RMC Sport

XV de France - Laurent Labit: "Brunel est notre père spirituel avec Galthié"

Futur responsable des lignes arrières après la Coupe du monde, Laurent Labit a intégré plus tôt que prévu le staff des Bleus au mois de juin. En charge des skills, l’ancien co-entraîneur du Racing 92 n’a pas pu dire non à Jacques Brunel. Labit s’est longuement confié pour RMC Sport cette semaine au Japon. Comme le reste de l’encadrement, il a tenté de redonner confiance aux joueurs.

Laurent, vous avez été très discret dans les médias depuis votre arrivée en équipe de France. Comment s’est déroulée votre intégration?

Très bien. C’est vrai que je suis arrivé au dernier moment. Il a fallu un temps d’intégration, comme tous les nouveaux qui arrivent dans un staff déjà en place et qui fonctionne. Voilà pourquoi je suis resté à ma place dans un premier temps et au fil des semaines chacun a pris ses habitudes, et cela va de mieux en mieux.

Etes-vous arrivé sur la pointe des pieds?

Quand Jacques (Brunel) m’a demandé de les rejoindre, on a bien sûr réfléchi avec Fabien (Galthié). Il est évident que nous avons accepté parce que c’était pour Jacques avant tout. Représenter son pays, qui plus est lors d’une Coupe du monde, c’est exceptionnel mais de gens étaient en place. Autant pour Fabien que pour moi, Jacques est un peu notre père spirituel que nous avons connu à Colomiers dans des belles années. Dans un premier temps, c’est pour lui que nous sommes venus. Les missions et les fonctions de ceux déjà en place n’ont pas changé, notamment pour Jean-Baptiste Elissalde. Je suis venu en support et Jacques nous donne des missions à effectuer chaque semaine surs nos adversaires et notre jeu.

Vous dites de Jacques Brunel qu’il est votre père spirituel. Pourquoi?
Oui, bien sûr. Jacques m’a beaucoup marqué. A Colomiers, j’avais déjà l’idée d’entraîner, mais il n’a fait que renforcer cela. Je me suis beaucoup inspiré de lui, de ses méthodes et ses façons de fonctionner. Durant nos belles années columérines, nous avions connu de très bons résultats, finale de Coupe d’Europe, un Challenge européen gagné et une finale de Championnat de France. En dehors du terrain, j’appréciais son fonctionnement, ses discussions avec les joueurs. Nous sommes toujours restés en contact. Et quand il nous a demandé de venir l’aider pour cette Coupe du monde, si cela n’avait pas été Jacques, c’est sûr qu’on ne serait pas venus. En nous faisant venir, Jacques savait très bien que c’était compatible avec le reste du staff, que ça allait fonctionner au niveau des mentalités, de l’intelligence de chacun, des égos et que ça allait ajouter des compétences dans le staff déjà en place. Bien entendu, on ne peut pas être toujours d’accord, mais c’est ce qui fait avancer. C’est beaucoup plus précis pour les joueurs, chacun a sa mission. On commence à avoir nos habitudes, on a quand même débuté le 25 juin!

Vous le disiez, et les joueurs s’en félicitaient déjà cet été, le cadre de travail est plus précis qu’auparavant. Il y en avait besoin?
C’est difficile de dire ce qui se faisait avant. La précision vient du fait que nous sommes ensemble 24 heures sur 24, nous avons du temps. Ce qui n’est pas le cas lors d’un Tournoi des VI Nations ou d’une tournée d’automne, où il faut aller très vite. Durant trois mois, on peut prendre le temps de travailler les détails. Nous avons essayé d’amener un peu plus de précision et de clarté sur ce qu’il avait l’habitude de faire. On sait que tout n’est pas parfait encore et qu’on doit aller vers des matchs plus aboutis afin de réaliser notre objectif qui est la qualification pour les quarts de finale.

