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XV de France: "Me voir en face du haka, c’est ce qui m’anime" avoue Florent Vanverberghe

Cité par le sélectionneur au sein d’une liste de neuf joueurs que le staff envisage de voir d’ici à la Coupe du monde 2023, le 2e ligne de Castres et ancien Toulonnais Florent Vanverberghe (21 ans, 1m95, 123kg) rêve de participer à la prochaine Coupe du monde en France. Mais le champion du monde U20 mesure aussi tout le chemin qui lui reste à accomplir pour suivre la trace de certains de ses coéquipiers chez les sélections de jeunes.

Florent Vanverberghe, comment réagit-on quand on entend son nom cité par le sélectionneur du XV de France, Fabien Galthié, parmi une liste de neuf joueurs non capés qu’il voudrait voir à l’œuvre ?

Ça fait plaisir ! Surtout après la tournée que j’ai passée en Australie, assez délicate je vais dire (il s’est blessé à une hanche avant le premier test pour lequel il était prévu remplaçant et n’a pas joué de la tournée, ndlr). Ça fait donc plaisir de savoir que je reste quand même dans la tête du sélectionneur. Maintenant, c’est à moi de travailler dur, de montrer qu’avec le Castres Olympique, je peux retrouver l’équipe de France.

Vous le prenez comme un encouragement après une tournée qui a dû être difficile à vivre mentalement avec cette blessure ?

J’ai mis du temps à m’en remettre. Ça a été compliqué moralement. Mais j’avais deux choix. Soit de me dire que ma chance était passée, que je ne pourrai jamais retourner en équipe de France et dans ce cas-là, je rentrais en club défaitiste. Mais ce n’est pas mon caractère. Soit de très vite basculer, de revenir au travail avec une folle envie de retrouver l’équipe de France. Je suis dans cette optique-là, je sais qu’il fait que je travaille dur. C’est vers ça que je tends.

Que retenez-vous de cette tournée ? Qu’avez-vous appris, vécu ?

C’est une tournée quand même enrichissante. J’ai vu le système, la méthode équipe de France. Donc si je suis amené à être appelé, je n’irai pas dans l’inconnu, c’est déjà un bon point. Ensuite, j’ai pu rencontrer des supers mecs et lier de belles amitiés. J’ai mis un pied dedans, même si j’aurais aimé que ça soit mieux. Mais bon, c’est toujours bien d’y être.

Le fait que votre nom soit cité, cela vous rend ambitieux ?

Oui. Ça me montre aussi que c’est possible. Mais encore une fois, ça va passer par beaucoup de travail en club.

Fabien Galthié dit qu’en équipe de France, ça travaille très fort durant les entraînements. Avez-vous touché du doigt ce niveau, cette dureté ?

Oui, c’est une intensité très élevée. Avec beaucoup de rigueur. Mais c’est le niveau international, on n’a pas le droit à l’erreur. On a vu que sur cinq défaites du XV de France, ça s’est joué dans les cinq dernières minutes. Donc on sait qu’il faut être concentré et précis jusqu’au bout. Voire même plus que 80 minutes. On s’entraîne à tous les scénarios possibles.

"J’avais besoin de voir autre chose parce que j’avais passé quinze ans à Toulon"

Vous avez été champion du monde U20 en 2019. Regardez-vous l’évolution de joueurs comme Jean-Baptiste Gros, Arthur Vincent ou Louis Carbonel qui ont déjà plusieurs sélections avec le XV de France ?

Bien sûr ! C’est un peu des modèles, on a envie de leur ressembler, de partager ces moments avec eux. On en a déjà partagé un peu. Et j’ai envie d’en partager encore plus parce que tous ces joueurs-là sont de bons amis pour moi. Et à chaque fois que je les retrouve, je suis très heureux. Que ce soit en club ou en sélection, c’est un plaisir.

Comment voyez-vous l’éclosion de cette génération ?

