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Dusautoir : "Une Coupe du monde se savoure"

Début de la Coupe du monde de rugby ce vendredi en Angleterre. Les Bleus feront leur entrée en lice face à l’Italie samedi soir avec dans leur rangs Thierry Dusautoir. Le capitaine du XV de France, qui va jouer sa troisième Coupe du Monde, a accordé un entretien à RMC Sport dans lequel il revient sur son parcours et évoque son amour du maillot tricolore… et du maillot ivoirien.

Thierry Dusautoir, que représente pour vous le maillot bleu ?

C’est le symbole du pays. Quand tu joues au pays et que tu veux jouer au plus haut niveau, représenter ton pays, c’est quand même le rêve. Tous les gamins, quel que soit le sport, rêve de faire une Coupe du monde et de porter au moins une fois le maillot de l’équipe nationale. Voilà ce qu’il représente ce maillot. C’est la récompense d’énormément de travail, mais aussi une responsabilité supplémentaire vis-à-vis de ce que tu vas pouvoir apporter sur le terrain en le portant. Il y a une certaine attitude qui va avec ce maillot, une responsabilité dans ton comportement, sur et en dehors du terrain.

Avez-vous l’impression d’avoir 60 millions de personnes avec vous quand vous portez ce maillot ?

Je ne pense pas qu’il faille le voir comme ça. Parce que si tu penses à toutes les personnes qui sont devant leur télé, qui poussent derrière ce maillot, ça peut être très lourd. Et c’est vrai qu’il est parfois lourd, en fonction des circonstances. La meilleure manière d’honorer ce maillot, c’est de profiter de l’instant présent, d’essayer d’évacuer un maximum la pression en en gardant un peu pour essayer d’avoir les bonnes attitudes sur le terrain. C’est la meilleure façon de l’honorer parce qu’il représente tellement de choses, mais ça reste aussi du sport. Il faut aussi relativiser. Ça peut t’amener à l’échelle supérieure dans notre sport, mais ça reste du plaisir.

Quel est votre premier souvenir de Coupe du monde ?

Mon premier souvenir, c’est France-Côte d’Ivoire en 1995. Ce sont mes deux pays puisque ma mère est ivoirienne, mon père est français. A la maison, c’était assez marrant d’assister à ce match entre une équipe amateur et l’autre professionnelle. Voir se rencontrer ces deux pays, qui figuraient dans la même poule, c’était un moment particulier. C’était magique. Je ne m’intéressais pas plus que ça au rugby mais le fait d’avoir mes deux pays qui jouaient une rencontre internationale de rugby, ça m’a amené encore plus à m’intéresser à ce sport.

Ce match vous a guidé dans votre cheminement vers le rugby…

Ça m’a aidé à m’y intéresser plus, à regarder un peu plus les matches. J’ai commencé le rugby deux ou trois ans après. Mais ce sont plus mes potes qui m’y ont amené, ce n’est pas ce match qui a déclenché en moi le fait de passer le cap et de prendre ma première licence.

Qui souteniez-vous ?

J’étais, comme souvent, pour l’équipe la plus faible, donc la Côte d’Ivoire. Mais une fois le match terminé, j’étais pour la France. Ça m’aurait fait plaisir que la Côte d’Ivoire gagne parce que sur le papier, elle n’avait aucune chance de gagner. Mais j’étais conscient que c’était la France qui avait les meilleures chances de gagner la Coupe du monde. De toute façon, c’est toujours compliqué de choisir entre ses deux pays. Pour le coup, je suis un vrai binational.

Sauf que vous êtes désormais capitaine de l’équipe de France…

Oui, mais je ne sais pas… Si j’avais fait un autre sport et que j’avais joué pour la Côte d’Ivoire, j’aurais porté les couleurs ivoiriennes avec autant de fierté que je le fais aujourd’hui pour la France.

Quel est votre souvenir le plus fort en Coupe du monde ?

Incontestablement la finale de Coupe du monde en 2011 contre les Blacks. Ce fut un moment très intense parce qu’on est passés à ça d’être champions du monde. En Nouvelle-Zélande, avec une Coupe du monde difficile, les phases finales nous ont amenés face à la plus grande équipe de tous les temps, dans son temple. Nous, pauvres petits français, on devait s’exprimer. On était un peu seuls au monde mais c’était un grand moment sportif et surtout humain, un moment dingue. C’est le contexte qui fait l’émotion et là, elle était à son paroxysme.

Y a-t-il un joueur qui vous a marqué en Coupe du monde ?

Je dirais McCaw parce qu’on joue au même poste, on a plus ou moins le même âge, on est tous les deux capitaines. Ce jour-là, c’est lui qui a eu la chance et l’honneur de soulever le trophée. C’est le joueur qui m’a marqué parce qu’il est admirable par sa longévité impressionnante : ça fait 13 ans qu’il joue pour les All Blacks, il a battu le record de sélections, de capitanat, il est toujours performant. C’est un athlète impressionnant et un grand leader parce qu’être capitaine des Blacks aussi longtemps, avec tous les grands joueurs qu’ils ont, ce n’est pas donné à tout le monde.

Quel rapport avez-vous avec lui ?

On ne se connaît pas très bien. On s’est souvent rentrés dedans, on a échangé deux ou trois fois mais on n’a jamais eu trop l’occasion de boire un verre après un match. On s’est croisés mais peut-être qu’on aura le temps d’échanger plus dans l’avenir.

Que serait un échec à la Coupe du monde ?

Ne pas en profiter. Je dis ça parce qu’en 2011, on n’en a pas profité durant les matches de poules. On aurait très bien pu rentrer chez nous si les Tonga avaient marqué un essai supplémentaire. Au-delà du côté sportif, on aurait fait tous ces efforts sans même en avoir profité. Une Coupe du monde se savoure. Et quand on est bien dans son groupe, c’est là qu’on est capable de faire des performances intéressantes.

Pourquoi la France peut-elle être championne du monde ?

Parce qu’on est une équipe atypique sur le circuit international : on est capable du pire mais surtout du meilleur. Deux mois de préparation, ça représente énormément pour des joueurs français parce qu’on n’a jamais l’occasion d’être ensemble autant de temps. On a très peu d’occasions de construire un sentiment d’appartenance d’équipe. Pas à l’équipe de France, je parle d’une équipe à tous les sens du terme, de la complicité qu’on peut avoir avec nos potes de club avec qui on passe des moments difficiles au quotidien. Ces moments sont fondateurs pour des joueurs français parce qu’on fonctionne beaucoup à l’affect. On n’arrive pas à se programmer, je dirais malheureusement, comme peuvent le faire les Anglo-Saxons. C’est parfois une fragilité mais ça peut être une grosse qualité si on sait la gérer.

Pensez-vous à l’Eden Park depuis quatre ans ?

J’y pense parce qu’on m’en parle souvent depuis quatre ans. Je n’ai pas encore revu la finale, mais j’ai évidemment des flashs qui m’apparaissent quand je repense à cette compétition. Je sais ce que j’ai vécu sur cette compétition. Je maintiens ce que j’ai dit au lendemain de cette défaite : la France est capable d’être championne du monde. Je ne sais pas si elle le sera en 2015. Je pense en tout cas que c’est ma dernière occasion de l’être. Moi, je me préparerai et je pousserai pour que l’équipe le soit. Après, c’est une compétition, on est loin d’être favoris. Très loin même. Mais le plus important, c’est ce qu’on réussira à créer entre nous pendant cette compétition.

W.T