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Fickou explique son départ au Racing: "Je n’ai forcé personne à signer le contrat"

Son départ du Stade Français au Racing 92, à l’entame de la fin de saison, a énormément fait parler ces dernières semaines. Le centre international Gaël Fickou (27 ans, 63 sélections), discret dans la presse, a accepté de s’expliquer longuement pour RMC Sport et Midi Olympique, quelques jours après sa première titularisation avec les Ciel et Blanc.

Gaël Fickou, à quel moment avez-vous, pour la première fois, été informé d’un possible départ du Stade Français vers le Racing 92 ?

Pendant le Tournoi des VI Nations. C’est mon agent qui m’appelle et qui me dit: "K’ai une mauvaise nouvelle pour toi, le Stade Français souhaite te libérer, mais j’ai une bonne nouvelle, c’est que le Racing est très intéressé pour te reprendre".

A ce moment-là, les deux camps se sont alors déjà mis d’accord ?

Oui, ils avaient déjà parlé et avaient eu des contacts. Je peux comprendre le choix du Stade Français, on en a discuté. Mais il y a des façons de faire… On aurait pu me concerter avant mais je ne leur en veux pas. C’est la vie et le rugby d’aujourd’hui. Tout a été mis à plat, sauf cette intervention de monsieur Wild qui m’a un peu déçu (ndlr : dans les colonnes de L’Equipe, le propriétaire du Stade Français avait regretté le manque d’implication de Fickou). C’est comme ça, c’est aussi le jeu…

Vous semblez avoir du mal à accepter ces propos de Hans-Peter Wild…

Oui, c’est le seul truc qui m’a déçu. J’ai trouvé ça triste. Il a voulu me donner une image qui n’est pas la vraie. Les connaisseurs, mes amis et les joueurs du Stade Français le savent très bien. J’ai accepté de partir parce que cela permettait au Stade Français de recruter cinq joueurs et que je n’étais jamais là. Quand ils m’ont expliqué ça, je l’ai compris. Mais je voulais qu’ils me l’expliquent en face, comme des hommes. C’est moi qui ai voulu ce côté humain, plus que ce l’on peut croire en lisant la presse…

Vous aviez déjà été proche de rejoindre le Racing lors de votre départ de Toulouse en 2018…

Oui, j’étais à deux doigts de venir ici déjà. Je discutais beaucoup avec Laurent Labit et Yannick Nyanga. J’étais très heureux de passer par le Stade Français, j’y ai appris beaucoup de choses. C’est un club qui m’a donné l’opportunité de progresser. Mais il fallait tourner la page et je suis très heureux d’être ici aujourd’hui.

Auriez-vous pu aller ailleurs qu’au Racing ?

Non, c’était ma condition. J’ai deux très bons amis qui y sont et je connais aussi très bien Yannick Nyanga, qui est également un ami. Le fait de pouvoir jouer avec Viri (Vakatawa), Teddy (Thomas), Finn (Russell), Simon Zebo, Kurtley Beale, etc…, c’est un réel plaisir. C’est un club qui a énormément d’ambition. Je ne pensais pas que ça se ferait aussi rapidement. On s’est mis d’accord. C’est pour ça que, comme je disais, ce qu’a dit le docteur Wild m’a déplu, car il était d’accord. C’est un peu bizarre de dire ça. Au final, tout le monde est content et ça se passe bien.

Votre départ est bien à l’initiative du Stade Français ?

Bien sûr. Tout le monde le sait. Sinon, ils n’auraient pas signé le contrat. Si on réfléchit deux secondes et qu’on n’écoute pas bêtement, ou plutôt de manière inconsciente, ce qui se dit, pour signer un contrat, il faut deux personnes. Je n’ai forcé personne à le signer. C’est pour ça que ce qui m’a déçu, c’est que certains se contentent juste de lire un papier d’une personne qui peut écrire n’importe quoi, et on se fait un avis bêtement. La vraie histoire, tous les joueurs la connaissent. Ce sont eux qui ont voulu me libérer et dans ces conditions, j’étais content de venir au Racing, et nulle part ailleurs. J’aurais eu le choix d’aller ailleurs, mais c’est le club qu’il me faut pour progresser, pour encore grandir et surtout pour gagner. On a quatre ans pour soulever quelque chose.

"Je n’ai jamais triché que ce soit en club ou en équipe nationale"

Auriez-vous pu refuser ?

