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Jalibert: "L’équipe de France a changé de statut, elle fait peur à nouveau"

Le demi d’ouverture de l’UBB, Matthieu Jalibert, a rejoint l’équipe de France à Nice pour préparer le premier match du Tournoi des Six Nations contre l’Italie (6 février). Une compétition qu’il aborde pour la première fois dans la peau d’un titulaire, depuis la blessure de Romain Ntamack.

Matthieu Jalibert, comment s’est passé votre passage en club entre la fin de l’Automn Nations Cup et ce début de stage de préparation pour le Tournoi des Six Nations?

Ça s’est super bien passé. Quand tu reviens en club après les matchs internationaux, il y a toujours beaucoup d’attente autour de toi. Le club a besoin de nous. Je suis plutôt content. Collectivement, on a progressé.

Avez-vous la sensation de franchir un cap? 

Oui, j’ai cette impression. J’ai progressé sur mes dernières sorties. Je pense que les matchs en équipe de France ont pesé. Le temps de jeu que j’ai pu avoir cet automne n’est pas anodin. Le fait de pouvoir enchainer des matchs à très haut niveau, ça te permet de voir quelle est ta marge de progression. C’est le meilleur niveau au monde et forcément tout va plus vite, les décisions à prendre sont plus rapides. J’ai pris énormément d’expérience à jouer ces matchs. Et j’ai essayé de retranscrire ça quand je suis revenu avec l’UBB. 

Qu’est-ce que vous maitrisiez mieux dans votre jeu désormais?

Je pense qu’avec l’enchainement des matchs en Bleu, j’ai pris plus confiance. Je pense que je suis un peu plus leader que je ne l’étais avant de faire cette Automn Nations Cup. Quand je suis revenu en club, j’ai vraiment eu cette sensation d’avoir pris du poids dans l’équipe et pour mon poste, c’est ultra-positif. J’ai l’impression d’être plus écouté. Dans mon jeu, j’ai progressé sur ma gestion du match. Souvent, j’ai tendance à beaucoup attaquer. Désormais, j’essaie de trouver le juste milieu entre bien attaquer, jouer au pied et trouver les solutions en attendant que l’équipe adverse nous en donne.

"Je ne joue pas contre Romain (Ntamack) ou Louis (Carbonel) pour prouver que je suis le meilleur" 

Vous partez favori pour débuter le Tournoi des Six Nations au poste de demi d’ouverture du XV de France, depuis la blessure de Romain Ntamack. Comment le vivez-vous? Est-ce que c’est une pression supplémentaire?

Je le vis sereinement. Je suis très tranquille par rapport à ça. C’est vrai que Romain s’est blessé et ça va être l’opportunité pour moi d’avoir encore plus de temps de jeu en équipe de France, pourvoir montrer des choses et prendre de l’expérience à ce niveau. Je le prends comme une nouvelle opportunité de jouer mon rugby et d’apporter quelque chose aux Bleus.

Ça vous agace quand on compare les gros potentiels français qui jouent demi d’ouverture, quand on essaie de vous mettre en parallèle avec Ntamack, Carbonel?

Ce n’est que ça m’agace mais je trouve que c’est un sujet pour les médias. Avant tout, avec Romain et Louis, on est des copains, on joue tous pour la même chose, avoir du temps de jeu en Bleu. Le plus important, ce n’est pas de savoir qui est le meilleur, c’est que celui qui porte le numéro 10 soit le plus performant possible. Je ne me prends pas la tête avec ça, je n’aime pas ces débats. Je ne joue pas contre eux pour prouver que je suis meilleur. Je veux juste être bon dans un collectif.

"Je ne suis pas aussi arrogant et prétentieux qu’on peut le dire"

Vous avez pu avoir une image de joueur orgueilleux, arrogant, trop sûr de lui alors que vous insistez toujours sur cette notion de groupe, de collectif...

J’ai un statut et un poste qui font que je suis toujours analysé mais c’est vrai que le plus important, ce n’est pas qu’on parle de moi mais qu’on parle de moi dans un groupe. Je veux être efficace pour l’équipe, je ne veux pas briller pour entendre : "Jalibert etc…". 

Avez-vous été blessé par les critiques qui ont suivi le match de Top 14 contre Castres, avec votre petit geste sur Julien Dumora et sa réaction? 

Pas blessé mais il s’est passé des choses pendant le match sur lesquelles je ne suis pas revenu. J’ai eu une réaction qui n’a pas été bonne. J’ai été excessif dans l’euphorie de la victoire. J’ai été chambré tout le match mais je n’ai pas envie de revenir sur ça. C’est un geste que je n’aurais pas dû faire, qui a donné une mauvaise image de moi et ce n’est pas ce je veux montrer, ce n’est pas ce que je suis dans vie de tous les jours. Quand on reçoit des critiques, ce n’est jamais trop plaisant et ce n’est surtout pas l’image que je veux que les gens gardent de moi. C’est pour ça que je regrette ce geste.

Il est comment Matthieu Jalibert dans un groupe?

Je ne suis pas une personne discrète mais je suis normal. Je sais ne pas me mettre en avant, je sais rester dans mon coin. Je ne suis pas aussi arrogant et prétentieux qu’on peut le dire.

"A mes débuts, j’avais la sensation qu’on avait peur de perdre"

L’équipe de France a changé de statut, vous abordez le Tournoi en favori désormais, c’est une position qui va changer beaucoup de choses...

Oui, mais c’est la meilleure position. On préfère être dans cette situation-là plutôt que l’inverse. Fabien Galthié et son staff ont fait un super boulot depuis leur arrivée. Ils ont redonné une dynamique à l’équipe de France. On a réussi à construire un groupe qui fonctionne, la mayonnaise a pris, les résultats sont positifs, le jeu également. L’équipe de France a changé de statut. Elle fait de plus en plus peur, enfin elle fait à nouveau peur. Il va falloir jouer avec un statut différent mais il vaut mieux être dans cette position.

Ressentez-vous plus de pression avec ce nouveau statut? 

Non, pas de pression, c’est positif. On travaille pour être dans cette position-là. On veut gagner des titres, remettre l’équipe de France à la place qu’elle doit occuper. On prend les matchs avec l’objectif de gagner.

Comment jugez-vous l’évolution de cette équipe de France depuis votre arrivée?

A mes débuts, j’avais la sensation qu’on avait peur de perdre. C’était une mauvaise dynamique, pas beaucoup de confiance, donc c’était plus crispé. Mais que ce soit en club ou en sélection, quand tu gagnes des matchs, tu te relâches, tu es libéré, tu as moins de pression et c’est ce qu’on est en train de vivre. On vit une belle période et j’espère qu’elle va durer le plus longtemps possible.

Nicolas Paolorsi