RMC Sport

Stade Français: "Quesada n’est pas en danger", selon Lombard

Après un début de saison raté, la victoire contre Clermont dimanche (22-14) a redonné un peu de sérénité au Stade Français cette semaine. Le directeur général parisien Thomas Lombard, qui attend encore davantage de ses joueurs, s’est longuement confié pour RMC Sport. Il conforte le manager Gonzalo Quesada mais ne ferme pas la porte à un renforcement du staff dans les semaines à venir tout en étant optimiste pour la suite de la saison. L’occasion de revenir plus globalement sur les premiers matchs mais aussi le cas du All Black, Ngani Laumape.

Thomas Lombard, la victoire contre Clermont, dimanche dernier, est-elle un soulagement ?

(Sourire) Oui, il y a un peu de soulagement. Il faut remettre les choses en perspective. Il y a eu beaucoup d’affolement auquel nous avons essayé de ne pas céder. On a conscience qu’il y a beaucoup d’attentes envers le club. Nous n’étions qu’au début de saison. La saison dernière, nous avions connu deux déconvenues contre Bayonne et le Racing sur nos premières réceptions. Oui, il y a du soulagement car une pression était tombée sur le club et il fallait inverser la spirale. Sur ce match, nous avons davantage joué à notre vrai niveau, même si on laisse des occasions en route, ce qui est le signe d’une équipe pas encore totalement en confiance. J’espère qu’on pourra gagner en régularité et en termes d’engagement de la part des joueurs pour retrouver un peu de sérénité dans les semaines à venir.

Comment expliquez-vous vos difficultés de ce début de saison ?

On ne l’a pas identifié, sinon on aurait travaillé dessus. Ce serait trop simple. Peut-être qu’on s’est un peu trop reposé sur notre fin de saison dernière, en se disant que ça allait rouler tout seul. La préparation, les deux matchs amicaux gagnés contre Brive et Montpellier nous ont peut-être bercé avec certaines illusions. Nous sommes tombés de notre piédestal sur le match inaugural contre le Racing. Après, les choses se sont mal engagées, même si perdre à Bordeaux ce n’est pas forcément une honte. Ce qui a posé problème, c’est plus la performance à Toulon. On a eu le sentiment d’une démission ou en tout cas d’un manque de rébellion de notre équipe. Heureusement qu’il y a eu cette réaction contre Castres. Nous avons peut-être été un peu trop naïfs, mais il faut rappeler que nous avons un groupe jeune. Nous sommes dans la phase deux de notre projet, avec l’arrivée de Gonzalo (Quesada) la saison dernière, une équipe en train de se construire. On ne peut que s’améliorer.

On ne reconnaît pas cette équipe, notamment dans l’animation offensive, par rapport à la saison dernière…

Le rugby ambitieux, on le produit à l’entraînement. On sait qu’il y a un gap important entre ce que l’on fait à l’entrainement et ce que l’on propose en match. Mais ça passe par la confiance qui s’obtient par les résultats et les victoires. Un certain nombre de doutes se sont mis en place, avec des joueurs qui ont besoin de prendre leurs marques. J’espère que la victoire contre Castres en infériorité numérique et celle contre Clermont nous permettront d’obtenir un peu plus de confiance et de certitudes pour le déplacement à Perpignan.

Ce groupe ne manque-t-il pas de leaders ?

Oui, mais les leaders se construisent dans les périodes de sérénité. Emerger, prendre la parole et des initiatives, ça demande un cadre que les coachs essaient de construire. Il faut un peu de stabilité. Jusqu’à présent, on a un peu connu les montagnes russes, avec des cycles très performants mais aussi parfois très inquiétants.

Justement, des leaders sont partis au fil de ces dernières saisons…

Oui, des choix ont été faits de se séparer d’un certain nombre de joueurs qui apportaient beaucoup et qui apportent dans les clubs où ils sont. Mais il ne faut pas regarder en arrière, il faut regarder vers l’avant. Maintenant, il est temps que certains prennent les choses en main, comme des Arthur Coville, Joris Segonds et d’autres qui doivent s’imposer au gré de leur palmarès, de ce qu’ils ont accompli et en raison du poste qu’ils occupent. Les joueurs croient à ce projet, je n’ai pas l’impression qu’il y ait une distorsion dans l’adhésion ou une remise en question. Un projet doit être incarné et les leaders doivent générer d’autres leaders.

Vous évoquiez les joueurs cadres. Le All Black Ngani Laumape, arrivé cet été, devait être l’un des tauliers, mais il est très, très loin de son meilleur niveau depuis le début de saison. Etes-vous déçu de ses performances ?

