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Top 14: Agen, une "saison noire" interminable et l’espoir de revenir "plus fort"

Toujours aucune victoire pour le SU Agen en Top 14 après 21 matchs disputés. Une saison éprouvante et traumatisante pour un club qui espérait pouvoir lutter pour le maintien. D’ores et déjà relégué en Pro D2, le SUA se projette sur ce qui l’attend avec appétit et ambition.

Les chiffres font peur. Alors qu’il reste encore cinq matchs de Top 14 à jouer pour le club lot-et-garonnais, Agen ne compte que 2 petits points de bonus au classement: 21 défaites en 21 matchs, 34 points de retard sur le barragiste Pau et une différence de points de –556. Depuis le 22 février 2020, les supporters agenais n’ont plus assisté à une victoire de leur équipe. N’en jetez plus. "Pour nous, depuis quelques mois, c’est un long chemin de croix, souffle le président Jean-François Fonteneau. Il est évident qu’on se concentre sur la saison prochaine. C’est très difficile à vivre. On est impuissant, ça va très vite. On vit une saison noire."

Il y a certains signes qui étaient annonciateurs de cette déroute. Agen a été le premier club frappé par le Covid-19 en pleine préparation avant de se voir détecter des cas de variant britannique en cours de saison. "Je ne dis pas que ça a conditionné nos résultats de début de saison, poursuit Fonteneau. Mais ça nous a vraiment fragilisé." Au club, on a hâte que la saison se termine pour boucler cet exercice au cours duquel rien n’aura souri au SUA. "C’est épuisant, confie le nouveau manager Régis Sonnes, arrivé au mois de novembre. Mais je n’ai fait qu’une demi-saison. J’imagine ceux qui sont là depuis le début, que ce soit le staff ou les joueurs… Je ressens beaucoup de fatigue mentale, physique."

Philippe Sella: "Je n’ai jamais connu une saison comme celle-là"

Les supporters encore présents lors des séances d’entrainement, et à chaque départ du bus avant les déplacements, souffrent chaque weed-end. "Très malheureux, lâche Jean. C’est un tribut qu’on paye et qui va nous marquer pendant longtemps mais on n’a pas peur de descendre. On est habitué. Je préfère me stabiliser 2 ans en Pro D2 avant de viser à nouveau la montée plutôt que revivre une saison calvaire comme celle-là." Pourtant les dirigeants auront essayé d’inverser la dynamique.

En remplaçant Christophe Laussucq par Régis Sonnes, qui est arrivé avec un nouveau staff, en écartant certains joueurs (Vaka, Puletua et Taulagi) après la déroute 71-5 contre l’UBB, en laissant le groupe en autogestion... Rien n’aura donc fait pencher la balance. "Une saison comme ça, je n’en ai jamais connu, analyse Philippe Sella, légende d’Agen et président du centre de formation. Ce vécu doit servir pour l’avenir. Il y a toujours une crainte quand il y a une descente, mais il y a aussi toujours des espoirs avec de nouveaux projets. On a un projet qui doit permettre au club de rebondir. Il faut avoir cette volonté de viser le Top 14. Il ne doit pas y avoir d’urgence mais il faut une véritable construction pour solidifier le club."

Miser sur la jeunesse dans un nouveau stade pour reconstruire

Utiliser ce traumatisme pour se reconstruire. "Il faut que ce soit une opportunité, un acte fondateur pour le futur, confie Sonnes. Se rappeler d’où on vient pour être encore plus fort. Et j’ai le sentiment que cette épreuve, parce que c’est une épreuve, va nous rendre plus fort." Le plus petit budget du Top 14 (13,9 millions d’euros contre 34,7 au Stade Français ou encore 20,8 à Pau) va pouvoir s’appuyer sur son centre de formation. Le SUA a été élu meilleur club formateur de France il y a 2 ans (3e cette saison) et sort chaque année de jeunes joueurs prometteurs. "On doit se situer dans les 20 meilleurs clubs français", explique Fonteneau. "On va miser sur la jeunesse, sur l’identité et la culture locale de ce club, poursuit Régis Sonnes. Il va falloir reconstruire l’effectif, s’appuyer sur cette formation en encadrant les jeunes par des joueurs importants."

Agen va également pouvoir entamer une nouvelle dynamique avec l’apport d’un nouveau stade. Les travaux de rénovation ont débuté à Armandie avec de nouvelles tribunes, de nouveaux espaces réceptifs pour les partenaires et un aménagement du secteur sportif. "On a l’ambition, avec notre nouveau stade et toutes les activités périphériques et les ressources que l’on aura, d’augmenter notre budget, développe le président Fonteneau. Et donc d’élever notre niveau de jeu." Habitué à faire le yo-yo entre Top 14 et Pro D2, le SU Agen, club historique du championnat de France aux 8 boucliers de Brennus, compte bien solder au plus vite cette saison et entrevoir enfin l’avenir avec beaucoup plus d’optimisme.

Nicolas Paolorsi