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XV de France: "La décision la plus difficile de ma carrière" confie Labit

Laurent Labit, co-entraîneur du Racing 92 depuis 2013, va rejoindre le staff du XV de France de Fabien Galthié après la Coupe du monde au Japon. Pour RMC Sport, il s'est longuement confié sur la décision "la plus difficile" de sa carrière, la fin de sa collaboration avec Laurent Travers et le sprint final du Racing en Top 14.

C'est la fin d'une aventure de quinze ans. En acceptant de rejoindre le staff du XV de France de Fabien Galthié après la Coupe du monde au Japon, Laurent Labit mettra un terme à sa collaboration avec Laurent Travers. Les deux hommes dirigent ensemble le Racing 92 depuis 2013, après avoir entamé leur périple commun en 2005 à Montauban, puis à Castres. "Forcément, c'est Laurent qui va le plus me manquer" reconnaît le technicien de 50 ans. 

"La décision la plus difficile de ma carrière"

Le duo Labit-Travers, c'est un titre de champion de France de Pro D2 (avec Montauban en 2006), et deux sacres en Top 14 (2013 avec Castres, 2016 avec le Racing) en quatorze saisons professionnelles. "Forcément, nos engueulades, nos désaccords, comme nos bons moments vont me manquer" a-t-il souligné. La décision de rejoindre l'équipe de France est mûrement réfléchie: "Sportivement, professionnellement, c’est la plus difficile depuis que je joue, depuis quarante-cinq ans que je suis dans le rugby, raconte Labit. J’ai fait des choix de joueurs, de changer de clubs, d’horizon, d’entraîneurs depuis 15 ans mais c’est la plus difficile par rapport au club et à Laurent. Je crois qu’aujourd’hui, elle est prise. Je vais retenir tout le positif qu’on a fait ensemble, tout ce qui a marché. On a besoin, lui et moi, de se rebooster, de se lancer un nouveau défi. C’est le cas pour moi, ce sera aussi différent pour lui ici. J’espère qu’il continuera à réussir comme il l’a fait jusqu’à présent." 

Galthié, l'homme du changement 

Pour comprendre cette décision, deux éléments. L'équipe de France tout d'abord: "C'était une ambition. J’ai pris tous les éléments en compte et je considère que c’est pour moi le bon moment d’y aller, avec la bonne personne aussi, pour préparer la Coupe du Monde qui sera dans 4 ans en France, explique Labit. Il y a un énorme défi pour nous aussi, c’est de redonner au rugby français la place qu’il doit avoir. Et une bonne image aussi. C’est beaucoup de fierté aussi parce que ça fait 15 ans que j’entraîne dans le monde professionnel, mais l’équipe de France, c’est le monde professionnel et le monde amateur qui sont réunis. S’il n’y a pas de base, il n’y a pas d’élite."

Et la bonne personne donc, c'est Fabien Galthié. Les deux hommes se connaissent depuis leurs années de joueurs à Colomiers à la fin des années 90. Ensemble, ils ont remporté le Challenge européen en 98, avant d'atteindre la finale de la Coupe d'Europe l'année suivante. Ils étaient d'ailleurs réunis récemment pour célébrer les 20 ans de cette aventure avec leurs anciens coéquipiers et leur entraîneur de l'époque, l'actuel sélectionneur Jacques Brunel. L'arrivée de Galthié a la tête du XV de France pour l'après-Coupe du monde été déterminante. "C’est justement parce que c’est Fabien, sinon je serais très certainement resté avec Laurent" souligne Labit. 

