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Top 14: "Couper avec le rugby n’a pas été déplaisant", confie un arbitre

Mathieu Raynal (38 ans) arbitre au plus niveau depuis maintenant douze saisons. Il a vécu son confinement familial à Thuir de manière paradoxal et l’a presque apprécié. Mais le Catalan attend aussi la reprise avec impatience. Explications.

Mathieu Raynal, comment s'est déroulé votre confinement?

Il s'est déroulé chez moi à Thuir, en compagnie de ma femme et de mon fils. Cela s'est passé comme pour tout le monde. Je n'ai rien de plus à raconter là-dessus que mes voisins, que vous. Le confinement s'est plutôt bien passé, cela faisait longtemps que je n'avais pas coupé, j'ai pu profiter de la maison, de ma famille. C'est une bonne chose aussi.

C'était en fait vos premières vacances depuis bien longtemps, finalement ?

C'est un peu particulier, oui. En 2013, j'avais été blessé et j'avais arrêté un an mais j'avais dû travailler physiquement tous les jours pour revenir. Mais il est vrai que pour nous, arbitres, les saisons s'enchaînent. On achève le championnat et on part tout de suite en tournée dans l'hémisphère sud au mois de juin. On revient pour le congrès des arbitres, on a ensuite les matchs amicaux mi-juillet. Donc on ne coupe qu'une semaine ou deux, on reprend la préparation physique, les matchs amicaux débutent mi-juillet puis on bascule sur le Four Nations dans l'hémisphère sud. Nos saisons s'enchaînent comme ça. On a très peu de temps pour poser des congés. Officiellement, depuis 2012, j'ai dû poser trois semaines de congés.

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Cela fait désormais plus de 100 jours que vous n'avez plus arbitré et il faudra patienter encore deux mois avant de pouvoir le faire. Y a t-il un risque de perdre ses réflexes, son "œil" ?

Je ne sais pas, on n'a pas arbitré depuis le début du confinement, effectivement. On verra, c'est sûr qu'il faudra un temps d'adaptation, d'autant plus qu'il y aura des nouvelles règles à mettre en place, à intégrer. Donc ça change un peu les 'process' qui sont les nôtres. Personnellement je travaille avec un préparateur mental, j'ai des règles bien établies. J'ai des enregistrements audios, donc il n'est pas nécessaire d'être sur le terrain pour travailler ses temps de réaction, ses réflexes. Les procédures qu'on applique sur le terrain, on peut le faire par imagerie mentale. Moi, c'est ce que je fais. Mais c'est vrai, il faudra un temps d'adaptation. Ce ne devrait pas être une perte énorme, Je pense qu’au bout d'un ou deux matchs de préparation, tout rentrera dans l'ordre.

Avez-vous déjà connaissance de votre programme de reprise physique et de matchs amicaux à arbitrer?

J'arbitrerai un match amical au mois d'août, Racing-LOU puisque je pars en stage au Racing 92. Les clubs demandent, dans le cadre de leur préparation, qu'un arbitre participe à leur stage pour échanger avec le staff et les joueurs, aider à voir ce qu'on peut mettre en place aux entraînements pour les nouvelles directives ou nouveaux règlements. Quasiment tous les clubs le font. Je sais que Toulouse demande systématiquement un arbitre lorsqu'il vont à Font-Romeu faire un stage. Montpellier, Clermont, le Racing aussi. Je serai donc en "stage arbitre" avec le Racing avant de les arbitrer le 21 août contre le LOU. Concernant la reprise physique, on va dire que je suis en phase 1, celle des tests médicaux. J'ai fait les analyses sanguines, un test de sérologie pour le Covid-19, j'ai un électrocardiogramme mardi. Ce n'est qu'à l'issue des résultats que j'aurais la mise en place du protocole de reprise. Je ne suis pas trop pressé car je sais que huit ou même six semaines de préparation physique, c'est largement suffisant. La vraie reprise n'aura lieu que fin août pour les matchs amicaux, dans plus de deux mois...

Êtes-vous restés en contacts entre arbitres ? Avez-vous constaté la souffrance chez certains de vos collègues ?

On est tout le temps en contact. On a un groupe WhatsApp pour les arbitres internationaux sur lequel on communique régulièrement. On a fait pas mal de visioconférences. Avec les arbitres français, c'est la même chose, et on s'appelle régulièrement. Cela fait plus de quinze ans qu'on arbitre ensemble, on se connaît très bien, on s'appelle pour prendre des nouvelles de la famille par exemple. Je n'ai rien ressenti de tout ça, ni stress; ni déprime. Il y en a par contre qui sont peut-être pressés de reprendre. A titre personnel, couper avec le rugby n'a pas été déplaisant finalement. Cela ressource aussi, couper avec l'activité physique, prendre le temps de régénérer. Parce qu’arbitrer des matchs de haut-niveau, répéter tout le temps la pression, le stress, la préparation, etc... Je ne vous cache pas que c'est parfois un peu usant mentalement, et on ne s'en aperçoit pas forcément. Donc ça fait du bien de couper, de se régénérer pour mieux repartir.

Laurent Depret