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Boxe: comment Usyk pourrait combattre pour un titre... sans affronter les champions actuels (mais peut-être Fury)

Vainqueur de l’Américain Chazz Witherspoon ce samedi soir à Chicago, Oleksandr Usyk n’a pas déçu pour ses grands débuts chez les lourds. Où l’ancien champion unifié des lourds-légers pourrait vite combattre pour une ceinture, la version WBO, dont il est le challenger officiel et obligatoire. Une situation qui offre différents scénarios pour les mois à venir dont plusieurs où l’Ukrainien combattrait pour un titre vacant, peut-être même contre un certain Tyson Fury.

La victoire était attendue. Programmée. Mais on attendait la manière. Champion olympique en 2012 chez les amateurs et ancien champion unifié et incontesté à quatre ceintures des lourds-légers, Oleksandr Usyk faisait ses grands débuts chez les lourds ce samedi soir à Chicago face à l’Américain Chazz Witherspoon. Avec une question : sa belle technique allait-elle pouvoir compenser son manque de puissance chez les mastodontes des rings? Et la réponse n’est pas encore claire. Sur le pur plan pugilistique, l’Ukrainien a régalé avec une démonstration de jeu de jambes et de vitesse de bras, les cinquième, sixième et septième rounds tournant à la correction et poussant le coin de l’Américain à abandonner avant le début de la huitième reprise

Challenger officiel WBO car champion unifié chez les lourds-légers

Selon les statistiques de CompuBox, le lourd débutant a ainsi fait mouche sur 40% de ses coups lancés (139/437), dont 70% pour les coups puissants (86/123), contre... 10% pour son adversaire (21/208), nouvelle preuve de ses qualités défensives hors normes. Voilà pour la technique. Pour la puissance, c’est autre chose. S’il a pu frapper Chazz Witherspoon façon punching-ball, Oleksandr Usyk n’a pas réussi à mettre son adversaire – pourtant loin d’un foudre de guerre dans cette catégorie – à terre et à obtenir un KO/TKO qui aurait mis un tampon supplémentaire sur son billet d’entrée chez les lourds. Le doute demeure, donc. Mais on pourrait vite avoir des réponses. Car l’Ukrainien ne compte pas perdre son temps maintenant qu’il nage dans le bassin des plus gros requins du noble art.

Fidèle à sa tradition, qui avait permis à l’Américain Terence Crawford de devenir champion du monde chez les welters dès son premier combat dans la catégorie après avoir unifié les super-légers, la WBO a ainsi dès l’annonce de son arrivée chez les lourds désigné Oleksandr Usyk comme le challenger officiel et obligatoire pour sa ceinture, détenue par le champion américano-mexicain Andy Ruiz Jr qui la remet en jeu avec les titres WBA Super et IBF le 7 décembre en Arabie Saoudite dans une revanche très attendue contre le Britannique Anthony Joshua, qu’il avait détrôné début juin au Madison Square Garden de New York dans un séisme pugilistique.

"Toutes les organisations ont conclu un accord selon lequel la défense obligatoire de l’IBF est la prochaine"

Promoteur de "AJ" et co-promoteur de l’Ukrainien, Eddie Hearn a mis les points sur les i au micro de iFL TV après la victoire de ce dernier sur Witherspoon. Pas question de voir son poulain ne pas profiter de l’opportunité. "Vous devez comprendre que le prochain combat pour Usyk sera pour le titre mondial. C’est dangereux mais est-ce que ce n’est pas ce que tout le monde attend? Je ne sais pas qui il affrontera mais il est dans cette position. Il est challenger pour le titre et il ne va pas laisser cela lui glisser entre les doigts. Il ne va pas dire non à ce défi." "Qui je vais affronter ensuite? Ce n’est pas une question pour moi mais pour Eddie et ce qu’il peut m’apporter. Si j’avais le choix, je prendrais le vainqueur de Ruiz-Joshua, a commenté l’intéressé. Et je pense que je préférerais Joshua. Je suis prêt à affronter n’importe qui. Je serai prêt pour le vainqueur de Ruiz-Joshua. Je suis prêt dès maintenant!"

