatre ans et une autre qui s’était raccrochée à des « Watt Bikes » en ayant oublié un mandat médiocre, on doit avoir une pensée pour les supporters qui avaient investi dans un tel voyage pour venir soutenir les Bleus. C’était le cas d’amis. Et une image d’eux du soir-même me revient.

Alors que je les croise par hasard aux abords du Millennium, que je viens tout juste de quitter, je remarque que l’un d’entre eux, « Babas », n’avait plus son béret, au contraire des autres. « Je l’ai jeté dans les tribunes de rage pendant le match » me rétorque-t-il, la mine défaite. Oh… Quel geste symbolique d’un supporter meurtri. Et en revoyant messieurs Camou et Blanco passer devant nous le lendemain devant l’hôtel des Bleus en évitant les micros, je me dis que ces supporters auraient mérité un petit mot, une petite pensée. Qu’ils s’accrochent, parce que l’année qui arrive va être mouvementée en coulisses. Pas le rugby qu’on préfère…

Le côté millimétré des conférences de presse et des entraînements

Les rapports entre journalistes et entraîneurs/joueurs sont réduits à leur portion congrue, surveillés de très près et dénués de rapports humains. Et les seuls quarts d’heure ouverts d’entraînement, où les caméras ont majoritairement le droit à des échauffements sans ballons, ne permettent de voir que des courses d’athlètes, avec un chrono dans la voix d’un homme de l’organisation, qui égrène les « cinq minutes », puis « deux minutes » et ainsi de suite… Heureusement que les Sud-Africains et leurs sourires, les Australiens et leur sono crachant du ACDC sur le terrain, et les Argentins champions toutes catégories de la bonne humeur nous ont réconcilié avec les relations humaines. Car pour le reste…

La circulation dans Londres

Un véritable cauchemar ! Le ton était donné dès notre arrivée où, à cause d’une manifestation dans le centre de Londres, nous avons mis trois heures pour aller en voiture de la gare de Saint-Pancras jusqu’à l’hôtel des Bleus. Aller ensuite de Croydon à Twickenham, voire pire au Stade Olympique, nous a pris des heures. Vous me direz que les transports en commun sont là pour faciliter les choses « messieurs les journalistes », mais je vous rétorquerai que le matériel à transporter rendait la chose impossible. Alors si on se projette sur la prochaine Coupe du monde au Japon et ses mégapoles, on espère que, comme dans Retour vers le futur, on aura bel et bien cette fois-ci breveté l’hoverboard !

Laurent Depret (envoyé spécial RMC Sport)

Le traitement des petites nations

« Suivant que vous soyez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront noir ou blanc », a écrit Jean de la Fontaine dans sa fable « Les animaux malades de la peste ». Cela s’applique à cette Coupe du monde, où il valait mieux être riche, beau et bien portant qu’être une petite nation ambitieuse. Une semaine en moyenne entre chaque match pour les top nations alors que Fidji, Géorgie, Japon, Namibie et autre Uruguay ont eu des cadences infernales alors que leurs bancs sont moins fournis. Coup de canif dans les valeurs, au nom de la rentabilité et pour éviter de perdre en route une nation majeure.

World Rugby a été ébranlé par les commentaires des fans, des joueurs, coaches et surtout des internationaux de tous les pays, en exercice ou retraités. Une différence de traitement qui a été aussi flagrante dans l’iniquité des jugements – d’où la citation de la fable – pour des fautes similaires : deux à trois fois moins de semaines de suspension pour des joueurs des nations majeures. Il y a encore des choses qui sentent très mauvais dans le rugby malgré les volontés de faire avancer ce sport vers une plus juste gouvernance.

La commission de visionnage

En déjugeant publiquement et officiellement Craig Joubert pour sa mauvaise décision en fin de match sur Australie-Ecosse, puisqu’il siffle une pénalité qui donne la gagne aux Wallabies alors qu’une mêlée s’imposait, elle a certes acheté une respectabilité sur l’instant, mais a peut-être ébranlé le dogme principal qui fait du rugby un sport de contacts à part : l’arbitre n’est officiellement plus infaillible (on le sait depuis l’origine de ce jeu), mais surtout n’est plus sanctuarisé. La commission aurait été bien mieux inspirée de laver son linge sale en famille et de reléguer Craig Joubert, au lieu de le pointer du doigt.

Les Bleus à l’envers

Des joueurs désemparés, un staff déboussolé, des dirigeants présents mais muets, des supporters trompés malgré leur amour indéfectible pour ces Bleus, qui ne le leur rendent que sur commande. Mon dieu, ce tour d’honneur (vraiment ?) après la branlée contre les All Blacks... La double peine pour tous. Une Coupe du monde en décalage total avec les nations qui ont réussi, elles, leur Mondial. Quand les All Blacks vivaient en tribu, les Bleus se cloitraient. Quand les nations se soulaient de passes et multipliaient les temps de jeu, les Bleus se cherchaient et peinaient pour enchaîner quatre passes. Un champ de ruines et tellement de peine pour les joueurs trompés par un « discours méthode Couet » et lâchés par des dirigeants dépassés (fédération et ligue, la FFR n’est pas seule responsable).