RMC Sport

Océane Babel, l'espoir qui monte dans le tennis français

Classée 6e mondiale junior, la Guadeloupéenne Océane Babel représente un des espoirs du tennis français. Sans vouloir se précipiter, elle vise avec ambition la prochaine édition de Roland-Garros.

En attendant la terre battue d’Auteuil, c’est sur celle du Tennis club de Peymeinade, à une quarantaine de kilomètres de Nice, que la tenniswoman de 17 ans parfait son jeu ce matin. Le thermomètre affiche plus de 20 degrés avant midi dans cette petite ville de 8.000 habitants, terre d’accueil des juniors français cette semaine. Parmi eux, la petite sœur de Gaël Monfils, la nièce du comédien Thomas Ngijol et une adolescente ayant découvert le tennis sur une console de jeu à cinq ans. "Je ne faisais pas encore de sport quand mon père m’a offert une Wii, explique Océane. Je me débrouillais bien sur le jeu de tennis, ça m’a donné envie de m’y mettre pour de vrai. J’ai d’abord eu du mal, le plaisir n’est arrivé que l’année suivante."

Une progression constante et rapide

Depuis, l’enfant de Sarcelles progresse d’année en année, sous les yeux de son coach depuis trois ans, Noëlle van Lottum. "Quand nous avons commencé à travailler ensemble en 2018, elle était 980e mondiale en junior, aujourd’hui elle est 6e", sourit l’ex-joueuse franco-néerlandaise, casquette vissée sur la tête. "C’est très bien d’être 6e junior, je suis très contente pour elle mais le plus important pour moi est qu’elle se développe dans son jeu et son style. La route est encore longue. Que tu sois 6e ou 30e mondiale junior, il faut continuer de s’entraîner, c’est ça la clé du succès."

Alors Océane redouble d’efforts, consciente des points à améliorer. "Je me sens forte dans la combativité, je ne lâche jamais rien et je suis une joueuse puissante mais je sais que je dois encore travailler sur mon jeu et la confiance en moi. Je progresse à mon rythme." Son entraîneure surenchérit : "Elle peut être plus offensive, profiter d’être gauchère car c’est une qualité, travailler sa vitesse de balle. Il y a plusieurs facettes à travailler mais c’est normal, c’est une jeune joueuse."

Dans le monde junior en revanche, Océane Babel s’est fait un nom. Quart de finaliste de Roland-Garros en 2020, elle a remporté il y a quelques semaines le Banana Bowl, un tournoi au Brésil ayant sacré Noah, Lendl, McEnroe avant elle. Pas de quoi faire perdre son humilité à la championne de France 2013 et 2014. "La tournée en Amérique latine a commencé difficilement, je me suis remise en question après deux semaines et ça s’est bien terminé. Au Brésil, c’était un gros tournoi, je me suis battue. Ça peut aider de voir que des grands joueurs de tennis l’ont remporté avant moi mais il y a aussi des joueurs et joueuses qui l’ont gagné et qui n’ont rien fait derrière. Ce n’est pas une finalité en soi."

Océane Babel
Océane Babel © Icon Sport

Objectif Roland-Garros

De retour sur les courts français après une septaine observée suite à la tournée sud-américaine, la fan de Rafael Nadal et Serena Williams se projette désormais vers le prochain Grand Chelem qui l’attend : Roland-Garros. "Ça va arriver, je me dis pourquoi pas aller chercher le titre en junior et gagner une invitation pour les qualifications en senior… voire le tableau final. Sur un tournoi en France, chez soi, on a toujours envie de bien faire." Noëlle van Lottum espère elle aussi voir sa protégée franchir le cap des quarts de finale. "Elle aura quelques tournois pour préparer Roland-Garros. Ce serait bien qu’elle dispute les qualifications ou le tournoi final en senior. Concernant le tableau junior, elle est 6e mondiale donc quand tu es 6, c’est minimum demies."

Les objectifs sont clairs, performer en Grands Chelems et découvrir la WTA chez qui elle occupe actuellement le 1119e rang mondial. "Elle pourrait être dans les 700 ou 800 mais elle n’a pas encore fait de tournois WTA, elle a encore des choses à découvrir… tenez, elle n’a jamais joué sur gazon et pourtant elle va devoir penser à Wimbledon." Le passage de junior à WTA n’effraie pas pour autant la Guadeloupéenne. "Ce n’est pas parce je fais des bons résultats en junior que je vais me mettre la pression" assume-t-elle d’une voix apaisée. "En WTA, les joueuses sont plus stables, lâchent moins de points. Dès le début d’un tournoi, tu tombes contre des filles qui jouent très bien alors qu’en junior tu as parfois un peu plus de temps. Voir les plus grandes s’entraîner et jouer en match ça donne envie, on veut faire pareil." Alors pour tenter d’accrocher le haut niveau à 17 ans, la Val d’Oisiennes observe les jeunes joueuses installées chez les professionnelles.

Cori Gauff et Fiona Ferro : des exemples à suivre

Née en 2004 comme Océane Babel, l’Américaine Cori Gauff, actuelle 36e mondiale et sacrée à Linz en 2019, fait figure d’exemple. "Les filles comme Coco Gauff sont déjà dans un projet professionnel depuis leur 5, 6 ou 7 ans. On doit rattraper ce retard avec Océane qui a clairement fait moins d’heures de tennis", analyse la coach avant que l’intéressée ne reprenne : "Cori Gauff est quelqu’un que je suis car on a le même âge et qu’elle est dans le top 100, ça donne envie de faire la même chose qu’elle ou d’autres comme Bianca Andreescu (CAN, 9e mondiale) et Iga Swiatek (POL, 16e mondiale) qui sont aussi jeunes (20 ans toutes les deux)."

Noëlle van Lottum temporise : "Je vise qu’Océane devienne professionnelle, qu’elle entre dans le top 100 et une fois ce cap passé, tout est possible. Il ne faut pas aller trop loin trop vite mais c’est bien de s’inspirer de quelqu’un. En France, Fiona Ferro est aussi un exemple, elle travaille dur et ça donne de l’énergie aux autres joueuses. Clara Burel commence à monter aussi. Aujourd’hui, on manque de joueuses dans le top 200 ou 300, il faut les aider à passer les prochains caps. De 17 à 21 ans, elles n’ont pas fini de travailler." L’ex-joueuse se souvient alors d’une jeune fille qu’elle entrainait avant qu’elle ne rejoigne un autre entraineur à 16 ans. "Quand elle était jeune, Kiki Bertens se cachait, elle ne voulait pas jouer sur le court numéro 1. Elle a pris de l’assurance, a engrangé de la confiance à force de jouer et de gagner pour être 11e mondiale actuellement. Elise Mertens quant à elle n’était pas plus forte qu’Océane à son âge, elle est aujourd’hui 17e mondiale à 25 ans." Si l’avenir est incertain, les ambitions sont assurées, poussées par les entraineurs et la famille d’Océane. Dans le clan Babel, tout le monde parle la même langue.

Clément Brossard