Oleksandr Usyk (à droite) lors de ses débuts chez les lourds contre Chazz Witherspoon
Oleksandr Usyk (à droite) lors de ses débuts chez les lourds contre Chazz Witherspoon © AFP

Mais il y a un hic. Nommé Kubrat Pulev. Le boxeur bulgare, connu du grand public pour avoir été suspendu six mois en mai après avoir embrassé une journaliste sur la bouche sans son consentement après son dernier combat (victoire par KO sur le Roumain Bogdan Dinu en mars) mais qui a depuis reçu l’autorisation de combattre de la commission athlétique de Californie après avoir payé une amende de 2.500 dollars et accepté de suivre des cours de sensibilisation aux problèmes de harcèlement sexuel, est le challenger officiel et obligatoire du côté IBF. Dont les dirigeants se sont montrés clair auprès de Sky Sports: "Notre combat doit avoir lieu avant. Toutes les organisations ont conclu un accord selon lequel la défense obligatoire de l’IBF est la prochaine (il y a un système de roulement pour un champion unifié, ndlr)." Différents scénarios peuvent donc se présenter selon le résultat de la revanche Ruiz-Joshua. Si le Britannique s’impose et reprend les ceintures, les deux partageant un promoteur avec Matchroom, on peut imaginer Hearn avoir les coudées franches pour organiser un choc contre Usyk à Wembley – l’Ukrainien est tout sauf contre – s’il parvient à convaincre l’IBF de passer après, ce qui est possible. 

Fury juste derrière Usyk dans le classement IBF

Il pourrait aussi convaincre Usyk d’attendre après Pulev, ce qui permettrait à l’ancien roi des lourds-légers de monter en puissance avec un nouveau combat pour s’habituer un peu plus à sa nouvelle catégorie (attendre sans monter dans le ring semble une option trop osée sur le plan du rythme vu son peu d’expérience chez les lourds). La WBO, consciente d’avoir un potentiel très beau champion avec Usyk, pourrait en outre forcer la chose si l’IBF passe d’abord et rendre la ceinture vacante afin de permettre à l’Ukrainien de la disputer au plus vite. Pour info, c’est un certain Tyson Fury, dont on attend la revanche contre le champion WBC Deontay Wilder (si ce dernier passe l’obstacle du match retour contre Luis Ortiz le 23 novembre) début 2020, qui apparaissait derrière Usyk dans le classement des lourds de la WBO en septembre. Usyk-Fury pour le titre vacant? On signe tout de suite.

Un scénario qui pourrait également virer à la réalité si Ruiz l’emporte une nouvelle fois contre Joshua. L’écurie PBC (Premier Boxing Champions) du célèbre conseiller Al Haymon, à laquelle il appartient, ne reconnaît plus la WBO, qu’elle accuse de favoriser les boxeurs de Bob Arum/Top Rank, comme on peut le voir dans les soirées PBC sur Fox où Terence Crawford est "oublié" quand on met à l’écran la liste des champions des welters. Il y a donc de fortes chances qu’un Ruiz qui aurait conservé cette ceinture ne l’abandonne. Sauf s’il peut monter un combat d’unification totale contre Wilder. Mais dans ce cas-là, c’est peut-être la WBO qui ne souhaitera pas aider un tel choc 100% PBC et qui pourrait rendre la ceinture vacante en invoquant le fait que c’est bien l’Ukrainien qui doit combattre pour elle. Vous avez dit tout est possible? Exact. Et que c’est bon de voir ça chez les lourds, catégorie longtemps éteinte sous les règne des frères Wladimir et Vitali Klitschko mais qui renaît de ses cendres ses dernières années. Préparez le pop-corn: on va se régaler.

Alexandre HERBINET (@LexaB)