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Boxe: "Je crois à une annonce la semaine prochaine", Eddie Hearn rassure sur Fury-Joshua

On attend, on attend, et on attend. Le choc d’unification des lourds 100% britannique entre Tyson Fury et Anthony Joshua n’a pas encore été officialisé. Et le camp de Fury commence à verser dans le pessimisme. Tout le contraire de celui de Joshua, qui continue d’évoquer un accord tout proche. Mais met en garde si les choses ne sont pas réglées avant la fin de semaine prochaine.

Il y a quelques années, avant leur rendez-vous dans le ring en mai 2015, Dan Rafael (il travaillait alors pour ESPN) avait créé sur Twitter un baromètre à couleur – appelé "le niveau de menace" – pour donner à ses lecteurs une idée de l’avancée des négociations entre Floyd Mayweather et Manny Pacquiao et de la proximité de l’officialisation de leur combat. Six ans plus tard, le journaliste américain s’est fendu d’un message sur les réseaux sociaux pour "menacer" avec le sourire de le remettre en place. Raison? Anthony Joshua contre Tyson Fury, très attendu combat d’unification des lourds, le premier à quatre ceintures de l’histoire du noble art. Qui tarde à se concrétiser.

Les camps des deux Britanniques ont un accord depuis l’été 2020 pour le partage des bourses de deux chocs prévus cette année. Mi-mars, Eddie Hearn, patron de Matchroom Boxing et promoteur de Joshua (champion WBA Super-IBF-WBO), avait une nouvelle fois confirmé l’accord. Il ne restait plus qu’à se mettre d’accord sur le lieu, essentiel pour financer l’affaire, la date et quelques autres détails. Il y avait trente jours pour y arriver. Mais depuis, plus rien ou presque. Le délai est passé et rien n’a été officialisé. Hearn a pourtant remis le couvert en affirmant qu’un accord avait été trouvé pour le lieu, a priori l’Arabie saoudite qui aurait proposé plus de 150 millions de dollars selon Mark Kriegel (journaliste pour ESPN), avec une date possible le 24 juillet, le 31 juillet ou le 7 août.

Mais toujours rien qui vient. De quoi s’inquiéter? Cela dépend qui on écoute. Patron de Top Rank et co-promoteur de Fury (champion WBC et The Ring) avec Frank Warren, Bob Arum a versé dans le pessimisme ces dernières heures. "Si je devais parier si ce combat va arriver ou non (dans le délai imaginé), je dirais non, lance-t-il sur le site du magazine The Ring. Autant que je puisse voir, ce truc avec Eddie (et l’Arabie saoudite) est juste un mirage." Que l’expérimenté promoteur explique par la volonté de son jeune homologue d’assurer le plus gros combat possible avant la fin de son contrat avec "AJ": "Eddie est désespéré. Il ne lui reste qu’un combat avec Joshua et il veut que ce soit celui contre Fury. Mais si ce combat est reporté à l’hiver, Joshua devra affronter Oleksandr Usyk (son challenger officiel et obligatoire pour la WBO, ndlr) et ce n’est pas un aussi gros combat. Eddie est en mode desperado."

"Vous ne seriez pas pessimiste?"

Et Arum, qui doit discuter de la situation avec Warren via Zoom ce jeudi, de conclure: "Eddie n’est plus dans les temps. Il ne nous a plus parlé depuis deux semaines!" Il avait développé quelques heures plus tôt pour le site BoxingScene: "La dernière fois que j’ai parlé à Eddie, c’était en début de semaine dernière et il m’a dit qu’il allait avoir un accord signé des Saoudiens dans les vingt-quatre heures. Il est un peu en retard… Vous ne seriez pas pessimiste si vous n’aviez plus eu de nouvelles de lui ou de quiconque depuis une semaine?" Le patron de Top Rank, qui s’est déplacé en Californie avec Tyson Fury ce mardi pour rencontrer le médiateur chargé d’arbitrer le conflit autour d’un potentiel troisième combat avec Deontay Wilder, menace même de "passer aux négociations" avec le puncheur américain.

Il faut dire que Bob Arum est un homme échaudé. Selon le patron de Top Rank, il avait négocié ces derniers jours un accord pour un choc de welters entre l’Américain Terence Crawford (champion WBO) et la superstar philippine Manny Pacquiao pour le 5 juin à Abu Dhabi. Les deux boxeurs étaient d’accord, un deal avait même été signé mais l’argent promis par les investisseurs locaux n’est pas arrivé avant la date limite fixée. Et il a peur de voir la chose se reproduire avec Fury-Joshua et l’Arabie saoudite. En ces temps de pandémie, où remplir une salle jusqu’aux cintres pour compenser l’investissement est une chimère (a priori une des principales raisons de l’échec pour Crawford-Pacquiao), la crainte peut se justifier.

