RMC Sport

France 2023: "Cette Coupe du monde de rugby va battre les records", selon Claude Atcher

La Coupe du monde de rugby 2023 débutera dans deux ans jour pour jour par le match d’ouverture entre la France et la Nouvelle-Zélande au Stade de France. Pour RMC Sport, Claude Atcher, le directeur du comité d’organisation, dresse un état des lieux. Il est plus que jamais confiant.

Claude Atcher, la Coupe du monde 2023 débute dans deux ans jour pour jour. Dans quel état d’esprit êtes-vous aujourd’hui?

On s’était déjà aperçu avant que ça passait vite mais là on passe dans un accélérateur de particules qui nous amène très rapidement à la mise en place de la livraison opérationnelle. Jusqu’à maintenant, nous avions construit les fondations et réalisé beaucoup de choses. Mais pour vous donner un exemple, les 14 managers seront en France fin novembre pour visiter les camps de base. Ça va aller très, très vite maintenant. (Sourire) La dimension du projet a considérablement évolué. Nous ne voulons pas seulement organiser un événement sportif, mais un événement qui sorte de l’organisation purement de la Coupe du monde de rugby pour avoir une prise sur la société. On est passé d’un budget de 270 millions à quasiment 800 millions. C’est un projet passionnant avec énormément de potentiels en matière de retombées. Cette Coupe du monde donne au grand public une occasion de se projeter sur quelque chose de festif, de joyeux mais aussi du partage et du lien social. Le message que l’on veut porter, c’est qu’on pourra tous faire la fête en 2023.

Combien de billets ont déjà été vendus?

Bien plus que ce que l'on attendait. La demande a été incroyable avec jusqu’à 250 000 personnes connectées en même temps sur le site. Sur la partie grand public, nous avons vendu un plus d’un million de billets mais aussi 300 000 billets aux agences de voyages internationales, 100 000 billets sur le programme hospitalité. Nous sommes très en avance sur notre feuille de route mais il faut rester vigilant. On ne sait pas quelles seront les conséquences de la crise dans les semaines à venir, on reste donc très prudent et très modeste mais c’est vrai, ça dépasse très largement nos espérances.

Vous avez été en quelque sorte victime de votre succès avec de nombreux internautes qui ont manifesté leur mécontentement puisqu’ils n’avaient pas réussi à acheter de places…

Oui, je suis toujours très malheureux quand je vois des gens frustrés, surtout quand c’est pour acheter des billets pour la Coupe du monde. Certains ont fait beaucoup d’heures d’attente sans pouvoir acheter de billets. On avait pris la position du premier arrivé, premier servi. On aurait pu faire comme les Anglais, des tirages au sort, mais il n’y a pas de formule magique. Quand il y a autant de gens connectés en même temps, il y a obligatoirement de la frustration. On en est un peu malheureux.

D’autres places seront-elles encore à vendre?

Oui, il reste des places à vendre. Le 28 septembre, on va rouvrir une deuxième phase de vente avec des produits plus spécifiques « ville » avec deux matchs et on commence à ouvrir les billets sur les phases finales. On va mettre en vente environ 250 000 billets. C’est une phase importante. On va alors vérifier de manière définitive que la vente du programme billetterie nous permettra d’atteindre les 100% d’occupation, ce qui est devenu désormais notre objectif.

Pour le match d’ouverture entre la France et la Nouvelle-Zélande le 8 septembre 2023, est-ce encore possible de s’en procurer ?

Je ne dirais pas qu’il n’y a plus de places puisque nous allons en remettre en vente environ 4000 fin septembre. Mais nous avons reçu 400 000 demandes pour ce match qui va devenir mythique dans l’histoire de la Coupe du monde de rugby, d’abord parce que c’est le match d’ouverture, aussi parce c’est France-Nouvelle-Zélande et parce que ça cristallise énormément de sujets. TF1, qui vient d’obtenir les droits, pense qu’il va battre les records d’audience d’une retransmission sportive. Ça devient une rencontre très particulière de cette Coupe du monde.


Les deux équipes ont désormais ont le même sponsor maillot (le groupe Altrad) mais elles ne pourront pas le revêtir en 2023…

En effet, il n’y a pas de sponsors sur les maillots pendant une Coupe du monde.

