RMC Sport

Coupe Davis: Noah est revenu, il a vu et il a encore vaincu

Arrivé au chevet de l’équipe de France de Coupe Davis en septembre 2015, Yannick Noah a de nouveau renoué ce dimanche, pour la troisième fois de sa carrière en tant que capitaine des Bleus, à la victoire finale en Coupe Davis. Un succès qui porte sa patte et son empreinte, alors que le suspense autour de son avenir à la tête de son équipe reste floue.

Il a rempli l'objectif qu’il s’était fixé

"Capitaine ? Si demain les cinq joueurs me disent "Yann, on y va", là ça serait intéressant et peut-être qu'on aurait une chance. Si je m'y mets, ça ne va pas rigoler ! J'ai tellement envie que l'équipe de France casse tout. Mais s'il y a un joueur qui hésite, ça ne m'intéresse pas." Plus que des mots, c’est une vraie candidature qu’avait formulé ce jour-là Yannick Noah, au moment de décortiquer la défaite des Bleus en finale contre la Suisse, en 2014. Le futur capitaine des Bleus n’avait pas aussi hésité à égratigner, indirectement, la position d’Arnaud Clément…

"On n'a pas été bons, pas que sur le court. Pourquoi ? J'ai des idées. Je suis le mec qui a le plus grand palmarès depuis 50 ans en France et les mecs t'appellent jamais. Et je ne parle pas que des joueurs..." Au point que les deux hommes finissent par s’expliquer par médias interposés, Noah arguant qu’il n’avait rien contre lui et qu’il ne lui avait pas savonné la planche lors de sa nomination en septembre 2015. Toujours est-il que l’intéressé s’était mis une sacrée pression, en se fixant un challenge dont il avait finalement plutôt bien assimilé les contours. Pour finir par décrocher, une troisième fois, le Saladier d’argent.

A lire aussi: Gasquet-Herbert, le pari réussi de Noah

Il a toujours été à l’écoute de son groupe

C’était l’une des volontés de Yannick Noah lors de son intronisation sur la chaise de l’équipe de France : recréer un état d’esprit autour de ce groupe et entretenir une proximité avec lui. Rien de mieux pour cela que d’être à l’écoute de ses joueurs. Ce que le vainqueur de Roland-Garros a fait. Tsonga se plaint ouvertement de son coaching ("Certains joueurs ont besoin de beaucoup de soutien, d'autres un peu moins. Moi, j'ai besoin de sérénité autour de moi") lors de la demi-finale contre la Serbie et son simple Laslo Djere ? Noah se met en retrait, quitte à se comporter contre-nature, lui si exubérant d’ordinaire, et à afficher une certaine lassitude. Lucas Pouille, déjà stressé, peine à relever la tête ? Là encore, le coach assume sa part de responsabilité.

"J'étais assez stressé et je crois que je lui ai refilé mon stress" confiera le capitaine des Bleus, qui ne commettra plus la même erreur. Et s’adaptera aux besoins de son groupe. "Yannick, c’est quelqu’un qui est extrêmement intelligent. Au niveau des relations humaines, il est très empathique. Il sent les choses, il sent les gens, expliquera Tsonga lors de la demi-finale. Il est très intelligent. Il y a ce qu’il laisse paraître et ce qu’il se passe en interne. Je peux vous dire qu’il est là pour gagner. Nous, la lassitude, on ne la ressent pas du tout." Cette osmose entre joueurs et capitaine a peut-être aussi permis à ce groupe de survivre, sans explosion et mauvaise ambiance, aux choix forts de Noah, qui avait, à la surprise générale, écarter Julien Benneteau et Nicolas Mahut pour cette finale. Et lancer dans la bataille, pour un point déjà décisif, le double inédit Gasquet-Herbert.

A lire aussi: cette fois, Noah a apprécié le public

Il s'est passé de Monfils

Yannick Noah ne l’a jamais caché : il a une affection toute particulière pour Gaël Monfils. Mais cette affection a des limites. Et le capitaine a eu des mots forts et durs aussi à l’encontre d’un de ses protégés. "Gaël est notre meilleur joueur. Mais Benzema ne joue pas non plus en équipe de France, lâchera Noah en conférence de presse pour justifier l’absence de la "Monf’" pour le 1er tour face au Japon. Jouer en équipe de France doit être un honneur et un devoir. Tu ne joues pas pour ta gueule." Une allusion, probable, au forfait de dernière minute du Français (genou), en novembre lors de la demi-finale perdue contre la Croatie. La campagne 2017 lui aura donné raison. Et au moment de choisir, ce n’est pas lui mais la santé de l’intéressé, forfait pour la finale à Lille, qui a tranché. 

