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Tsonga : poker menteur autour d’une absence

Jo-Wilfried Tsonga

Jo-Wilfried Tsonga - AFP

Pressenti jusqu’à une heure avant la rencontre, Jo-Wilfried Tsonga a laissé sa place à Julien Benneteau dans le double battu ce samedi par les Suisses en finale de Coupe Davis. Une décision qui a laissé la place à des interprétations variables.

La Coupe Davis a toujours été le cadre de belles parties de poker menteur. Avec la possibilité de changer les joueurs alignés jusqu’au dernier moment, on ne compte plus les capitaines ayant sorti de leur manche un inattendu atout de dernière minute. Et parfois, les mystères se poursuivent encore… après un match. Dernier cas d’école : l’absence de Jo-Wilfried Tsonga du double tricolore, battu ce samedi en finale par la paire suisse Federer-Wawrinka. Le matin, le numéro un français s’entraînait avec Richard Gasquet en effectuant du travail spécifique de double, avec notamment de grandes diagonales, et semblait promis à former la doublette française avec le Biterrois. Un peu plus tard, une grosse heure avant l’entame de la rencontre, l’annonce tombait. Pas de Jo, remplacé par le spécialiste du genre Julien Benneteau.

Difficile, alors, d’en savoir plus sur les raisons de cette absence. Souci mental après sa déconvenue de la veille en simple contre Wawrinka ? Problème physique avec cette gêne au bras qui l’avait obligé à zapper trois jours d’entraînement du stage de Bordeaux et qui paraissait l’empêcher de servir avec sa puissance habituelle face à « Stan The Man » ? Les deux ? Choix du staff et volonté de le ménager en vue du simple de dimanche ? Au fil de la rencontre, après avoir vu l'intéressé en larmes au moment de la Marseillaise, les langues se délient au micro de RMC Sport. Avec un credo : la décision a été prise en dernière minute. « Deux heures avant, il devait jouer et une heure après, on annonçait qu’il ne jouait pas donc on est autant surpris que vous, lance Thierry Ascione, l’un des deux entraîneurs actuels (avec Nicolas Escudé) de Tsonga. On n’a pas eu les raisons. Je n’avais aucun signe de ça hier soir (vendredi, ndlr). Une fois la frustration évacuée, il avait fait monter la grinta pour être à fond sur le terrain et rapporter ce point à la France. » Ancien coach de Jo, Eric Winogradsky allait dans le même sens : « Comme tout le monde, je l’ai vu partir s’échauffer avec son camarade. Si l’équipe a été modifiée sur le tard, c’est qu’il y a dû avoir un petit souci. »

Benneteau : « Notre paire était celle qui était prévue »

Idem du côté de l’ancien DTN Patrice Hagelauer : « Jo souhaitait jouer hier (vendredi, ndlr). Manifestement, il était moins bien ce matin et a souhaité laisser sa place. » Ancien joueur, Arnaud Boetsch appuie : « C’est étonnant qu’il se retire au dernier moment. Ça a surpris tout le monde. Quand on n’assume pas ce qu’on doit assumer, c’est très compliqué pour l’équipe. » Des explications qui cadraient avec le fait d’avoir observé Benneteau venir s’échauffer en catastrophe, presque en dernière minute. A l’issue du match, pourtant, la version change du tout au tout dans les déclarations des intéressés. Avec un autre credo : la décision d’aligner la paire Gasquet-Benneteau a été prise bien plus à l’avance. « C’était prévu depuis vendredi soir, aucune surprise pour nous », lâche le premier. « Je savais vendredi soir que j’allais jouer, enchaîne le second. Il y a eu une discussion entre le capitaine et Jo. Le capitaine m’a parlé aussi. Notre paire était celle qui était prévue. »

Et Benneteau d’expliquer son échauffement tardif par des « envies différentes dans les créneaux d’entraînement »… « C’est l’équipe qui devait être alignée qui a été sur le court aujourd’hui, confirme Arnaud Clément, le capitaine de l’équipe de France. Les deux joueurs se sont juste entraînés à des heures différentes. Il n’y a pas de problème Tsonga. » D’un côté, donc, une version officielle parfaite pour « protéger » Tsonga et garder le mystère sur sa participation au premier simple de dimanche. De la communication, quoi. De l’autre, une officieuse bien plus crédible qui raconte un Tsonga touché physiquement, mentalement voire les deux. « Jo voulait se reposer, a même fini par lâcher Gasquet. Il est dans la capacité de jouer demain (dimanche, ndlr) mais je suis prêt à y aller s’il le faut. » Une partie du mystère se poursuit.

A.H. avec E.S., C.G., P.Ta., R.M. et J.Bo. à Villeneuve d'Ascq