"Si tout n'est pas bouclé en fin de semaine prochaine, nous aurons un problème"

Mais Hearn, qui avait réussi à monter la revanche entre Andy Ruiz Jr et Anthony Joshua en Arabie saoudite, balaie les doutes d’un revers de la main. Il a même son explication sur la sortie de son homologue. "Bob essaie de mettre la pression, c’est sa façon de faire, lance le patron de Matchroom à BoxingScene. Il trouve que c’est un peu lent et il donne une interview en pensant que ça va accélérer les choses au Moyen-Orient. Mais on n’a pas besoin de jouer à ça. Tout le monde est à bord, traversons ce processus correctement. Le temps presse et si nous arrivons à une situation où l’accord sur le lieu n’est pas signé dans moins d’une semaine, il faudra commencer à regarder les choses. Mais personne n’a de plan B, ce qui est bon signe. Bob peut dire ce qu’il veut mais Tyson n’affrontera pas Wilder, c’est un combat qui ne vaut rien. Normalement, j’ai des plans A, B et C, mais là c’est tout pour ce combat et il va arriver."

Et le promoteur britannique de poursuivre: "Toutes les parties ont signé un contrat, on a obtenu un deal fantastique pour le lieu et les deux boxeurs sont d’accord sur plan financier, sur tout. Ce qui prend plus longtemps que prévu, ce sont les aller-retours pour finaliser l’accord long format. C’est frustrant mais ce n’est pas juste une question de signer. Il y a le camp de Fury, les gens du lieu qui doit accueillir le combat, les diffuseurs… C’est un deal massif à mettre en place mais on va y arriver. Je ne m’arrêterai pas avant d’avoir franchi la ligne. Si ça s’écroule, et je ne pense pas que ça arrivera, ce ne sera pas de notre faute. Le combat est trop gros, les deux boxeurs le veulent trop, il faut juste continuer à pousser pour ça." Hearn va plus loin au micro de talkSPORT et se mouille: "Si tout n’est pas bouclé en fin de semaine prochaine, alors nous aurons un problème. Mais je crois que vous aurez une annonce la semaine prochaine."

"Tais-toi et attends l'arrivée du contrat!"

Le patron de Matchroom, qui semble parfois se débattre tout seul dans cette histoire, en profite pour égratigner son homologue de Top Rank: "Nous sommes censés être partenaires sur ce combat. Mais le seul que je vois travailler, c’est moi. Et je ne m’arrêterai pas. J’ai envoyé un message à Bob pour lui demander une explication sur ses déclarations. Il m’a répondu qu’il fallait aller plus vite je lui ai dit que j’allais aussi vite que possible. Mais tout est sur mes épaules. Tout le monde dit: 'Eddie doit aller plus vite, Eddie doit faire ci ou ça'. Mais je suis seul à me balader à travers la planète pour s’assurer que ce combat se monte. Et je vous promets que ça arrivera. Je suis une armée d’un seul homme mais je ferai en sorte que ce soit le cas. Tout le monde est un peu frustré mais nous avons affaire aux mêmes gens que ceux qui ont permis d’organiser Joshua-Ruiz là-bas, on a déjà négocié avec eux, ils ont payé l’argent à l’époque, ils sont solides, professionnels, et ils aiment que les choses soient faites proprement. Bob n’a jamais eu à gérer un deal aussi énorme pour un lieu. Laisse-moi gérer ça, on va y arriver. Si tu vas me laisser seul pour négocier, tais-toi et attends l’arrivée du contrat! Ce combat aura lieu et je suis impatient de voir Joshua mettre Fury KO."

"L’animosité" entre les deux camps évoquée par Arum – qui doute aussi que Joshua puisse accepter le 31 juillet ou le 7 août alors que son coach principal, Rob McCracken, sera aux JO de Tokyo avec l’équipe britannique de boxe – est palpable. Peut-elle mettre à terre le combat le plus attendu du noble art? A priori, non. Mais plus le temps avance, plus l’évidence grandit: soit les choses sont réglées assez vite, soit tout pourrait exploser et chacun avancer dans son coin avant de se retrouver plus tard, avec Usyk à l'horizon pour Joshua et sans doute Wilder pour Fury. Avec la seconde solution, comme trop souvent dans la boxe, c’est le public qui trinquerait.

https://twitter.com/LexaB Alexandre Herbinet Journaliste RMC Sport