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Biathlon: Julia Simon, la fièvre jaune

La Française Julia Simon va disputer le sprint à domicile du Grand-Bornand ce vendredi à 14h15 avec le dossard jaune de leader du classement général de la coupe du monde sur le dos. L'athlète des Saisies reste sur trois podiums consécutifs dont deux victoires. Elle a impressionné la semaine dernière en s'imposant avec autorité sur la poursuite à Hochfilzen. Avec une statistique rare sur le tir. Depuis le début de saison, elle n'a pas raté une seule balle sur son tir couché, soit 50 cibles abattues sans erreur.

"Elle a fait de son point faible son point fort". Stéphane Bouthiaux le directeur du biathlon à la fédération française n'en revient pas. Il en a pourtant vu passer des phénomènes, lui l'ancien mentor de Martin Fourcade, mais il est bluffé par le début de saison de Julia Simon. "Le classement général c’est plus que jouable, lance Bouthiaux. Juste sur l’attitude et les progrès qu’elle a réalisé cette année c’est clairement possible. Je ne vois pas qui pourra aller la chercher cette saison. Je n’aime pas me lancer dans les pronostics mais là franchement elle est impressionnante. Julia c’est une guerrière. Elle est difficilement déstabilisable. Quand tu vois le visage et le discours qu’elle peut avoir avant une course tu te dis, ou là là… Faut pas se mettre en travers de la piste !". 

"Défendre ce dossard jaune, et m'éclater avec"

L'intéressée savoure simplement, avec le sourire mais aussi du recul, ce changement de statut. "Oui maintenant les caméras filment le maillot jaune donc je vais être filmée et scrutée dans les moindres détails, mais ça ne change pas ma manière d’aborder mon sport et l’exigence derrière la carabine, lance Julia Simon. Franchement c’est cool, c’est quand même quelque chose que l'on rêve tous de porter dans une carrière, c’est un objectif de carrière. Donc de pouvoir le faire assez rapidement ce n’est pas quelque chose que j’avais coché vraiment. Je le prends avec beaucoup de fierté, avec beaucoup d’envie. J’ai vraiment envie de le défendre."

La huitième française à porter cette tunique jaune aura en plus le bonheur de l'enfiler à domicile, sur la piste du Grand-Bornand. "Forcément ça amène un peu de pression, glisse Simon. Mais c’est quelque chose qu’il faut apprendre à gérer et je le prends aussi comme quelque chose de positif pour le futur, pour le reste de ma carrière où je serai, je l’espère amenée à jouer ce maillot et à l’avoir comme objectif principal. Parce qu'aujourd’hui ça me tombe un peu dessus ce n’était pas mon objectif principal mais maintenant qu’il est là je vais prendre chaque course comme de l’expérience et m’éclater avec ce maillot."

A 26 ans, Julia Simon est depuis longtemps identifiée comme un très gros potentiel du biathlon mondial, mais son irrégularité chronique l'empêchait d'aller au-delà de quelques coups d'éclat. Un changement intimement lié à ses progrès sur le tir couché, bossé avec l'entraîneur du tir Jean-Paul Giachino, dit "Polo". "Ça vient valider deux ans de travail dans l’ombre, explique Julia Simon. Ce que l’on voit aujourd’hui c’est deux ans de travail avec des hauts et des bas. Il y a eu des moments de doute et heureusement que Polo était là pour me dire de continuer dans cette voie là parce que des fois ça ne marchait pas et aujourd’hui ça vient récompenser tout ça. J’espère que je pourrai garder cette régularité le plus longtemps possible c’est ce derrière quoi je cours."

"Au-delà de mes espérances"

Un déclic qu'a constaté Jean-Paul Giachino l'été dernier. Il rembobine. "Quand on a fait les premiers entrainements à la reprise au printemps 2020, chez elle dans le Beaufort, je lui ai dit c’est deux ans de travail. Elle m’a répondu 'je n’ai pas deux ans'. Julia a plein de qualités, mais il y a une chose qu’elle n’a pas c’est la patience. Elle a appris au fil de ces deux ans la patience. J’ai démoli ce qu’elle avait appris qui était quelque chose qui ne marchait pas. Ce n’est pas de sa faute, mais on ne lui avait pas appris les fondamentaux du tir. La respiration, la visée et le lâché. C’est technique mais c’est tout simple. Je lui ai demandé d’appliquer ça, de respecter ça. C’est quelqu’un qui a appris à tirer un peu en mode "ball-trap" et ça ne marche pas pour acquérir de la régularité." 

Giachino constate presque halluciné qu'elle "a 15 points de plus en tir par rapport à la saison dernière. Elle était entre 77 et 78% de moyenne de tir fin décembre 2021, là elle est à 93%... C’est au-delà de mes espérances, je n’ai pas souvenir d’avoir déjà vu ça. Ça va se dégrader un peu c’est normal et elle ne tiendra peut-être pas ce niveau toute la saison ou alors ce serait exceptionnel. Mais ce qui est pris est pris."

La skieuse du Beaufort a donc pris sur elle pour "tout démolir" et reconstruire en allant un peu contre nature pour elle, l'instinctive. "L’instinct c’est bien c’est ce qui me fait prendre les décisions sur le moment présent et qui fait que je suis une biathlète capable de sortir des tirs très rapides. Mais ça ne suffit pas il faut aussi avoir la technique, il faut savoir quoi faire pour faire rentrer les balles et c’est ce que j’ai réussi à comprendre et qui a provoqué ce déclic-là. Ça m’a demandé du travail sur ma personnalité car je suis quelqu’un de très électrique, il faut que les choses avancent vite, détaille Julia Simon. Il m’a fallu un travail mental pour accepter ça, trouver du relâchement. Je suis quelqu’un de tonique et moi quand on me parlait de relâchement je ne comprenais pas. C’est un travail d’équipe qui a demandé au coach de connaitre son athlète et moi de faire confiance au coach. Je suis contente que ces années de travail payent enfin. »

La "Lucky Luke" du tir debout est aussi devenue un métronome du tir couché. Avec cette statistique folle de 50 balles consécutives réussie depuis le début de saison. Aucune balle manquée sur un tir couché, en individuel ou en relais. "Je prends cette stat avec grand plaisir et fierté, mais il ne faut pas s’arrêter là. Je sais très bien qu’une seconde d’inattention et la balle est dehors donc il faudra encore redoubler d’exigence sur les prochains tirs."

Julien Richard