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XV de France, Gaël Fickou: "Bien sûr qu'on vise le Grand Chelem"

A 25 ans, Gaël Fickou est le joueur le plus capé des Bleus (54 sélections) sur ce Tournoi des VI Nations 2020. Une expérience qui lui permet d'apprécier encore plus la réussite actuelle du XV de France. Avant d'affronter l'Ecosse dimanche à Edimbourg, où il devrait être positionné à l'aile, l'habituel centre du Stade Français a confié ses ambitions au micro de RMC Sport, ce mardi à Marcoussis.

Gaël Fickou, votre première sélection remonte à mars 2013 contre l’Ecosse. Avant de retrouver cette équipe dimanche, vous rendez-vous compte du chemin parcouru depuis?

Plein de choses se sont passées depuis, des déceptions mais aussi des bons moments. Donc oui, je m’en rends compte mais je pense que c’est loin d’être terminé. Ce n’est encore que le début. C’est vrai que ça passe tellement vite qu’on ne se rend pas compte de la chance qu’on a d’être là.

Durant ces sept ans, vous avez beaucoup joué mais aussi beaucoup perdu avec les Bleus, alors que la dynamique est aujourd’hui bien meilleure. Savourez-vous d’autant plus?

Bien sûr, surtout comme vous l’avez dit après avoir beaucoup perdu avec l’équipe de France. Depuis la Coupe du monde et mêmes les matchs de préparation, nous sommes dans une dynamique positive. Ça fait six mois et j’espère qu’elle sera bonne encore des années.

Qu’est-ce qui a changé dans votre quotidien?

Le staff est beaucoup plus élargi, avec aussi beaucoup plus de joueurs mis à la disposition de l’équipe de France. C’est une vraie chance d’évoluer à 42 et ça permet d’intégrer de jeunes joueurs. C’est une étape forte dans notre réussite, même si ce n’est que le début. Le staff est aussi très compétent. Fabien met beaucoup d’exigence dans tout ce qu’il fait, nous sommes aussi hyper bien staffés dans le domaine de la préparation physique et du médical. Tout est mis à disposition pour réussir. Sur le terrain et en dehors, on se régale. C’est assez jouissif. A certains moments, c’est cadré, à d’autres on peut s’amuser et rigoler. C’est dû aux victoires, mais on a aussi conscience qu’il y aura des moments plus durs. Aujourd’hui, on prend énormément de plaisir. 

Commenciez-vous à être lassé ou découragé par les défaites?

Oui, c’est un cercle vicieux dans tous les cas. Quand des choses négatives arrivent, tout va avec, comme les blessures, le mauvais rebond et tout ce qui nous a fait défaut ces dernières années. J’ai l’impression que ça va un peu mieux, mais il faut rester vigilant et ne pas s’endormir. Le staff est vigilant mais je suis aussi vraiment impressionné par la maturité des plus jeunes joueurs. L’exigence dans cette équipe est impressionnante.

Le nouvel engouement, notamment du public, autour de cette équipe de France est réel. Comment le vivez-vous?

En sport, la roue tourne. Je pense qu’on a mangé notre pain noir et aujourd’hui on commence à voir les beaux jours. On sait qu’il ne faut pas s’emballer mais on les remercie d’ailleurs de venir nombreux aux entrainements et aux matchs. Ça nous permet d’avoir cette force en plus qui nous pousse à aller au-delà de nos limites. Il n’y a jamais rien sans rien et si ça arrive, c’est qu’on le mérite aussi. On est sur la bonne voie.

Tout cela vous donne-t-il encore plus envie de redorer le blason de l’équipe de France?

Bien sûr. Mais pour avoir vécu avec l’ancienne génération, on a toujours voulu redorer le blason de l’équipe de France. On s’est toujours donné à 200% et on n’a jamais triché avec l’équipe de France sauf que nous n’avions pas les armes pour le faire et qu’on ne rivalisait pas avec les autres équipes. Aujourd’hui, tout semble montrer que nous sommes en train de rattraper un peu ce retard, voire le dépasser. C’est encourageant et on a envie d’aller plus loin.

C’est-à-dire jusqu’au Grand Chelem ?

Oui le Grand Chelem et d’abord gagner l’Ecosse. Dans la vie, il faut être ambitieux et ne pas avoir honte de dire les choses. Bien sûr qu’on vise le Grand Chelem, ce serait mentir de dire le contraire. On sait qu’il y a des étapes avant. Avant le rendez-vous contre l’Irlande au Stade de France, nous avons un match très important ce week-end. Ce sera un des plus durs que nous aurons à jouer sur ce VI Nations.