Oui, pour le moment. Entre ce que Ngani Laumape était capable de produire aux Hurricanes et avec l’équipe de Nouvelle-Zélande, et ce qu’il donne aujourd’hui au Stade Français, il y a un fossé qu’il va falloir combler. Nous sommes aussi lucides par rapport à l’histoire de ces transferts, ces joueurs qui viennent d’un championnat lointain, et du temps d’acclimatation dont ils ont besoin par rapport au Top 14, au système, à la langue. On travaille sans essayer de lui mettre trop de pression, car ça ne serait pas constructif. Il faut lui rappeler qu’il a un statut à respecter et des marqueurs qu’il doit cocher. Pour le moment, il est en décalage. Mais être sous la pression et la contrainte, ce n’est pas ce dont on a besoin. Il veut s’intégrer et être un leader de cette équipe, mais avec la barrière de la langue... Quand il jouait en Nouvelle-Zélande, il avait un joueur nommé Beauden Barrett juste avant lui. Il faut aussi comprendre tout cela et en tenir en compte. Tout le monde doit travailler conjointement pour tirer la quintessence d’un joueur avec un potentiel extraordinaire.

On a aussi beaucoup parlé de l’avenir de votre staff. La victoire contre Clermont a-t-elle conforté Gonzalo Quesada, Laurent Sempéré et Julien Arias ?

On n’est pas là pour surréagir. C’est vrai que nous avons fait un peu l’actualité. C’est le jeu actuel mais nous ne sommes pas les seuls. Un projet a été écrit sur le moyen terme, pour ne pas dire sur le long terme. Gonzalo est une pierre très importante dans cet édifice. Il est là pour s’inscrire dans la durée mais on sait aussi qu’un coach est aussi fragilisé par les résultats. L’idée n’est pas de tout envoyer balader et de tout remettre en question, mais de trouver la bonne carburation. Cela passera peut-être par des ajustements. Mais il n’est pas question aujourd’hui de remettre en question l’engagement de Gonzalo à la tête du club ni du projet sportif.

Pour être clair, il n’est pas menacé ?

Non, il n’est pas menacé.

Vous évoquiez des ajustements, cela peut-il passer par un renforcement du staff ?

Oui, on a un staff très expérimenté du côté de Gonzalo, et qui l’est moins chez Laurent (Sempéré) et Julien (Arias) qui sont des jeunes coachs irréprochables dans leur implication au quotidien. Ils sont encore en phase d’apprentissage. Kobus Potgieter est déjà venu apporter un peu plus de savoir-faire et une ressource supplémentaire dans un staff de trois personnes. Quand on regarde ce qui se fait à côté, nous ne sommes pas un staff extrêmement garni. Si on n’arrive pas à retrouver de la sérénité, il faudra sans doute identifier dans les semaines qui viennent des manquements et les moyens de les combler.

Comme ailleurs, les noms de Xavier Garbajosa, avec qui vous aviez discuté voilà quelques mois, et Franck Azéma, reviennent…

Oui, on parle de ceux qui sont sur le marché, de garçons très compétents qui ont mené des projets. Mais la question est de savoir s’ils doivent s’inscrire dans le projet du Stade Français, comment le faire et maintenir la stabilité dans un staff. C’est comme une équipe, des gens qui doivent être extrêmement solidaires les uns des autres. Il ne faut pas mettre en péril cet équilibre en se disant qu’en faisant entrer quelqu’un en plus on va trouver la solution. Nous avons une équipe au moins aussi bonne, si ce n’est meilleure que la saison dernière, maintenant on doit trouver les bons réglages. Il y a une question de confiance mais aussi probablement d’implication et d’exigence plus forte des joueurs. Est-ce qu’une composante supplémentaire dans le staff amènera ça ? C’est possible mais pas certain non plus. C’est toujours en réflexion. Les semaines à venir, et dès ce week-end face à une équipe de Perpignan très enthousiaste à domicile, vont nous amener des réponses.

Quels sont désormais les objectifs du Stade Français ? La lutte pour le maintien ou le haut de tableau ?

On va essayer de jouer à notre niveau qui, je pense, se situe plus dans la première partie de tableau que dans la deuxième. Il faut être cohérent, ce qui ne veut pas dire ne pas être lucide. Aujourd’hui, neuf clubs sont au salary cap. Tout le monde dit que le Stade Français a le plus gros budget, mais le Stade Français a beaucoup de charges. Nous n’avons pas plus de moyens que les huit autres clubs qui sont au taquet du salary cap. On a certain nombre d’atouts, les autres aussi.

Propos recueillis par Jean-François Paturaud