La rencontre du 20 novembre prochain entre les deux équipes sera un peu une répétition pour ce match d’ouverture…

Oui, c’est vrai. Là aussi, ce sera un moment fort pour nous. Sur le plan sportif, ce sera véritablement le lancement de la Coupe du monde de rugby. On va essayer de mettre en place autour du match un programme de présentation sportive qui amène petit à petit les supporters vers la Coupe du monde. Ce match sera notre socle de communication. On espère la présence du Président de la République qui va dynamiser la portée institutionnelle de l’événement. Il y aura aussi quelques surprises, notamment pour la sortie des joueurs, et des effets de scénarisation.

"On sait aujourd’hui qu’on ne peut plus perdre d’argent"

Pour vous, si la montée en puissance des Bleus pouvait se confirmer, ce serait évidemment une bonne nouvelle…

Oui, automatiquement, ce n’est que du bonheur. Depuis dix ans, on n’avait pas cet espoir d’être champion du monde. Je rappelle souvent que nous sommes partis au Japon (en 2019) avec l’espoir d’aller en quart de finale. Aujourd’hui, nous avons des joueurs talentueux, des jeunes et un staff qui a monté un programme hyper construit, sérieux et professionnel. On a retrouvé l’espoir d’être champion du monde. Avec Fabien (Galthié), on en parle. On commence à échanger notamment sur le camp de base et les matchs de préparation. Nous sommes avec Fabien dans une relation permanente de discussion sur la façon dont on peut optimiser ensemble l’impact de cette équipe de France sur la Coupe du monde.

Quelle est la différence par rapport à l’édition 2007 organisée en bonne partie sur le sol français?

Il y a beaucoup de différences, notamment sur la partie communication. On souhaite que cet événement puisse profiter au grand public avec la réflexion d’une nouvelle génération d’événement sportif. Nous devons être dans « le faire ». Il faut être capable d’amener un impact positif au pays et au sport. C’est un élément fondamental différentiel par rapport à 2007. Pour le volet financier, là aussi, c’est très différent. Les sommes sont aujourd’hui beaucoup plus importantes avec un budget d’environ 800 millions d’euros, alors qu’il était d’un peu moins de 300 millions en 2007. La différence, c’est aussi que nous avons acheté les droits, pour un chèque de 300 millions d’euros fait en 2017 à la fédération internationale. Cela nous permet aujourd’hui d’être complètement libres en tant qu’entrepreneurs dans la façon dont on conduit l’événement. On sait aujourd’hui qu’on ne peut plus perdre d’argent. On est à peu près certain a minima de l’équilibre financier sur la Coupe du monde de rugby.

Par rapport à l’édition japonaise de 2019, l’idée aussi de toucher davantage de revenus…

Oui, bien sûr, car les coûts sont moins importants, avec une plus grande maîtrise du fait de l’expertise de la France en matière d’événements mais aussi grâce au côté resserré des infrastructures. On a aussi une gestion un peu « père de famille ». Nous avons ainsi économisé trois millions d’euros par rapport à notre budget prévisionnel sur les trois premières années. Et en matière de recettes billetterie, sponsoring et droits télévisuels, cette Coupe du monde va, de très loin, battre les records et je pense qu’elle les gardera pendant longtemps. Cet événement qui va marquer l’histoire du rugby. Nous avons d’ailleurs fini de vendre tout notre programme de sponsoring.

Quels sont désormais vos principaux chantiers d’ici 2023?

En octobre, nous avons une séquence importante puisque nous présenterons alors tous nos projets de responsabilité sociale et environnementale. En novembre, l’épisode de novembre avec le match entre la France et la Nouvelle-Zélande va nous permettre de poser sportivement le lancement de la Coupe du monde. En février, s’ouvre la plateforme de recrutement de volontaires qui sont le poumon de la compétition. Puis le 14 juillet, on fera démarrer le deuxième train qui va circuler pendant six mois pour arriver le 12 novembre au Stade de France, le jour de France-Afrique du Sud, après avoir visité soixante villes. Ce sera le moment de pré-célébrer la Coupe du monde. Enfin, en mars 2023, ce sera la journée des 7000 volontaires qui seront réunis à Paris.

Propos recueillis par Jean-François Paturaud