"Les joueurs imaginaient toujours le scénario catastrophe"

Avez-vous senti un groupe traumatisé quand vous avez-rejoint ce staff?
Au début, quand on parlait du jeu avec eux, et qu’on essayait de trouver des solutions, à chaque fois leur premier réflexe était de dire 'et si ça se passe mal? et si on perd le ballon?'. Ils voyaient toujours le côté où ça allait mal tourner. C’était un peu surprenant. Ils imaginaient toujours le scénario catastrophe plutôt que le côté positif. Il a fallu leur expliquer que si on respectait les choses mises en place, ça se passerait plutôt bien. Je crois qu’ils sont sortis renforcés après les matchs amicaux cet été et on a senti un déclic à ce moment-là, que quelque chose se passait. On a l’impression que les joueurs ont un peu plus de confiance, même si le premier match contre l’Argentine ne nous a pas pleinement satisfait. On avait la possibilité de sortir un match référence et on ne l’a fait que durant 40 minutes. Mais nous sommes peut-être l’équipe qui a la plus grande marge de progression.

Votre groupe a-t-il le potentiel pour aller loin?
Oui, notamment quand je vois les joueurs de maturité, et la manière dont ils se comportent. C’est sans doute leur dernière compétition majeure. Et il y a énormément de bons jeunes. La pression est davantage sur nous, le staff, que sur les joueurs. Et elle sera encore plus dans les années à venir avec le talent qu’il y a dans ce groupe. Beaucoup de nations envient quelques-uns de nos joueurs. Pour Fabien, Thibault (Giroud) et moi, c’est bien aussi de côtoyer certains joueurs qui continueront le chemin après. C’est aussi un gain de temps.

Vous connaissiez déjà de nombreux joueurs de ce groupe. Mais certains vous ont-ils étonné depuis le début de la préparation?
J’ai été surpris, déjà l’an passé en Nouvelle-Zélande, par Geoffrey Doumayrou. Je connaissais le joueur bien entendu, mais je ne savais pas le professionnel qu’il était, et l’implication qu’il pouvait avoir. Chez les anciens, quand je vois Max Médard et Yoann Huget et l’esprit de compétition qu’ils ont, c’est impressionnant. Le travail aussi effectué par Louis Picamoles en trois mois est remarquable, comme pour Guilhem (Guirado). Après ce sont surtout les jeunes joueurs… Je suis content de les entraîner et qu’ils jouent dans mon équipe. Quand je vois le talent de 'Toto' Dupont et Romain Ntamack, ou Damian (Penaud), ce sont des talents que toutes les nations nous envient. Nous devons être fiers de les avoir et nous devons les protéger. Ils seront dans peu de temps des joueurs de niveau mondial.

Et dans la vie de groupe, qui avez-vous découvert?
J’aime bien les petites plaisanteries et les pics à droite et à gauche. J’ai découvert un joueur que je ne voyais pas comme ça, qui fait toujours des remarques bien opportunes, c’est Sébastien Vahaamahina. Je ne voyais pas du tout comme ça et je trouve le marrant et intéressant. J’aime bien sa personnalité.

Le Racing vous manque-t-il parfois?
Oui, bien sûr. J’ai regardé tous les matchs depuis le début de saison, même avec le décalage horaire. Je vois que c’est un peu difficile pour eux mais je sais qu’ils vont trouver des solutions pour regagner vite. J’ai passé six saisons au Racing dans une ambiance extraordinaire, avec un titre de champion de France et deux finales de Coupe d’Europe. Le Racing reste dans mon cœur. Mais je ne regrette pas d’avoir rejoint le XV de France. Encore une fois, si cela n’avait pas été Jacques, je ne serais pas venu. On avait plus à perdre qu’à gagner et on aurait pu attendre tranquillement le mois de novembre, mais il est difficile de refuser des choses pour Jacques. Le début a été un peu bizarre et délicat bien sûr, mais aujourd’hui je me sens très bien dans ce staff et avec les joueurs.

Propos recueillis par Jean-François Paturaud