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Marti (UBB): "Sans effort collectif, il n’y aura plus de rugby professionnel pendant quelque temps"

Entretien RMC SPORT - Largement en tête de la saison régulière, l’UBB a vu ses rêves de titre s’envoler avec le Covid-19 et la fin de saison désormais actée. Le président girondin Laurent Marti ne demandera pas de titre mais gardera malgré tout de beaux souvenirs.

Laurent Marti, la saison 2019-2020 est donc terminée…

Oui, elle est terminée. Et ça se comprend très bien car les conditions sanitaires ne permettent pas de la finir correctement.

La santé était la priorité…

Oui, c’est ce que j’ai dit depuis le début. Dans un premier temps, il y a un mois et demi, je me suis battu pour qu’on puisse finir cette saison si les conditions sanitaires le permettaient, en la rendant la plus équitable possible. C’est-à-dire avec des quarts de finale en qualifiant les huit premiers alors que l’UBB avait beaucoup d’avance (ndlr : 8 points d’avance sur son dauphin, le LOU, 15 sur le troisième, le Racing 92, ou encore 20 sur la sixième place occupée par La Rochelle). Mais j’avais bien précisé que ce serait le gouvernement et le Covid qui décideraient. Voilà, ils ont décidé. Malheureusement, nous ne sommes pas encore sortis d’affaire. Il y avait un vrai risque de faire reprendre les joueurs, un risque pour leur santé car ce virus a une affinité pour le cœur. Très rapidement, je me suis rangé à ce que j’avais dit: pas de phases finales à l’arrache en août à huis clos, cela n’aurait ressemblé à rien.

"On ne demandera pas le titre de champion"

Est-ce frustrant quand on est en tête du championnat?

Oui, au tout début, c’est frustrant quand on se dit que ça pourrait mal se terminer. Pendant huit à dix jours, on a du mal à réaliser ce qui arrive. Puis, on prend conscience qu’il y a d’autres priorités. On voit qu’il y a des morts tous les jours, des malades et des gens qui perdent leurs emplois. On a réalisé une saison magnifique durant deux-tiers de l’exercice. Jamais un club de Top 14 n’avait eu autant d’avance à la 17e journée. J’ai fait sortir des statistiques sur les six dernières années. On a fait du beau jeu, on a marqué beaucoup d’essais, avec 25.000 spectateurs de moyenne, personne ne fera mieux pendant très longtemps. J’en suis sûr. On ne pourra pas nous l’enlever. On le fêtera avec les joueurs et le staff quand le contexte le permettra. Ce n’est pas matérialisé par un titre mais franchement, il y a plus grave. On aura prouvé que le travail de longue haleine s’était matérialisé par d’excellents résultats.

Voilà quelques semaines, vous nous aviez indiqué que l’UBB ne demanderait pas le titre dans ces conditions. Etes-vous toujours du même avis?

Je suis fidèle à ce que je dis depuis le début. On ne demandera pas le titre de champion.

Certains ont parfois douté de votre sincérité ces dernières semaines…

(Rire) Je n’ai pas tout regardé ni tout entendu, mais même quand vous ne le faites pas, on vous le rapporte. J’ai été parfois consterné. A titre personnel, je vais sortir, de cette crise, fier de mon attitude. Je ne suis pas sûr que ce soit le cas de tout le monde. J’ai été fidèle du début à la fin à ce que j’avais dit. J’aime le sport, je suis un compétiteur, je ne supporte pas l’injustice et je me bats pour l’équité. Les médisants, les jaloux, les frustrés, on ne peut rien contre eux. Il faut leur pardonner. C’est parfois passager.

Quels souvenirs garderez-vous de cette saison magnifique mais sans titre?

La cause de l’interruption est tellement plus grave qu’un titre... Quand je me penche sur la saison sportive, je n’ai que du bonheur. Les gens me disent que c’est incroyable que ça arrive cette année-là, c’est vrai, mais on aura au moins connu cette année où on l’a largement dominé le championnat et un stade Chaban-Delmas en liesse. C’est fabuleux. On peut être critiqué, on n’aura pas le nom sur le Bouclier puisqu’on ne l’aura pas gagné évidemment, mais tous nos adversaires et nos supporters se souviendront quand même de cette année fabuleuse de l’UBB et de ce spectacle que nous avons donné.

"La seule chose qu’on sait, c’est qu’on ne sait rien"

La saison prochaine est prévue pour le premier week-end de septembre mais tout le monde est encore dans le flou et surtout dépendant de l’évolution de la pandémie…

C’est l’autre point très difficile à vivre. Pour en avoir parlé avec la Ministre des Sports qui nous a gentiment écouté ce matin, la seule chose qu’on sait, c’est qu’on ne sait rien. On va de quinze jours en quinze jours. Je ne suis pas certain que l’on revoit du rugby en septembre, même à huis clos. Le sport est face à cette inconnue totale.

Des huis clos à répétition pourraient avoir des conséquences dramatiques sur l’avenir économique des clubs…

Nous avons alerté la Ministre sur ce point. Si nous devions reprendre à huis clos à la rentrée, la première nouvelle serait déjà que le Covid est encore là et fait des dégâts. Je ne suis pas sûr que ce serait le remplissage des stades qui nous inquiéterait le plus... Mais si on revient au sport et à son économie, ce ne serait pas possible pour les clubs. 80% des recettes des clubs se font au stade, pour 20% de droits télé. On ne pourrait pas. On assisterait à des dépôts de bilan en série sans aides particulières. Tout le monde devra faire des efforts. C’est entre nos mains. Sans effort collectif, il n’y aura plus de rugby professionnel pendant quelque temps.

Propos recueillis par Jean-François Paturaud