Labit avec les Bleus après le Japon

Si l'ancien entraîneur du Stade Français, Montpellier ou encore Toulon rejoindra prochainement l'encadrement actuel des Bleus pour les épauler lors du Mondial, Laurent Labit devrait attendre jusqu'en novembre. "Ce n’est pas encore défini mais il y a de grandes chances que je reste ici, explique-t-il. Le championnat va démarrer le 24 août, donc il faudra aussi être là pour commencer le travail avec les joueurs et les clubs. On sait très bien que la réussite du XV de France passe inévitablement par les clubs. Donc il faut commencer à rencontrer les joueurs et les encadrements avec lesquels on veut fonctionner et expliquer comment on va travailler. (...) Il faut aussi respecter le staff du XV de France qui est en place, pour bien finir. Respecter leur travail et les personnes qui sont là, ils ont une aventure extraordinaire à vivre. Ce serait précipité pour moi." 

Une nouvelle vie 

Passer d'un club au XV de France, la marche peut effrayer plus d'un entraîneur, Laurent Labit en a bien conscience. "Je sais que ça sera une vie complètement différente après, juge-t-il. J’en ai parlé avec beaucoup d’entraîneurs, de sélectionneurs, j’ai pris les informations nécessaires." Un rythme de vie différent à assimiler, après des années à travailler au quotidien pour un club. "Ça me fera drôle tous les jours de ne pas aller au club et de rester chez moi à travailler, reconnait Labit. De prendre la route et d’aller dans les clubs, de voir les matches le week-end avec moins de pression même si je vais rester supporter du Racing, comme de Castres et des clubs où je suis passé." 

La fin de saison du Racing, une priorité 

Mais avant de penser au changement, Laurent Labit garde les pieds bien ancrés dans le présent. "Bien sûr que j’apprécie tous les moments, mais ce n’est pas encore l’heure des au revoir, des mercis, précise-t-il. On a quelque chose à finir ensemble et chaque chose en son temps. J’apprécie simplement ce métier extraordinaire et la chance que j’ai de le faire dans un club fantastique avec un président que tous les entraîneurs aimeraient avoir, dans des conditions de travail idéales et avec des joueurs de très grande qualité. Je suis capable de l’apprécier tous les jours."

La priorité reste la fin de saison du Racing 92, à la lutte pour une place en barrages alors que le Top 14 se termine dans trois journées. "J’ai quelque chose à finir avec le Racing. C’est mon habitude de fonctionner. Le but, c’est de laisser le club le plus haut possible, et aujourd’hui le plus haut c’est le Bouclier. Ma mission s’arrêtera le 15 juin (date de la finale du Top 14, ndlr), mon contrat le 30." A trois matches de la fin de la phase régulière, les Racingmen sont 5e avec 63 points, un de moins que Castres et deux de moins que Lyon. Derrière, La Rochelle, virtuellement dernier barragiste, se tient à 62 point. Un groupe de poursuivants est ensuite formé par Montpellier (7e, 57 pts), Bordeaux-Bègles (8e, 57 pts) et le Stade Français (9e, 56 pts), battu par Clermont le week-end dernier. 

Un derby francilien à fort enjeu

Le derby francilien prévu dimanche à 16h50 peut être décisif, ajoutant un degré supplémentaire à un match toujours très attendu par les deux camps. "Il est indispensable d’aller chercher la victoire, insiste Labit. C’est un match très important pour nous. On l’avait repéré, même avec beaucoup de points d’avance. C’est le Stade Français, c’est un derby. Il n’en reste pas beaucoup dans le rugby professionnel. On sort d’une défaite à Pau, à trois journées de la fin les points valent chers."

Cette rencontre sera la dernière de Laurent Labit à la Paris-La Défense Arena, l'enceinte n'étant pas disponible en cas de barrage à domicile, qui se jouerait alors à Colombes. "Ce sera particulier, souligne Labit. On savoure. Quand on prend la décision de partir, on sait qu’il en reste de moins en moins, de matches, d'entraînements. Après, on ne sait pas de quoi l’avenir est fait. C’est avec grand plaisir que j’aurais peut-être un jour le bonheur de revenir au Racing. Je vais préparer ce match et essayer de l ‘apprécier, avec un bon résultat à la sortie." 

RMC Sport avec Jean-François Paturaud