Le Grand Chelem n’est donc pas un sujet tabou?

Non, on n’a pas de honte d’en parler, sauf qu’on sait d’où on vient. Il faut rester humble avant ces deux derniers matchs. Nous avons fait un très grand pas vers le Grand Chelem mais on n’y est pas encore. Ce sera un immense combat dimanche contre les Ecossais qui veulent nous faire tomber. Le statut change un peu et nous allons être attendus, ce qui n’était pas le cas avant. C’est toujours plus dur de chasser que d’être chassés. On reste comme on est, simple avec la banane.

Mais l’ensemble de l’équipe, et encore plus vous à titre personnel, vous devez avoir les crocs et envie de gagner enfin un titre avec les Bleus?

On se dit qu’on n’est pas très loin. Il nous reste deux semaines pour faire quelque chose de grand, quelque chose de beau. Ça fait tellement longtemps que l’équipe de France souffre… Je pense surtout à des amis avec qui j’ai joué ces dernières années, qui ne sont plus avec nous mais qui nous ont beaucoup aidés dans notre formation. Si aujourd’hui je suis comme ça, si Greg Alldritt est comme ça ou si Romain Ntamack est comme ça, c’est un peu grâce à des mecs comme Louis (Picamoles) et Guilhem (Guirado) qui nous ont appris plein de choses durant la Coupe du monde et ces sept dernières années durant lesquelles j’ai eu la chance de les côtoyer. Aujourd’hui, on gagne mais il faut garder les pieds sur terre. Et si ces mecs-là étaient encore avec nous, ils nous diraient encore la même chose.

Dimanche, vous devriez, comme à Cardiff, évoluer à l’aile pour la 8e fois seulement de votre carrière internationale, un poste que nous n’occupez jamais en club. Est-ce compliqué?

Dans ce système, on dézone beaucoup et je me retrouve souvent au centre. Je ne reste pas sur mon aile en attendant la balle. Il faut aller chercher les ballons. C’est pour ça que ça ne me gêne pas du tout. On a conscience que ce n’est pas le même poste et je fais tout pour que l’équipe aille bien. Tant qu’on gagne, c’est l’essentiel. Que je joue au centre ou à l’aile, ce n’est qu’un détail. Fabien (Galthié) m’a proposé d’aller à l’aile pour aider l’équipe et je l’ai fait avec plaisir. Il faut avoir tous les mecs les plus en forme sur le terrain. Arthur (Vincent) fait des supers matchs au centre, il a encore prouvé contre le pays de Galles qu’il a largement le niveau pour y jouer.

Le malheur des uns fait le bonheur des autres et cela vaut pour Teddy Thomas, sévèrement critiqué sur les réseaux sociaux après sa prestation moyenne à Cardiff… Vous qui êtes proche de de lui, comment le vivez-vous?

C’est injuste. Certes, il a fait des erreurs mais de là à le cibler comme ça… Mais c’est toujours ainsi avec lui, soit on l’encense et on le met au-dessus de tout, soit on le met plus bas que terre. Il ne mérite pas ça. Je ne doute pas de ses qualités. Tout le monde est conscient de ses qualités et il nous fera bientôt gagner des matchs, le plus rapidement possible.

Teddy Thomas ne s’est pas encore adapté à ce nouveau système défensif qui demande du temps selon le staff?

C’est un système difficile pour les ailiers. Il faut vite cibler la menace. Cela demande une force d’analyse assez rapide, il faut la détecter en peu de temps. Sinon, le ballon est passé. Ce n’est pas le même système que Teddy peut avoir en club. Il faut un temps d’adaptation. Moi, je l’ai assimilé car on l’a utilisé pendant la Coupe du monde et durant plusieurs mois. C’est plus facile pour moi que pour lui donc d’assimiler ce système. C’est pour ça que les coachs le soutiennent énormément et que tout le monde comprend que ce n’est pas simple. Mais je ne doute pas du niveau auquel il va revenir. C’est un joueur très important pour nous.

Le sentez-vous touché moralement?

Non, il a toujours la banane. Il a confiance en lui et il a notre confiance aussi. C’est juste que toujours la même chose avec lui… Il a l’habitude. Il est mature et très intelligent, il passe au-dessus de ça. Le plus important, c’est le regard que portent les coachs et les joueurs. Il sait qu’il y aura toujours des mecs qui l’aimeront et d’autres non. C’est une grande force chez lui.

Jean-François Paturaud