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Masters: les petits privilèges de Roger Federer

Alors que Roger Federer va partir à la conquête ce dimanche d’un septième Masters, petites révélations sur le poids du Suisse sur le circuit et sur les faveurs dont il bénéficie parce qu’il est une méga star que tout le monde veut voir le plus longtemps possible.

Dimanche dernier, Roger Federer, 37 ans, était au cœur d’un débat viril mais correct dans les Grandes Gueules du Sport. Julien Benneteau, officiellement à la retraite après sa non-sélection pour le stage de l’équipe de France de coupe Davis, a apporté quelques éclairages sur l’emprise que possède le Suisse sur le circuit. Dans l’ombre de l’homme aux 20 titres du Grand Chelem, il y a son agent Tony Godsick - marié à l’ancienne joueuse Mary-Jo Fernandez - qui mène ses affaires avec maestria.

Benneteau: "Les instances du tennis sont d'une faiblesse incroyable"

"Roger est une légende du jeu, une icône, il n’y a que lui qui peut faire venir 15 000 personnes à Bercy, rien à dire, explique Julien Benneteau. Maintenant, lorsqu’il monte la Laver Cup (une épreuve qui copie la Ryder Cup avec une opposition Europe/Reste du monde sur trois jours, ndlr), il y a un nombre de conflits d’intérêt qui deviennent dérangeants. Concernant la nouvelle coupe Davis, il ne dit rien sur la date en novembre. Et quand la date de septembre a été évoquée, il s’est réveillé et s’est opposé à Piqué (à la base de la réforme radicale). C’est là où je trouve que les instances du tennis sont d’une faiblesse incroyable. Son truc, c’est une exhibition. Il n’y a aucun critère sportif de sélection. Il donne 750 000 dollars à Nick Kyrgios. Oui, ce sont les tarifs… Autre chose: dans l’organisation de cette épreuve, il y a Craig Tiley, le patron de l’Open d’Australie, qui s’occupe des droits marketing et TV. Quelque part, ce monsieur est payé par l’agent de Roger Federer et derrière, comme par hasard, Federer a joué 12 de ses 14 matches à 19h30."

Une programmation aux petits oignons

La programmation, voici un sujet brûlant et gênant… A Melbourne, les changements de températures peuvent être si soudains qu’un dicton dit qu’on peut vivre les quatre saisons dans une même journée! Ce mercredi 17 janvier, il ne fait pas si chaud mais les prévisions pour la quatrième journée sont "effrayantes". Une canicule est annoncée. Tous les journaux tv en parlaient. Dans leur bureau climatisé, les personnes éminentes chargées de la programmation peaufinent leur programmation.

Djokovic fulmine intérieurement

Celui-ci est guetté par les joueurs du bas de tableau, impatients de savoir à quelle sauce ils vont être grillés. Roger Federer a joué son premier match face au Slovène Bedene en night session. En général, par un principe d’alternance, les stars se partagent les soirées. Placé dans la même partie de tableau que le Suisse, Novak Djokovic doit se dire que son choc face à Gaël Monfils aura l’honneur de la Rod Laver Arena sous les projecteurs. Ça tombe bien, il n’affectionne pas particulièrement la chaleur. Mais lorsque le programme tombe, c’est la stupeur: Federer est de nouveau programmé en night session face à l’Allemand Jan-Lennard Struff. Le jeudi, Novak Djokovic et Gaël Monfils sont jetés dans une marmite à 42°! "Il y a une limite de tolérance entre être bien physiquement et être en danger. On était juste à la limite…", dira, très politiquement correct, Djokovic. Quelques heures plus tard, Roger Federer a pu jouer à la fraîche.

Wimbledon sous pression

Autre cas sensible: le dernier Wimbledon. Le 9 juillet, en 8e de finale, Novak Djokovic bat Karen Khachanov sur le court 1 quasiment à la nuit tombante. Un match que les organisateurs auraient dû annuler si la rencontre précédente entre Kevin Anderson et Gaël Monfils était allée au 5e set. Intérieurement, le Serbe bout devant autant d’injustice. A la question, espérez-vous jouer votre quart face à Kei Nishikori sur le Central? Il répond: "On verra, j’espère…"

S’il a été soft en conférence de presse, Novak Djokovic s’est montré plus vindicatif auprès des officiels. Et au moment d’établir le programme des quarts, Djokovic a droit au Centre Court, tout comme Nadal et Del Potro. En conséquence, Federer est déplacé sur le 1, un court où il n’avait plus mis les pieds depuis trois ans. Face à Kevin Anderson, le Suisse s’est procuré une balle de match avant de céder 13-11 au cinquième set. En conférence de presse, le "maître" ne veut pas accorder autant d’importance que cela au changement de "jardin".

Pourtant Julien Benneteau est convaincu que ce déménagement de jardin lui a fortement déplu. "Cette année, l’US Open inaugurait le nouveau court Louis Armstrong, dit-il. Il paraît que Tony Godsick est allé dans le bureau du juge-arbitre pour dire en substance: 'Hors de question que vous le programmiez là-dessus'." Et Federer a joué tous ces matches sur le Stadium Arthur Ashe. Mais il a été rattrapé par une humidité extrême en huitième de finale face au modeste australien John Millman. « C’est normal qu’il ait des privilèges mais il y a une petite dérive, assure Julien Benneteau. Maintenant, il faut prendre conscience qu’il va y avoir un vide quand il va arrêter…" Là-dessus, tout le monde est unanime.

Eric Salliot