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Pourquoi les transferts affolent de plus en plus le Top 14

Racing 92 : Gaël Fickou face à ses anciens partenaires du Stade Français

Racing 92 : Gaël Fickou face à ses anciens partenaires du Stade Français - ICON Sport

Transferts de plus en plus fréquents, joueurs recrutés un an avant leur arrivée, les mouvements sont de plus en plus fréquents et précoces en Top 14. Si sportivement les équipes luttent pour remporter des titres, en coulisses la plupart des clubs ont déjà très bien avancé leur recrutement pour la saison prochaine. RMC Sport décrypte la nouvelle donne des mutations dans le rugby pro.

Le rugby professionnel est devenu une affaire de gros sous. Cheslin Kolbe à Toulon, Gaël Fickou et Baptiste Pesenti au Racing, Clément Castets au Stade Français, les transferts sont de plus en plus nombreux et réguliers. Les recrutements sont en général bouclés bien avant la période officielle des mutations, au printemps. "Le rugby évolue. Par rapport au football, on a 15 ou 20 ans de retard, analyse Gaël Fickou, le centre du Racing arrivé du Stade Français en cours de saison dernière. Je vois tous les commentaires sur les réseaux sociaux qui disent que c’est une honte mais aujourd’hui le joueur a besoin de savoir de quoi sera fait son avenir. Il joue pour un club, il aime son club mais il a besoin de visibilité pour sa famille, pour ses projets, son ambition. Il faut faire évoluer les mentalités. Les transferts font partie du futur."

Les clubs ne peuvent entrer en discussion avec les joueurs que lorsqu’ils entament leur dernière année de contrat. Avant, c’est interdit sur le papier. Si des joueurs sont désirés hors de ces périodes, les deux clubs peuvent négocier une indemnité de départ. Les contrats, eux, ne peuvent être signés qu’entre début mai et fin juin, dates officielles de la période des mutations. "Les mutations ont toujours existé, analyse l’agent sportif Miguel Fernandez président d’Intervals le syndicat des agents sportifs. Il n’y en a pas plus ou moins qu’avant. Statistiquement, 90% des joueurs vont au bout de leur contrat. On parle d’une poignée de joueurs. En Top 14, il y a potentiellement 5, 6 clubs acheteurs ce qui limite énormément ce type de mutations que l’on pourrait comparer au foot. Le rugby en soit est un tout petit marché." Sauf que les sommes générées sont bien plus importantes que par le passé.

Lombard : "On assiste à un phénomène nouveau et je trouve ça un peu gênant"

"Il faut vivre avec son temps, lance le Directeur Général du Stade Français Thomas Lombard. Aujourd’hui, on a des capitaines d’industries à la tête des clubs. Ils ont des moyens qui ne sont pas les mêmes que ceux du passé. C’est vrai qu’on assiste à un phénomène qui est nouveau. Je trouve ça un peu gênant. Quand les deux parties sont d’accord pour se séparer, pourquoi pas… Si c’est un joueur ou un club qui dit : "on ne compte plus sur toi, débrouille-toi pour trouver une porte de sortie ou j’ai envie de partir parce que j’ai un contrat mais je ne suis plus bien ici", je trouve ça un peu plus discutable."

Les négociations sont de plus en plus âpres et les clubs ne se privent plus de communiquer très tôt sur leur recrutement parfois avec un an d’avance. "Ce qui pose problème dans le milieu du rugby ce n’est pas tant les mutations, c’est l’annonce, poursuit Miguel Fernandez. Quand est-ce qu’on le fait ? Quand communique-t-on ? Parce que ça peut déstabiliser un club de savoir qu’il a un élément qui part. Ça, on pourrait essayer de l’encadrer. Il y a eu des tentatives. Le système des mutations fonctionne mais il faut trouver une solution pour les annonces liées au recrutement." Les joueurs, eux, se retrouvent souvent dans des situations bien compliquées à gérer sur le plan mental.

Fernandez : "Une certaine logique dans les montants des transferts et les émoluments des joueurs"

Exemple concret à La Rochelle où Jules Plisson sait qu’il ne sera pas conservé avec la future arrivée d’Antoine Hastoy (Pau) mais qui doit continuer à performer jusqu’en fin de saison. "Quand tu es joueur, que tu sais que ton club recrute pendant les vacances, tu sais que ta saison elle sera ce qu’elle sera, souffle l’ancien demi d’ouverture du Stade Français. Il faut trouver les ressources pour continuer à être bon. Il faut le digérer parce que ce n’est pas facile. Mais j’ai pu profiter de ce système pour quitter le Stade Français et venir à La Rochelle." Difficile malgré tout de garder un niveau de performance élevé avec ce couperet au-dessus de la tête. "C’est comme si en tant que salarié dans une entreprise votre patron vient vous voir pour vous dire que dans huit mois vous êtes viré, compare l’agent sportif. Mais en 20 ans de rugby, je n’ai jamais vu un joueur non conservé baisser les bras."

Plus que le nombre de transferts en augmentation, ce sont surtout les montants de certaines transactions qui ont interpellé. Le départ de Toulouse de Cheslin Kolbe à Toulon pour un salaire dépassant le million d’euro et une somme de moins de deux millions d’euros, avec un savant montage financier, pour acquérir le champion du monde sud-africain. "Il y a une certaine logique aujourd’hui dans les montants de transferts et les émoluments des joueurs, continue Fernandez. L’argent est plus présent, on vit la croissance d’un sport qui est plus professionnel. On n’a pas le recul qu’ont les footballeurs ou les sports américains. Mais il faut relativiser, on parle d’un sport qui est une niche. C’est subjectif mais je pense qu’on vit à l’ombre du foot dans lequel le mercato est un évènement pour le consommateur. J’ai la sensation que dans le rugby on a tendance à en faire beaucoup quand il y a un transfert ce qui n’arrive que trois, quatre fois par saison." Contrairement au foot, entre les jokers médicaux, les joueurs supplémentaires et les négociations de contrat, le mercato des rugbymans dure lui toute l’année. Les clubs continuent de travailler en coulisses pour construire le plus rapidement possible leur effectif de la saison prochaine.

NP