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Ski: malgré ses deux titres mondiaux, Faivre a "l’impression de continuer à apprendre le métier"

Double médaillé d’or à Cortina d’Ampezzo en parallèle et en slalom géant, Mathieu Faivre a surfé sur cette vague en dominant le deuxième géant de Bansko le week-end dernier. Le skieur d’Isola 2000 explique cet enchaînement de rêve.

Mathieu Faivre, vous êtes sur un nuage en ce moment, avec des titres en slalom géant et en parallèle aux Mondiaux et une victoire à Bansko...

Je n’ai pas l’impression d’être sur un nuage. Je suis content et fier de ce que j’ai fait dernièrement et surtout de comment je l’ai fait, de la manière dont j’ai skié. Je ne me sens pas forcément sur un nuage car la saison continue. Il y a eu des courses tout de suite après les Mondiaux et il a fallu retourner au travail.

Où placez-vous ces titres dans la hiérarchie du ski alpin?

Etre champion du monde, c’est une des choses qui fait rêver, avec le gros globe de cristal, les globes de spécialité et les Jeux olympiques. Participer à des Mondiaux, c’est super. Participer à plusieurs éditions, cela montre ta constance au plus haut-niveau, dans ta discipline et dans ta nation. Pouvoir repartir d’une de ces éditions avec deux médailles c’est bien, alors avec deux médailles d’or, c’est encore bien. Mais il y a encore beaucoup de choses à aller chercher, comme des globes de spécialités. 

Comment expliquez-vous que tout se soit mis en place le jour des Mondiaux, alors que votre saison n’était pas bonne jusque-là?

Jusqu’ici, ma saison était plus que moyenne. C’était l’un des pires débuts de saison depuis mon commencement en Coupe du monde (2010). Cela été délicat mais au final, on a essayé, après Adelboden mi-janvier, de comprendre pourquoi ça n’allait pas, de remettre la machine dans le bon sens. C’est ce qu’on a réussi à faire avec mes entraîneurs, mon service-man, ma marque de ski. On a progressé. Ce n’est pas arrivé d’un seul coup à Cortina. C’est tout ce travail en amont qui a fini par payer.

Vous avez cassé beaucoup de bâtons avant ces médailles...

Quand on est dans ces moments délicats, c’est compliqué de se rendre compte de ce qu’on fait. C’est au moment où on a la médaille, où on arrive à avoir un ski performant, que l'on se dit que tout ce qu'il s’est passé jusque-là a peut-être été fondateur. J’en avais peut-être besoin pour atteindre ce niveau-là. A posteriori, on se dit qu’on ne changerait rien. Mais dans ces moments durs, c’est délicat de relever la tête, de repartir à l’entraînement sans savoir pourquoi ça ne va pas. Il y a des journées à Cortina où on se disait que ça valait la peine.

Vous avez montré que vous pouviez gagner dans ces moments sous pression. Vous étiez deuxième au classement du globe de géant en 2017, c’est la preuve que ce niveau de performance, vous l’aviez...

Il ne faut pas se tromper de combat. Après ma deuxième place au classement de géant, je me suis trompé dans ce que je devais faire. Aujourd’hui, je suis double champion du monde et l’objectif, c’est d’avoir ce niveau de performance sur toutes les courses de Coupe du monde et les Jeux olympiques. Le week-end dernier, j’ai gagné deux fois les premières manches. Le premier jour, j’échoue à la deuxième place, le deuxième, je referme le portillon et je gagne. Cela n’arrive pas à tout le monde. C’est aussi de l’apprentissage. J’ai l’impression de continuer d’apprendre mon métier, de prendre de l’expérience. Ce sont les années d’expériences qui m’ont servi ce jour-là. Les courses de Cortina, j’étais loin d’être le favori, personne ne m’attendait. Je ne m’attendais pas forcément à produire ce ski-là. Je suis arrivé avec moins de pression de l’extérieur. Réussir à mettre des bonnes courses ces jours-là, c’est génial.

On pourrait croire que votre système est le bon puisqu’il gagne!

Comme je peux gagner une Coupe du monde. Cela reste du sport. Les choses peuvent se passer très vite dans les deux sens. Il faut rester calme et se demander pourquoi ça a fonctionné. Et derrière, remettre en place, ajuster ces schémas. Mais forcément, ça donne de l’appétit pour la suite. Un de mes entraîneurs dit que c’est un jeu sans fin. Si j’arrête de travailler, ceux qui sont derrière vont vouloir aller devant et ils vont progresser. Si j’arrête de travailler, ça ne fonctionnera pas. Il faut continuer à chercher. A l’instant T, je n’ai pas encore réfléchi aux améliorations. Cela fonctionne plutôt bien.  

Vous êtes très dur avec vous. Vous vous criez dessus quand ça ne marche pas, parfois des insultes. Faut-il aller loin dans la douleur pour ce résultat?

Ce sont des douleurs relatives. Il y a des gens qui souffrent beaucoup plus que nous. Il y a des séances où on se fait très mal et on sait pourquoi on le fait. La veille, on a peur d’aller à ces séances car on sait qu’il va falloir se faire très mal pour évoluer. Mais ce sont des douleurs saines. On sait pourquoi on fait ça. On a des objectifs. C’est la même chose mentalement, il y a de la déception, parfois on a le cœur brisé après une course. Mais il faut remonter à cheval, prendre le temps de digérer et ne pas oublier que l’on fait ce sport par amour.

Morgan Maury