Oui, j’aurais pu refuser. Mais venir tous les jours dans un club où on te dit à la base qu’on veut te libérer parce que tu coûtes beaucoup trop cher, etc… Le rugby, c’est déjà mental. Tu n’as plus forcément envie de rester dans ces conditions. Ça aurait difficile de s’entrainer ou de faire des séances de musculation tous les jours avec un staff et des dirigeants qui voulaient me libérer.

Avez-vous mal vécu toute cette polémique ?

Sincèrement, pas du tout. Dans la vie, il y aura toujours des personnes qui plaideront pour ou contre. Quand je regarde un match de foot, je donne toujours mon avis. C’est le jeu. On est là pour être jugé et ça fait partie de notre métier. Depuis tout jeune, j’y suis préparé. Je savais que certains allaient dire que j’étais un vendu ou un traitre. S’ils le pensent... Je sais que je me suis toujours donné à 200%. Je n’ai jamais triché que ce soit en club ou en équipe nationale. Et le plus rassurant, c’est que mes amis et ma famille le savent. Ceux qui m’ont critiqué auraient sans doute fait la même chose à ma place. Ce qui m’a fait le plus mal, c’est de quitter mes coéquipiers avec qui j’ai eu des liens forts durant deux ans et demi. Mais il fallait que j’avance et que je pense aussi à moi pour gagner.

Vous avez rejoint le rival local en pleine course aux phases finales, et qui plus est juste avant le derby…

C’est sûr que le timing est très particulier. Mais on en parle parce que c’est moi et que je suis international. Mais c’est arrivé à 30 joueurs depuis le début de saison, Louis Picamoles et plein d’autres. Et ça va encore arriver. Il faut s’y faire, le rugby évolue. Ce sont des règles qui ont été votées, y compris par le Stade Français et Thomas Lombard. Ça peut aller parfois à l’encontre de ce que l’on peut penser dans les valeurs mais le joueur pense aussi à ses intérêts, qu’il joue et qu’il s’éclate. S’il sent que son club veut le libérer, quel est son intérêt de rester ? Il faut se mettre dans les deux positions. Je peux comprendre les supporters qui disent que ça ne se fait pas, mais c’est un choix des deux parties. J’étais triste de quitter mes coéquipiers mais content d’avoir un chalenge qui me permettra de jouer les phases finales. Ça fait trois ans que j’étais en vacances en juin avec le Stade Français et j’espère que nous aurons l’opportunité de jouer des phases finales avec le Racing et d’aller très loin dans la compétition. Pour moi, c’était une vraie plus-value.

Avez-vous dit au revoir à vos anciens partenaires Stade Français et quelles sont vos relations avec eux ?

On s’appelle et on a des groupes Whatsapp. Je me suis fait des frères au Stade Français, et j’en ai déjà au Racing. J’ai fait un rendez-vous avec tous les joueurs dans le vestiaire pour leur dire: "Je sais que ça va vous faire de la peine mais dès la semaine prochaine, je serai avec les gars du Racing". Le plus dur pour eux, c’était que je parte chez l’ennemi. Et c’est compréhensible. C’est de plus en plus rare qu’un joueur reste toute sa carrière dans le même club. Le rugby évolue, même si c’est beau et que j’admire ça. Un mec comme Henry (Chavancy), c’est extraordinaire, pareil pour Maxime Médard qui est au Stade Toulousain depuis des années.

Le staff du XV de France, lui, doit se réjouir de vous voir évoluer aux côtés de Vakatawa toutes les semaines…

Laurent Labit (entraineur des lignes arrières) m’a soutenu par messages en me disant: "N’écoute pas ce qui se dit autour de toi, on connait tes qualités, ton côté humain, continue à bien travailler, et on aura besoin de vous en équipe de France". C’est sûr que de jouer la Champions Cup et les phases finales, ce serait une marge de progression pour moi. Gagner un titre avec le Racing dès cette saison, ce serait énorme.

Vous n’aviez que très peu expliqué votre départ du Stade Français pour le Racing. Pourquoi acceptez-vous de le faire aujourd’hui ?

Je voulais d’abord m’intégrer et digérer. Si j’avais répondu à chaud, tout le monde aurait cru que je voulais me venger. Je souhaitais simplement m’exprimer en disant la vérité. Ce que je vous ai dit, c’est exactement ce qui s’est passé. Tous les joueurs pourront vous le confirmer. Sur ça, je n’ai aucun problème. J’avais vu que ça jasait autour de moi et je ne voulais pas répondre de façon agacée pour donner raison aux critiques. J’ai vu que des joueurs s’étaient permis de donner des jugements. Le plus important, ce sera le terrain. Et je sais ce que je dois faire sur le terrain pour régler toutes les pensées négatives.

Jean-François Paturaud