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Mondiaux de ski: pourquoi Pinturault est le grand favori du combiné

En dominant presque sans concession la discipline depuis 2013, difficile pour Alexis Pinturault de ne pas se placer en hyper favori du combiné ce lundi à Cortina D’Ampezzo (11h15, 15h20). Il est d’ailleurs le champion du monde en titre de cette spécialité qui consacre le skieur le plus rapide sur les temps cumulés d’une manche de vitesse et d’une autre de slalom. Un éloge de la polyvalence qui va si bien au Savoyard, déjà médaillé de bronze jeudi en Super-G.

La météo exécrable faite de nuages menaçants, d'imposants flocons de neige et de pluies parfois diluviennes qui a sévi au-dessus de Cortina d’Ampezzo jusqu’en milieu de semaine n’aura pas seulement gâché la carte postale. Disons que les organisateurs se seront même arrachés cheveux et rouflaquettes avant le retour d’un franc soleil jeudi matin, synonyme de coup d’envoi (avec trois jours de retard) de la compétition. Entre temps, de reports en annulations et reprogrammations, ces Mondiaux 2021 l’ont encore montré : le ski, sport d’extérieur par excellence, nécessite un maître-mot, l’adaptation.

Dans ce contexte, Alexis Pinturault a dû lui aussi s’adapter pour son entrée en lice dans la compétition. Arrivé dimanche dernier dans la Perle des Dolomites, il devait prendre le départ du Super-G mardi, finalement repoussé à jeudi. Puis celui du combiné mercredi, à son tour repoussé à ce lundi. Un démarrage un peu poussif pour un premier départ finalement pris jeudi donc en Super-G, avec à la clé, dans un décor féérique et sous l’œil bienveillant de quelques centaines de VIP ampezzini copieusement hydratés au Prosecco, une médaille de bronze inattendue dans une discipline qu’il apprécie, bien qu’elle ne soit pas sa plus forte.

Encore une piste inconnue

Mais comme beaucoup d’autres, Pintu va encore devoir jouer les caméléons et s’adapter pour le combiné ce lundi. Car s’il croyait avoir fait un repérage en bonne et due forme de cette fameuse piste Vertigine en la skiant pour la première fois en compétition jeudi, il n’en est rien. Alors que le Super-G du combiné devait lui aussi s’y tenir, les organisateurs ont finalement fait volte-face et décidé "pour des questions logistiques" selon un officiel de la délégation française, de le tracer sur la piste de vitesse féminine, l’Olimpia Delle Tofane, que les garçons ne connaissent pas.  

"Dans les disciplines techniques, la connaissance de la piste n’est pas très importante, mais en vitesse elle est prédominante" confie pourtant Pinturault. Confirmation lors d'une descente à Saalbach en 2015, sur une piste alors délaissée depuis plus de 10 ans par la Coupe du monde, les Autrichiens fins connaisseurs des lieux avaient trustés les trois premières places. Ils étaient même cinq dans le Top 10. Même si pour le coup à Cortina, tous seront lundi matin sur un pied d’égalité en termes de connaissance de la piste.

50% de victoire et 75% de podiums en combiné en Coupe du monde

Qu'on se rassure malgré tout pour le numéro 1 mondial, le combiné demeure la discipline dans laquelle il est le plus régulier au très haut niveau. Vainqueur de quatre des cinq derniers globes de la spécialité, Pinturault n’avait laissé que les miettes à ses adversaires en 2019 lors des Mondiaux d’Are, en Suède, raflant l’or avec la sérénité du chat en pleine sieste sur le canapé. Et en Coupe du monde, ses statistiques sont éloquentes: 21 départs depuis le début de sa carrière dans cette discipline pour 15 podiums dont 10 victoires.

L’explication ? Une polyvalence unique aujourd’hui en ski alpin. A part en descente, Alexis Pinturault a été capable de s’imposer dans toutes les disciplines proposées en Coupe du monde depuis le début de sa carrière. Des plus techniques comme le slalom, aux plus "casse-cou" comme le Super-G. Pas étonnant dès lors qu'il soit le plus performant lorsqu'il s'agit d'additionner les deux extrêmes.

"Avec Nils Alègre, il est actuellement le meilleur français en Super-G, analyse ainsi Johan Clarey, doyen de l'équipe de France. Il est doué en vitesse, comme dans tout le reste. Il n’en fait pas beaucoup, il n’a pas un gabarit de descendeur, mais il n’a pas peur, il sait allonger les appuis, il est vraiment très fort. Chose primordiale, il a un grand instinct et une vraie confiance en lui. Et quand on a confiance en Super-G, ça fait toute la différence." Des qualités qui devraient donc permettre à Pinturault de jouer placé dès la manche de vitesse du combiné ce lundi. 

Résister à la pression de la seconde manche

Pour mieux dérouler ensuite sur l’épreuve technique, dont il est l'un des plus grands spécialistes ? Oui, à en croire Sébastien Amiez de la Dream Team RMC SPORT. "D'abord parce qu'il est redevenu très fort en slalom cette saison grâce à des réglages toujours plus pointus de son matériel, explique-t-il. Mais aussi parce que les purs techniciens ont un avantage psychologique sur les descendeurs en combiné. Ils savent gérer deux manches dans la même journée (il y en a toujours deux en slalom et en slalom géant), à l'inverse des hommes de la vitesse qui, en descente ou en super-G, n'en ont qu'une seule et ne sont pas rodés à ce que peut constituer la pression d'une seconde manche. En vitesse, quand t'as fini ta manche, tu vas chercher ton prix si tu gagnes et tu rentres à la maison. En technique, tu gagnes la première, c’est très bien, mais il faut ensuite patienter, s'échauffer de nouveau, passer du temps dehors, prendre le départ d'une seconde manche, résister au retour de ses adversaires, bref les journées sont longues, et la charge émotionnelle assez intense." 

Un avantage donc pour Alexis Pinturault par rapport aux spécialistes de la vitesse comme Matthias Mayer ou Kjetil Jansrud, mais pas non plus une garantie absolue de se parer d’or. D’autant qu’il y a avant la course une véritable incertitude sur le niveau des uns et des autres dans cette discipline. Avec la suppression des combinés du calendrier de la Coupe du monde cet hiver, pour des raisons liées à la crise du Covid, les skieurs n’en ont plus disputé depuis presque un an. Entre-temps, Alexis Pinturault n'a que très peu fait de vitesse en compétition. Quatre super G-seulement, avec une médaille de bronze mondiale donc, ainsi qu’une septième et deux douzièmes places en Coupe du monde. 

Arnaud Souque