C’est super. Parce qu’on est quand même double champion du monde U20. C’est bien que le XV de France arrive à développer ces joueurs-là et s’en servir. On aurait pu passer à la trappe et ça aurait peut-être été du gâchis. Mais cette génération-là, elle est pleine d’envie, elle a du talent. Il y a de très bons joueurs et c’est à cette génération de faire les beaux jours du XV de France, en 2023 ou en 2027.

Vous ne semblez pas surpris…

Franchement, non. Non parce que c’est tous des gars avec des mentalités de champions, qui sont très bosseurs, très bons vivants. Donc franchement pas étonné de les retrouver à ce niveau-là.

C’est une génération ambitieuse ? Les titres de champions du monde aiguisent l’appétit ?

Oui et on a vu que ces titres nous ont propulsé en club, nous ont donné du temps de jeu. Donc forcément, la suite logique, c’est le XV de France. Dès qu’on commence à performer en club, accumuler les minutes et faire de bons matchs, la suite logique, c’est le XV de France. C’est ce pourquoi on travaille.

C’est justement pour avoir du temps de jeu en plus que vous avez quitté Toulon pour venir à Castres ?

Oui, principalement. Mais pour plusieurs raisons : j’avais besoin de voir autre chose. Parce que j’avais passé quinze ans à Toulon, j’avais commencé à l’âge de cinq ans au RCT. Et dans les premières discussions avec Pierre-Henry Broncan (le manager de Castres, ndlr), j’ai senti une vraie confiance. J’avais besoin de ça. A Toulon, j’étais considéré comme le petit espoir et je pense que ça aurait dur de faire mon trou. Ici, on m’a clairement donné les cartes et on m’a dit : "A toi d’en faire ce que tu veux". J’ai vraiment aimé ce discours-là. Et on m’a beaucoup parlé du club. Le CO est très famille et j’avais vraiment envie de découvrir ça. Je ne suis pas déçu aujourd’hui. C’est le meilleur choix de ma vie.

Ça n’a pas été trop dur de quitter votre "cocon" toulonnais ?

Ça a été difficile. J’ai dû faire l’impasse sur des choses que j’aimais. C’est beaucoup de sacrifices, d’être loin de sa famille, des gens que j’aime. Ce n’est pas évident. Mais j’ai la chance d’être tombé sur un collectif rempli "d’humains", avec un cœur incroyable. Et ils m’ont accueilli comme des frères, ou des pères pour les plus anciens. Je suis vraiment épanoui au Castres Olympique.

"Le matin, je me lève et je pense à cette Coupe du monde"

Vous vous voyez plus comme un 2e ligne ou un numéro huit, poste où vous avez aussi évolué chez les jeunes ?

Un 2e ligne. Quand j’étais jeune, j’étais polyvalent. J’aimais bien le poste de numéro huit, mais aujourd’hui, je me focalise sur le poste de 2e ligne. C’est là où j’ai le plus de repères.

A votre âge, une Coupe du monde en France, ça ne se loupe pas ?

Non. Franchement, non. Surtout quand mon nom est dit par le sélectionneur, ça donne vraiment envie de travailler tous les jours. Le matin, je me lève et je pense à cette Coupe du monde. Je sais que j’en suis loin, je suis conscient de ça. Mais je suis conscient de mon potentiel aussi et je veux arriver en 2023 en me disant que j’aurai tout fait, que j’aurai beaucoup travaillé. Et que si je ne fais pas partie de cette liste qui fera la Coupe du monde, c’est comme ça. On verra pour celle de 2027. Mais je ne veux pas avoir de regrets.

Une Coupe du monde en France, c’est unique dans une carrière…

Une Coupe du monde en général, c’est quelque chose qu’il faut vivre. Maintenant, en France, c’est encore plus beau. C’est le rêve quoi… Puis le match d’ouverture face à la Nouvelle-Zélande, c’est un petit rêve d’enfant. Quand j’étais petit, je me rappelle regarder les matchs de l’équipe de France à la télé. Les France-Nouvelle-Zélande, ça m’a toujours fait rêver. Me voir en face du haka, c’est ce qui m’anime dans les moments un peu plus difficiles. Parce que forcément, il y a des jours où c’est un peu plus difficile que d’autres.

Wilfried Templier