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Mondiaux de biathlon : pourquoi Martin Fourcade va tout rafler … ou pas

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Martin Fourcade lance ses Mondiaux ce jeudi lors du relais mixte, sur lequel il est aligné avec Anaïs Bescond, Marie Dorin-Habert et Quentin Fillon Maillet. Intenable en Coupe du monde depuis le début de la saison, le sextuple champion du monde peut-il rééditer ça sur cette dizaine norvégienne ? Eléments de réponse.

Les qualificatifs manquent pour décrire l’incroyable domination de Martin Fourcade sur le biathlon mondial. Déjà quadruple vainqueur de la Coupe du monde, sextuple champion du monde et double champion olympique, le cadet des frères Fourcade continue de tout emporter sur son passage. Sur les 19 courses individuelles de la saison, le Catalan est grimpé à douze reprises sur le podium, dont sept fois sur la plus haute marche. Une régularité épatante qui lui permet aujourd’hui d’appréhender les championnats du monde d’Oslo (3 au 13 mars) avec une avance plus que confortable de 223 points sur le Russe Anton Shipulin en tête de la Coupe du monde. Si un cinquième gros globe de cristal consécutif lui semble promis, Martin Fourcade se sait attendu par la concurrence sur les pistes mythiques norvégiennes d'Holmenkollen. Alors, le maître peut-il continuer à toute rafler sur ces Mondiaux ?

Oui, parce que …

Il est à un niveau exceptionnel

Que ça soit physiquement, tactiquement ou techniquement, Martin Fourcade paraît intouchable. Contrairement à la saison dernière où il avait été embêté par une mononucléose lors de sa préparation, le Français a cette fois-ci pu profiter d’un été complet pour arriver en pleine forme sur l’hiver. « Physiquement, il est plus fort, explique l'entraîneur et patron des équipes de France de biathlon, Stéphane Bouthiaux. Il est plus fort dans sa gestion de course, il est plus à l’attaque sur ses tirs. Il a beaucoup plus de sérénité. »

De quoi forcer le respect de ses adversaires. A commencer par ses coéquipiers de l’équipe de France, comme Quentin Fillon Maillet. « Il y a deux choses. D’abord la partie physique. Il a beaucoup de lucidité sur toute la course et on a l’impression qu’il se fatigue moins vite que les autres, témoigne la révélation française de la saison. Il donne l’impression d’être lucide toute la course pour gérer les adversaires. Il a une grosse intelligence de course. La deuxième chose, c’est qu’il est très régulier au tir. Il est très fort et n’a jamais de "craquante", c’est-à-dire qu’il ne va jamais arriver sur un tir et manquer trois balles d’un coup. »

Il arrive sans aucune pression

Martin Fourcade a déjà tout gagné. Mais le champion a toujours soif de victoire. Depuis le début de la saison, il ne laisse (presque) aucune miette à ses rivaux. Constamment sur les podiums (12 fois sur 19 courses), le biathlète catalan profite de sa régularité pour arriver à Oslo avec une avance considérable en tête de la Coupe du monde (223 points sur le Russe Anton Shipulin). « Pour la première fois de sa carrière, il va pouvoir aborder ces Mondiaux dans une situation plus que confortable au niveau du classement général de la Coupe du monde, se réjouit Stéphane Bouthiaux. Après, l’objectif reste un titre. S’il y en a plus, tant mieux ! »

Surtout, Martin Fourcade n’a plus grand-chose à prouver. Avec une ribambelle de médailles autour du cou et 44 victoires en Coupe du monde au compteur, le biathlète de 27 ans affiche déjà une clinquante vitrine de trophées. « Il est quadruple vainqueur du général de la Coupe du monde, il est six fois champion du monde, il est double champion olympique, résume son entraîneur Stéphane Bouthiaux. Il a tout gagné. Donc aujourd’hui, je pense qu’il peut se permettre de prendre le départ d’une course sans stress, en se focalisant sur la manière de faire les choses. »

Il est chez lui en Norvège

Ce n’est un secret pour personne, Martin Fourcade aime la Norvège, véritable bastion du biathlon. « Je crois qu’il y a une relation particulière entre moi et les Norvégiens, témoigne le sextuple champion du monde. C’est une nation majeure dans le biathlon, pour ne pas dire la plus grosse. Ils ont beaucoup d’athlètes capables de gagner et rivaliser. Ils sont forcément super vexés de se faire battre depuis quatre ans par le même athlète. Donc, il y a une rivalité qui s’est créée. »

En compagnie de sa conjointe Hélène, le Français a même passé ses vacances l’été dernier en Norvège, avant la naissance en septembre dernier de sa petite fille, Manon. Depuis le début de sa carrière, Martin Fourcade compte neuf podiums sur le sol norvégien, dont cinq victoires. Et le roi du circuit compte bien encore augmenter son tableau de chasse norvégien.

Non, parce que …

La concurrence et l’armada norvégienne l’attendent de pied ferme

Martin Fourcade est l’homme à battre. C’est évidemment la rançon de la gloire. Si Martin Fourcade rafle tout sur le circuit de la Coupe du monde, la concurrence compte bien ne pas l’entendre ainsi à Oslo. « La domination d’un seul homme peut être remise en question tous les week-ends, explique d’ailleurs Simon Fourcade. D’ailleurs, on voit que Martin ne remporte pas toutes les courses depuis le début de la saison. On voit qu’il y a quand même une lutte. » Face à l’armada norvégienne de Svendsen et Bjoerndalen, qui n’ont pas hésité à faire l’impasse sur la tournée nord-américaine pour tout miser sur les Mondiaux à domicile, Martin Fourcade devra évidemment se montrer exceptionnel pour espérer tout gagner.

Surtout que la Norvège ne sera pas la seule nation à aligner des concurrents de haut rang, comme l’Allemagne de Simon Schempp ou la Russie d’Anton Shipulin. « Je me suis fixé l’objectif de ne pas repartir sans médaille individuelle et d’essayer d’aller chercher une médaille d’or, assure d’ailleurs le quadruple vainqueur du gros globe de cristal. Comme toujours, on verra. Je me mettrai à rêver à plus dès la première course si elle est amenée à me sourire. J’ai envie de bien attaquer ! »

Martin Fourcade sort d’une sinusite

S’il affiche une forme physique resplendissante depuis le début de l’hiver, Martin Fourcade se remet toutefois d’une sinusite, qu’il a attrapée il y a deux semaines. Si cela peut paraitre anecdotique, il faudra quand même voir les conséquences de ce virus sur la piste. « Ce n’est pas un avantage car sinon, on s’injecterait des souches de virus. Mais je pense que j’ai plutôt bien géré la maladie », rassure le biathlète français.

Adepte des petites phrases chocs et de l'intox, Emil Hegle Svendsen n’a en tout cas pas manqué le coup de moins bien de son rival et en a profité pour le « chambrer ». « Après, je ne connais pas la maladie aussi bien qu’eux (les Norvégiens, ndlr). Donc, j’ai forcément moins d’expérience », a répliqué Martin Fourcade. Le match est lancé !

Alexandre Mispelon