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La Rochelle: Gabriel Lacroix explique pourquoi il prend sa retraite à 27 ans

Blessé depuis janvier 2018, Gabriel Lacroix, a décidé de raccrocher à seulement 27 ans. Trois dernières années au cours desquelles l’ailier de La Rochelle a subi plusieurs opérations lourdes suite à une blessure au genou droit avec greffe d’os, plaques, vis dans le cartilage, et morphologie de jambe modifiée. Malgré toute sa volonté, le corps ne lui permet pas de continuer à être un joueur de rugby professionnel aujourd’hui. Le néo-retraité revient pour RMC Sport sur ses trois dernières années et cette décision qui lui ouvre une nouvelle vie.  

Gabriel Lacroix, vous avez donc décidé de prendre votre retraite à seulement 27 ans après trois ans de blessures et de galères…  

Ma carrière aura été plutôt courte c’est vrai, ce sont malheureusement des choses qui arrivent. Je n’ai pas eu le choix de la fin de ma carrière qui est arrivée sur cette blessure. Cela devait arriver c’est la vie, il y a des choses plus graves.  

Cela a été une décision difficile à prendre?  

Je n’ai pas eu le choix, c’est la médecine du travail qui prend la décision pour moi. Depuis ma dernière opération, très lourde, c’était déjà très compliqué. Les médecins et les spécialistes me préparaient doucement au fait que ma reprise était très compromise au niveau professionnel. Mentalement je m’y préparais. Depuis six ou huit mois j’ai essayé de bien me rééduquer après ma dernière opération, mais j’ai vu dans l’évolution de mon genou qu’il n’y aurait pas de reprise. J’ai été convoqué à la médecine du travail en janvier, et ils m’ont déclaré inapte au rugby professionnel.

Cela été dur, très dur. Physiquement et mentalement. J’ai eu des opérations assez lourdes. J’ai eu et j’ai encore de grosses douleurs à mon genou. Et mentalement c’est compliqué d’être éloigné des terrains si longtemps. J’avais pris la décision avec ma famille de rentrer à Albi, un an après ma dernière chirurgie pour me ressourcer, il fallait que je sorte du cadre du rugby professionnel car cela fait deux ans que je galérais au même endroit.  

Après ces trois ans difficiles, est-ce quelque part un soulagement de dire stop?  

C’est surtout au niveau mental parce que je savais que je ne pourrais plus rejouer, mais j’étais toujours sous contrat et rattaché quelque part au monde du rugby professionnel. C’était compliqué pour tourner la page. Aujourd’hui c’est vraiment fini, je peux tourner la page tranquillement. Je peux vraiment basculer sur ma reconversion.

Quel a été votre quotidien depuis le 13 janvier 2018 et cette blessure au genou droit face à l’Ulster?  

Opération, post-opératoire, on se soigne, on refait de la kiné, puis de la réathlétisation. Puis on trottine à nouveau, on a encore des douleurs, mais on continue à forcer dessus car on se dit que cela va passer. Mais ce n’est pas le cas. Un cycle qui s’est répété.  

Y-a-t-il eu des moments où vous avez cru revenir en forme ou à l’inverse voulu tout arrêter?  

Oui il y a eu des moments très brefs où je me suis dit 'ça y est je vais réussir', quand j’arrivais à finir une séance où cela se passait plutôt bien mais le lendemain cela redescendait très vite car je ne pouvais plus rien faire… 

Comment va votre jambe aujourd’hui?  

On me dit que cela me gênera toute ma vie, mon genou est très abimé, il faut que je fasse avec. Je suis conscient que je ne fais pas tout non plus pour aller bien, je suis un accro au sport, il faudrait que je le laisse un peu tranquille mais c’est dur. J’ai vraiment un besoin de transpirer tous les jours, je fais un peu de tout. Ce qui est sûr c’est que l’adrénaline va me manquer, je vais en avoir besoin et par quoi je vais la remplacer, je ne sais pas.  

Quel moment fort retenez-vous de votre carrière?  

Les rencontres que j’ai faites grâce au rugby, mes amis, des personnes très importantes comme Benjamin Bagate, des amis que je garderai.  

Il y a aussi ce match en novembre 2017 face aux Blacks, et la sélection avec les A face au Japon. A ce moment-là l’avenir semblait plus éclairci…  

C’était un moment magique! Je n’oublierai jamais le match à Lyon contre les Blacks. Mais je ne me suis jamais projeté, je prenais les choses comme elles venaient, et ce jour-là j’en ai beaucoup prises.  

A quoi va rassembler votre vie désormais? Quels vont être vos prochains défis?  

C’est la grande question, je ne sais pas. C’est très compliqué de basculer sur autre chose quand on n’a fait que du rugby et qu’on n’a pas eu le temps de préparer la fin, que cela arrive un peu subitement. Pour l’instant, je pars un peu dans tous les sens, je verrai les opportunités que j’ai. Ma chance c’est que je suis toujours assez jeune, si je dois reprendre des études ou faire une formation assez longue pour mon futur métier, j’aurai le temps.  

Anthony Rech