A lire aussi: "pas facile de lancer Pouille" dans un match décisif

Il a su piquer (et remotiver) Tsonga

Alors que Jo-Wilfried Tsonga semble prêt à tourner la page de la Coupe Davis, Yannick Noah monte au créneau. Il a plus que jamais besoin de son leader : "Il est important dans notre groupe. Je pense que tout le monde est content qu’il soit là. Ça élève le niveau. L’émulation est vers le haut. Tout le monde se retrouve stimulé." Le n°1 tricolore est absent lors des deux premiers tours en 2017, notamment en raison de la naissance de son enfant. Comment le récupérer ? Comment le convaincre de rester impliqué dans le projet, alors que ce dernier lui a indiqué depuis le mois de novembre avoir fait une croix sur l’édition 2017 ? En le piquant au vif. "Je ne suis pas là pour changer l’état d’esprit des joueurs français. Les absents ont toujours tort, lâche Noah. Aujourd’hui, il y a de moins en moins de joueurs comme vous le savez, qui sont prêts à faire des sacrifices pour l’équipe de Coupe Davis. Voilà, moi je m’occupe de ceux qui sont là et je suis content."

Des propos qui font mouche. Une semaine après la qualification des Bleus en demi-finales, "Jo" affirme par le biais d’une lettre lue aux médias être de nouveau à disposition de l’équipe de France. Il finit par réintégrer l’équipe pour le choc face aux Serbes. "J’adore la Coupe Davis mais j’avais envie de vivre ce truc à fond avec mon petit et je ne regrette rien", avancera Tsonga. Fin du différend… pour la suite magnifique que l’on sait.

Il a su faire bouger les lignes

Il l’a fait, notamment, en imposant d’entrée son choix et sa volonté de voir les Bleus plus proches de leur public, quitte à aller à leur rencontre et à faire des kilomètres, beaucoup même. Ce fut notamment le cas lorsque les Bleus, malgré la réticence de Gilles Simon et de Gaël Monfils, ont pris l’avion pour aller disputer un premier tour de Coupe Davis, en 2016, contre le Canada, en Guadeloupe. Il l’a surtout fait ce vendredi, en tançant d'abord le public français, trop mou et aux abonnés absents alors que ses Bleus jouaient le choc de leur vie.

"Je pense qu'on a l'ambiance qu'on attendait, Rien ne nous déçoit. Pour être déçu, il faut espérer quelque chose. Et on n'espère rien. On joue avec ce qu'on a" confiait Noah vendredi soir. Un coup de gueule suivi d’effets, avec une ambiance parfois incandescente en tribunes pendant le double de samedi. "Grâce à votre campagne médiatique, vous avez relayé mes propos. Les gens ont bien réagi, a savouré l’intéressé. Aujourd’hui (samedi), c’est vrai, ce public était extraordinaire. C’était une ambiance fantastique. De mémoire de capitaine, je ne me souviens pas d’une telle ambiance depuis toutes ces années. Je pense que ça se rapproche au niveau de l’atmosphère de ce que l’on avait vécu, qui était unique à l’époque, à Lyon." Une fois encore, il a su faire bouger les lignes.

A lire aussi: Herbert rend un vibrant hommage à Mahut

Et maintenant, il ménage le suspense

Après ce troisième titre acquis, après ceux de 1991 et 1996, Noah va-t-il rester sur la chaise de sélectionneur ? Il est encore sous contrat pour 2018. Mais face à la presse, Noah avait renvoyé tout son petit monde à l’issue de la finale de Coupe Davis. Tout en laissant la porte ouverte à tout type de possibilités. "Je n'ai pas de certitude. Aucune certitude sur rien, a notamment confié Noah lors de l’annonce du groupe retenu pour la finale de la Coupe Davis. J'y pense bien sûr, parce que ma femme me demande ce que l'on va faire l'année prochaine. Mais franchement, que je dise que sois là où pas, est-ce que cela va faire avancer le schmilblick ? Comme le dit un copain, vous le lirez dans la presse !"

"Pour l'instant, il n'y a pas de plus bel endroit aujourd'hui pour moi que d'être sur la chaise pour gagner la finale. Je ne vais pas me projeter. Je vais mettre tout de côté et me concentrer sur la finale." Maintenant que celle-ci est gagnée, il faudra bien prendre la parole. Et de celle-ci découlera peut-être aussi, le "stop ou encore" de certains joueurs tricolores.

A.D